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Anorexie, boulimie, hyperphagie : comment aider votre enfant ?

Rédigé par Émilie Cartier | 17 mars 2026 00:00:00

Selon la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM), 10 % de la population en France souffre de troubles des conduites alimentaires (TCA). Les enfants et les adolescents ne sont pas épargnés. L'âge d'apparition des cas d'anorexie mentale est de plus en plus précoce, signale l'Inserm, avec des diagnostics posés chez des enfants de 8 ans. Les cas de boulimie et d'hyperphagie boulimique sont plutôt constatés chez les adolescents.

Un diagnostic précoce des troubles des conduites alimentaires augmente les chances de guérison. Il est donc essentiel de repérer rapidement les premiers signes chez son enfant ou adolescent. Découvrez l'essentiel sur l'anorexie mentale, la boulimie et l'hyperphagie boulimique.

Anorexie mentale : à quoi la reconnaît-on ?

Maladie psychiatrique avec le taux de mortalité le plus élevé, jusqu'à 10 % selon la Haute Autorité de Santé (HAS), l'anorexie mentale se caractérise par une alimentation insuffisante au regard des besoins physiologiques, et par le refus de prendre du poids. Courante chez l'adolescente au moment de la puberté, elle ne répond pas seulement à un idéal de beauté. "C'est souvent cumulé à de l'hypersensibilité, de la pression sociale à l'école, à une pression des parents, une alimentation trop contrôlée", explique Caroline Seguin, nutritionniste comportementaliste, dans *Parents.* Un événement traumatisant comme une séparation, un deuil ou une agression sexuelle, peut aussi être à l'origine de l'anorexie mentale, ajoute le CHU de Nantes.

Les garçons et les enfants de plus de 8 ans peuvent également être concernés. Chez les plus jeunes, "un retard de croissance ou pubertaire doit inciter les parents à consulter pour un avis", souligne le CHU. Chez les adolescents, les premiers signes doivent vous pousser à consulter un pédiatre ou le médecin traitant, qui l'orientera, au besoin, vers un professionnel de santé mentale spécialisée.

Dans Bayard Jeunesse, Corinne Blanchet, médecin endocrinologue et co-présidente de la Fédération Française Anorexie-Boulimie (FFAB) explique que l'anorexie mentale se manifeste d'abord par cette "façon brutale et drastique de modifier sa conduite alimentaire, en excluant une famille d'aliments par exemple". Vient ensuite une perte de poids importante, un trouble de l'humeur et une "tendance à s'isoler ou à surinvestir une activité sportive". Une personne anorexique, souvent dans le déni, ne reconnaît pas sa maigreur. Si votre enfant refuse totalement de s'alimenter ou de s'hydrater, consultez sans attendre un professionnel de santé.

La boulimie, un trouble plus difficile à déceler

Moins connue que l'anorexie, la boulimie touche environ 1,5 % des 11-20 ans et concerne trois jeunes filles pour un garçon, révèle la Haute Autorité de Santé. Elle "se caractérise par des prises alimentaires massives sur un temps court, suivies de comportements de compensation (vomissements, jeûnes, sports excessifs)", explique Priscille Gérardin, professeure en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, sur le site officiel du gouvernement.

Le poids de l'enfant reste généralement dans la norme, ce qui rend la détection plus difficile. Dans La Maison des Maternelles, le docteur Trebossen, psychiatre de l'enfant et de l'adolescent, énumère toutefois plusieurs signaux qui doivent alerter les parents, comme un changement dans les conduites alimentaires (régime, vol de nourriture…), des troubles digestifs et gastriques liés aux vomissements, une perturbation des règles, un isolement, un décrochage scolaire ou encore des difficultés relationnelles.

Pour Pascale Zrihen, psychologue clinicienne, psychothérapeute et co-auteure de Anorexie, boulimie, je m'en sors !, la boulimie est multifactorielle. Les causes "sont d'ordre psychologique, affectif, émotionnel, liés à l'estime de soi, à l'autonomie… Ces causes s'enracinent dans l'enfance et se déclenchent généralement à l'adolescence (…)", précise-t-elle dans Parents.

Dès les premiers signes, dialoguez avec votre enfant, comme le recommande le docteur Trebossen, et encouragez-le à consulter un pédiatre ou son médecin généraliste. Des séances avec d'autres professionnels peuvent être nécessaires. Pascale Zrihen recommande un suivi nutritionnel ainsi que plusieurs années de thérapie.

Que faut-il savoir sur l'hyperphagie boulimique ?

Plus confidentielle que la boulimie, l'hyperphagie boulimique "implique des crises de suralimentation, mais sans comportement de compensation", révèle Priscille Gérardin. Elle peut "entraîner une situation de surpoids ou d'obésité". Généralement, l'hyperphagie boulimique concerne les jeunes adultes, mais elle peut aussi toucher les adolescents. Les formes précoces sont d'ailleurs les plus sévères, souligne la Haute Autorité de Santé.

Selon le Manuel MSD, plusieurs symptômes sont révélateurs d'une hyperphagie boulimique. Si votre enfant mange plus vite que d'habitude, en grande quantité sans avoir physiquement faim, ou seul par gêne, prenez rendez-vous chez votre médecin généraliste ou le pédiatre de votre enfant. Comme le souligne le docteur Marco Solmi, psychiatre, dans une vidéo YouTube, "les causes de l'hyperphagie boulimique ne sont pas connues, mais plusieurs facteurs peuvent contribuer à son développement", comme une prédisposition génétique, le stress, l'anxiété, une mauvaise image de soi ou des traumatismes passés. Le docteur conseille la thérapie cognitivo-comportementale pour "comprendre ou modifier son comportement alimentaire ainsi que les pensées et les émotions qui y contribuent".

Orthorexie : l'obsession de manger sainement

Si vouloir manger sainement est louable, en revanche, cela peut vite devenir une obsession. Pas encore considéré comme un TCA, l’orthorexie entre toutefois “dans les critères du spectre des troubles alimentaires”, considère la docteure Camille Ringot, médecin psychiatre spécialiste TCA, sur son compte Instragram.

Bien qu’il n’y ait pas de volonté de perdre du poids, l’orthorexie peut dériver vers l’anorexie mentale, la boulimie ou l’hyperphagie boulimique. Il nécessite d’ailleurs la même prise en charge que ces TCA. Pour la docteure, les risques sont multiples car les obsessions peuvent “créer des troubles du sommeil, de la concentration, engendrer un isolement social (...)”, sans oublier la perte de temps et d’énergie que représente le fait de décortiquer chaque produit. Cela peut “amener à un syndrome dépressif”.

Nos trois conseils