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Comment aider mon enfant ou ado à mieux gérer ses émotions ?

Rédigé par Coline Grasset | 30 avr. 2026 23:00:00

Quand sa construction en Lego s'effondre, votre enfant pleure et jette les pièces. Ou votre ado claque la porte après une simple petite remarque en criant "de toute façon, tu comprends rien !" Deux scènes, deux âges, mais un malaise identique pour vous, parent : vous ne savez pas vraiment comment réagir. Ce que vous avez remarqué, c'est que plus vous dites "calme-toi", moins ça marche et vous aimeriez bien lui apprendre à canaliser ses émotions pour éviter ces débordements explosifs. Voici nos conseils adaptés à l'âge de l'enfant et à la réalité du quotidien.

Derrière l'émotion de l'enfant, un besoin à reconnaître

Quand votre enfant ressent une émotion, force est de constater qu'elle ne risque pas de passer inaperçue. Il est donc normal que votre attention parentale se focalise sur ses manifestations spectaculaires : des larmes, des cris, des sauts de la victoire… Pourtant, comme l'explique Aurélie Callet, psychologue, à La Maison des Maternelles, comprendre le besoin derrière l'émotion vous permet d'y répondre plus facilement. Lorsque votre enfant se met en colère devant un exercice difficile ou un refus parental, par exemple, il exprime sa frustration et son "besoin de changement" face à une situation qui ne lui convient pas (refus, contrainte, sentiment d'injustice…). Quand il a peur, schématiquement, ce qui lui manque c'est d'être rassuré et quand il est triste d'être réconforté. La joie qui déborde (votre enfant crie, saute partout et n'arrive plus à s'arrêter) traduit, elle, l'envie irrépressible de partager ce qu'il vit.

Chez un adolescent, l'expression de l'émotion est moins évidente, parfois même contradictoire entre ce qu'il exprime (le rejet) et ce qu'il attend (votre écoute ou votre présence). De plus, le panel des émotions de base s'élargit en grandissant. Lorsqu'il marmonne "laisse-moi tranquille", réagit excessivement à une remarque ou claque la porte, il montre son besoin d'être respecté, reconnu et compris.

Comment réagir devant une crise émotionnelle de l'enfant ou de l'adolescent ?

Au moment où votre enfant déborde d'émotions, vous avez le réflexe naturel et logique de réagir à ce que vous voyez pour le faire redescendre. Et bien souvent, cela ne fonctionne pas. Pire, votre enfant surenchérit. La solution d'Aurélie Callet : remplacer la réponse au comportement par celle au besoin :

Émotion Réponse au comportement uniquement Réponse au besoin exprimé par l'émotion
Colère "Arrête de crier !" "Je vois que tu es en colère parce que ça ne marche pas comme tu le voudrais. Trouvons une solution ensemble."
Peur "Oh, mais ce n'est rien !" "Tu as peur de… ? Je suis là. / Je reste avec toi."
Tristesse "Ce n'est pas grave" ou "ce n'est pas la peine de pleurer" "Je vois que tu es triste / que c'est difficile pour toi. Veux-tu m'en parler ?"
Joie "C'est bon, calme-toi !" "Tu es trop content, raconte-moi !"

Ainsi, vous ne niez pas l'émotion et votre enfant se sent compris (ou au moins écouté). Cette réaction calme l'aide à redescendre rapidement de son escalade émotionnelle : il n'a plus besoin de crier pour se faire entendre. Mais écouter et valider ne signifie pas pour autant que vous devez absolument céder à sa requête, rappelle la spécialiste.

L'UNICEF conseille aussi de vous montrer sincère et empathique ("je te comprends, c'est vrai que c'est difficile"). Avec un adolescent tout particulièrement, mieux vaut également éviter de relativiser son émotion à l'extrême ("certains souffrent bien davantage que toi !"). Vous risqueriez alors d'ajouter de la culpabilité à sa tempête émotionnelle.

Rappelez toujours que l'émotion est acceptable, mais qu'une réaction émotionnelle violente ne l'est pas : "tu as le droit d'être en colère, pas de hurler / taper / mordre / casser".

Après la crise : aider l'enfant à comprendre ses émotions

Une fois l'émotion retombée, quelques heures plus tard ou le lendemain, votre enfant est plus disponible pour comprendre ce qui l'a traversé et l'a débordé. Sans juger ni lui faire la morale sur son comportement, aidez-le à identifier et à nommer l'émotion en lui posant des questions simples. "Qu'as-tu ressenti sur le moment ?". Demandez-lui ensuite d'analyser la cause : "qu'est-ce qui t'a mis en colère / fait peur / rendu triste / rendu si joyeux ?" Progressivement, votre enfant apprend à reconnaître ce qu'il ressent et à identifier ce qui déclenche ses réactions excessives. Selon Emilie Drzymala, psychologue clinicienne, c'est grâce à cela qu'il "acquiert petit à petit la capacité à prendre du recul et à analyser les situations."

Moins enclin à partager ou submergé par des émotions cumulées parfois contradictoires, l'adolescent, lui, ne voudra peut-être pas se confier sur le moment. Vous pouvez alors laisser la porte ouverte à la discussion : "si tu veux en reparler, je suis là pour t'écouter et t'aider si tu as besoin". C'est d'autant plus important qu'il fait face à une double difficulté, explique la psychologue, car "les changements hormonaux viennent renforcer cette intensité émotionnelle". En outre, une émotion négative forte non verbalisée peut devenir envahissante et rejaillir autrement (eczéma, dépression, conduites à risque), met en garde le Fil Santé Jeunes.

Soyez patient, le changement ne sera pas instantané. La gestion des émotions est un apprentissage dans la durée, tout au long de l'enfance et de l'adolescence, jusqu'au début de l'âge adulte, rappelle Sylvie Chokron, neuropsychologue, au micro de France Inter.

Des solutions complémentaires pour mieux gérer ses émotions au quotidien

Emilie Drzymala et Aurélie Callet recommandent d'utiliser des supports visuels pour travailler la gestion des émotions au quotidien. Sous forme de cartes, de thermomètre, d'échelle d'intensité ou de roue des émotions, ces outils permettent à votre enfant de placer le curseur sur ce qu'il ressent à l'instant T. Avant de parler et de se confier, il peut ainsi s'apercevoir, par exemple, qu'il ressent à la fois de la colère et de la tristesse, qu'il est vraiment très joyeux ou terrorisé… De votre côté, vous êtes informé de son état d'esprit, de son intensité et pouvez, avec bienveillance, entamer la discussion.

Proposez également "un espace pour se calmer", ajoute Emilie Drzymala, qu'il s'agisse de sa chambre, d'un coin du salon ou d'une cabane dans le jardin. Il ne s'agit pas de punir ni d'écarter l'enfant, mais de lui permettre de s'isoler s'il le souhaite et tant qu'il en a besoin.

Encouragez-le aussi à coucher ses émotions sur le papier par l'écriture ou le dessin et à se défouler régulièrement par un sport ou une activité de plein air qui lui plaît.

Enfin, les exercices de respiration sont bénéfiques à tout âge pour réduire l'intensité de l'émotion et ses effets physiques (cœur qui s'emballe, tremblements, envie de bouger…). Le Fil Santé Jeunes recommande donc de la contrer par quelques respirations lentes et profondes sans penser à rien d'autre. Avec ce petit exercice simple, votre enfant s'apaise et retrouve le contrôle.

Pourquoi votre propre gestion des émotions est-elle si importante ?

La gestion des émotions est un apprentissage, mais on oublie souvent que l'enfant apprend par mimétisme, rappelle Mathilde Depaulis, psychologue. Il vous observe et vous imite. Quand vous vous énervez en voiture dans les embouteillages, quand vous soupirez après une journée de travail difficile ou quand vous criez parce que vous êtes fatigué, il enregistre vos réactions et il reproduit le comportement. Quand vous exprimez votre joie, votre fierté ou votre enthousiasme, il apprend aussi à vivre ces émotions-là.

Il est donc essentiel d'être cohérent entre ce que vous attendez de lui (maîtriser ses émotions) et ce que vous faites au quotidien. Si vous dites "là je suis énervé / triste, je fais une pause / je respire profondément pour me calmer", il apprend que cette réaction est également possible. Il ne s'agit pas d'être irréprochable, mais de lui montrer comment s'apaiser ou canaliser son émotion pour qu'il utilise ces méthodes à son tour.