Comment expliquer la différence aux enfants ?
Vous êtes dans un lieu public et votre enfant demande "pourquoi il est noir ?", "pourquoi elle a une jambe en plastique ?" ou "pourquoi elle sent mauvais ?" Sur le moment, vous êtes gêné et ne savez pas comment réagir. Faut-il lui répondre franchement, le faire taire immédiatement ou faire semblant de ne pas entendre, au risque qu'il repose sa question encore plus fort ? Bien que dérangeantes, ces questions ne partent pas d'une mauvaise intention. Il voit la différence et cherche à la comprendre, sans avoir encore les codes sociaux. Voici nos conseils pour réagir aux interrogations des enfants et leur expliquer la différence.
Pourquoi les enfants parlent-ils des différences sans filtre ?
Les enfants observent et verbalisent ce qu'ils voient en toute innocence, sans arrière-pensée. Un handicap visible, une corpulence hors normes, une couleur de peau différente, de l'acné envahissante, une odeur corporelle forte… Tout est sujet aux interrogations. Selon les psychologues du cabinet Kidz et Family, ils commencent "à comprendre que les gens peuvent être mis dans des cases en fonction de certaines différences" à partir de 6 ou 7 ans seulement. Ce qui est gênant lorsque la question fuse en public, c'est qu'ils ne mesurent pas encore l'impact de leurs mots et ne se rendent pas compte qu'ils peuvent blesser la personne concernée. Cela doit justement entrer dans leur apprentissage des codes sociaux.
À l'adolescence, en revanche, ils peuvent répéter des expressions moqueuses entendues dans leur entourage, imiter une personne en situation de handicap ou faire une blague. Là où vous percevez une moquerie désobligeante, ils agissent surtout pour faire rire ou pour provoquer afin de voir votre réaction.
Comment réagir aux propos gênants des enfants sur la différence ?
Quoi de plus gênant pour un parent qu'un enfant qui clame haut et fort en plein magasin que "la dame âgée, elle pue" ou qui demande "pourquoi il a la peau marron, pas comme nous" ? Tout le monde se retourne et vous regarde. Vous êtes rouge comme une pivoine et votre premier réflexe est de le faire taire : "chuuuut ! Tais-toi !" Votre enfant peut alors vous obéir, même s'il n'a pas reçu de réponse, ou, plus probablement, insister plus fort parce qu'il veut comprendre. La solution : lui répondre brièvement puis réserver un moment calme plus tard en aparté pour en reparler. Dites-lui "tu peux poser la question, mais je t'expliquerai tout à l'heure, car on ne parle pas de cette façon des gens devant eux, cela peut les blesser". Ainsi, il sait qu'il a été entendu et peut attendre plus facilement l'occasion d'en reparler.
Une fois en tête-à-tête, n'oubliez pas de reprendre la discussion : "tout à l'heure, tu as dit que la personne sentait mauvais / était grosse / était marron… Tu avais le droit de poser la question, mais elle a peut-être fait de la peine à cette personne si elle t'a entendu." Puis expliquez avec des mots adaptés à son âge qu'il y a des couleurs de peau différentes, que certaines personnes de tout âge peuvent avoir une odeur corporelle forte (hypersudation, maladie…), être en surpoids ou souffrir d'un handicap.
Le principe est le même avec un ado qui imiterait la démarche d'une personne handicapée ou lancerait une blague gênante dans un lieu public. Coupez court à son comportement avec "tu arrêtes, ce n'est pas drôle !" puis discutez-en en aparté plus tard.
Comment aider mon enfant à devenir plus ouvert à la différence ?
"Plus votre enfant sera habitué à côtoyer toutes formes de différences, plus cela deviendra une normalité pour lui", selon les experts de Kidz et Family. Autrement dit, plus vous inviterez la différence dans l'environnement de l'enfant, moins il la percevra comme étrange.
Si vous voyagez, emmenez vos enfants visiter des pays ou des villes radicalement différents de la France métropolitaine. Dans les métropoles nord-américaines notamment, les différentes communautés ethniques sont représentées dans leurs quartiers respectifs, comme Chinatown. À la maison, faites entrer la diversité dans votre quotidien par la cuisine, la littérature jeunesse ou le cinéma. De nombreux titres mettent en valeur le handicap (le film Un p'tit truc en plus, par exemple, peut être vu à partir de 10 ans), la diversité ethnique (les films Kirikou sont des classiques)... Profitez-en pour discuter de la différence et "parlez ouvertement de ces sujets [...]. Donnez une réponse honnête, demandez-leur ce qu'ils aimeraient savoir et, si vous ne connaissez pas la réponse, dites-le", conseille Priya Nalkur, docteure en éducation, dans son article publié par Psychology Today. Expliquez aussi que la différence ne rend pas certaines personnes moins importantes ou moins intéressantes que d'autres, qu'elle ne donne jamais le droit de rabaisser quelqu'un.
Le jeu est également un point d'entrée efficace pour ces échanges. Selon ses fabricants, chercheurs à l'université de Lorraine, Diverseco est conçu pour "favoriser le réflexe d’inclusion, ainsi que le développement de compétences sociales et citoyennes". Il s'adresse aux enfants de 6 à 14 ans et tous les éléments de jeu sont téléchargeables gratuitement sur le site Diverseco.
Enfin, n'oubliez pas que, quel que soit leur âge, les enfants imitent les adultes. Si vous adoptez au quotidien un vocabulaire respectueux de la différence, votre enfant sera naturellement plus inclusif, rappelle Priya Nalkur.