Internet et la littérature spécialisée regorgent d'informations contradictoires sur l'éducation des enfants. Certains prônent l'éducation positive ultra-bienveillante où l'enfant est mis sur un plan d'égalité avec les adultes, d'autres ne jurent que par l'établissement de règles strictes qui ne laissent aucune place à la liberté de l'enfant. Entre les deux, trouver un juste milieu permet aux parents de ne pas s'épuiser et aux enfants de s'épanouir.
Sans règles établies et respectées, la vie en société, ne serait-ce que dans le cercle familial, paraît impossible. Elles s'apprennent dès la plus tendre enfance et aident l'enfant à se développer, à se structurer et à trouver sa place à la maison, puis à l'école et dans la société en général. Ces règles s'imposent également pour garantir la sécurité de l'enfant qui n'a pas encore conscience des dangers domestiques. Typiquement, il n’est pas en mesure de détecter si une personne mal attentionnée cherche à le manipuler ou non. Il est également essentiel de lui enseigner le respect d'autrui, tant sur le plan physique que moral. Outre ces compétences progressivement acquises, les règles posent des limites sur les gestes inappropriés envers soi et les autres. Cependant, l'enfant doit aussi expérimenter par lui-même et se retrouver confronté à ces règles faites d'obligations et d'interdictions, sans être ni surprotégé ni complètement livré à lui-même. Psychologue pour enfants et adolescents et auteure de nombreux livres et podcasts à contre-courant de l'éducation positive sans limites, Caroline Goldman explique qu'elles sont pourtant essentielles au développement de l'enfant. Sans ces limites, "les enfants deviennent plus agressifs physiquement et verbalement". En raison de leur comportement, ils sont rejetés par les autres et cette "exclusion sociale" nuit d'autant plus à leur bien-être. En appliquant les principes de l'éducation bienveillante sans poser de limites ni de règles à l'enfant, les parents se retrouvent rapidement face au "tyran" domestique qu'ils ont eux-mêmes créé par peur d'abîmer la relation privilégiée qu'ils ont avec leur enfant. Psychologue et auteure du Manuel de survie des parents, Héloïse Junier rapporte de ses consultations que "les parents expriment la crainte qu’en le frustrant, ils abîment son estime de soi. Pire, ils le maltraitent". Or, ne fixer aucune règle s'apparenterait plus à de la maltraitance que d'encadrer l'enfant dans ses apprentissages, car c'est dans ce cadre que l'enfant se construit, en se sentant aimé et protégé.
Selon Odile Reveyrand-Coulon, chercheuse en psychologie clinique et auteure de Pourquoi l'interdit ?, le "parent parfait est une image d'Épinal". Tenter d'être parfait sur tous les plans en répondant à toutes les injonctions éducatives qu'on trouve sur internet et dans les livres spécialisés est irréalisable, épuisant et contreproductif. L'enfant n'a pas besoin de parents parfaits pour s'épanouir, mais de règles établies. Pour cela, on peut suivre les 5C. Les règles doivent être claires, formulées avec des mots compréhensibles et adaptés à l'âge de l'enfant. Elles doivent aussi être concrètes : les adultes expliquent le comportement attendu. Des règles cohérentes sont par ailleurs essentielles. Autrement dit, ne faites pas l'inverse vous-même devant l'enfant, mais montrez l'exemple. Si vous lui interdisez d'utiliser un écran à table, rangez également votre smartphone. Les règles doivent être constantes, avec des obligations et des interdictions qui ne varient pas d'un jour à l'autre ou d'un adulte à l'autre. Enfin, les règles sont conséquentes. Il doit y avoir une sanction, même symbolique, en cas de non-respect. Caroline Goldman recommande la technique du "time-out". Lorsque l'enfant outrepasse les règles, l'éloigner temporairement de l'espace commun constitue à la fois une punition suffisante sans recours à la violence et l'occasion de réfléchir à la portée de ses actes. Si vous souhaitez développer une éducation positive, fondée sur la bienveillance, l'écoute de l'enfant et sa liberté d'apprentissage, il ne faut pas laisser l'enfant complètement livré à lui-même. Ce serait prendre le risque d'être dépassé par un enfant en crise permanente qui décide de tout, de devoir négocier chaque action et de ne pas lui enseigner la frustration indispensable à sa vie future. Si vous considérez que l'enfant n'a pas à être traité d'égal à égal avec les adultes, qu'il doit respecter les ordres à la lettre, n'oubliez pas que "l’autorité n’a de sens pour l’enfant que si elle est accompagnée d’affection, d’écoute et d’attention", comme le rappelle Héloïse Junier. Entre les deux, il y a bien un juste milieu à trouver, à adapter à chaque enfant et à chaque parent.