Vue de l'extérieur, la cour de récréation d'une école primaire ou d'un collège semble être un joyeux désordre. Les enfants se défoulent après quelques heures de classe, jouent, courent, crient. Ils se disputent et se bagarrent parfois aussi. Lorsque la cour devient un lieu de tensions entre élèves, si leur enfant se plaint de la situation, les parents se demandent s'ils doivent intervenir et comment. Dans ce lieu scolaire, hors de la maison, ce n'est pas si simple.
Selon Valérie P., psychologue en région nantaise, citée par La Dépêche, il est important d'évaluer la situation vécue par l'enfant qui rapporte des conflits dans la cour de récréation. "Pour des problèmes graves tels que des vols, du harcèlement ou du racket, il faut prendre directement contact avec l’école. Sans attendre. Et s’il vous fait part de conflits ou de disputes, il convient, dans un premier temps, d’être à son écoute et de s’efforcer à dédramatiser." Sans porter de jugement, prenez le temps d'écouter votre enfant vous raconter la situation et ses sentiments avant de vous ruer dans l'établissement. Une bousculade ou une insulte peut vous paraître anodine et vous pourriez encourager votre enfant à ne pas en tenir compte. Néanmoins, si elle se répète plusieurs fois, la situation risque de devenir une vraie souffrance et votre enfant pourrait ne plus avoir envie d'aller à l'école par crainte de ces violences. Il vous faudra alors contacter l'établissement afin de rencontrer les adultes référents (directeur ou principal, CPE, enseignant…) pour mettre un terme à ces agissements à son encontre. La psychologue déconseille formellement "de s’adresser directement aux parents de ou des enfants concernés. Ainsi qu’à ces derniers". Votre bonne intention risquerait d'aggraver le conflit.
Les parents ne peuvent pas intervenir directement dans la cour de récré pour défendre leur enfant. C'est le rôle de l'équipe éducative en mettant en place une surveillance active de cet espace extérieur avec des personnels en nombre suffisant, conformément à l'article D321-12 du Code de l'éducation. D'autres solutions sont expérimentées avec succès, notamment la médiation par les pairs. Célestin et Élise Freinet l'appliquaient déjà dans leur pédagogie coopérative, explique Nicolas Duval-Valachs, doctorant en sociologie à l'Université de Lyon Lumière, dans son article publié par The Conversation. Les élèves médiateurs volontaires suivent une formation pour apprendre "les émotions des gens, comment les faire retomber en émotions normales, cela nous donne des conseils pour régler les problèmes des autres", présente Télia, élève de CM2 en Charente à France Bleu. Les enfants en conflit sont invités par les jeunes médiateurs à s'exprimer sur ce qu'il vient de se passer et sur leurs sentiments puis à trouver ensemble une façon de le résoudre. Grâce à ce dispositif, "50 % des petits conflits de cour de récréation et de couloir sont réglés rapidement", confirme sa maîtresse. Les cas les plus graves comme le vol ou le harcèlement reviennent aux adultes, plus aptes à les gérer.