Enfant perfectionniste : faut-il le laisser faire ou poser des limites ?

Votre enfant veut toujours être le meilleur à l'école, en sport, en art ou à la maison. Et quand le résultat n'est pas à la hauteur de ce qu'il espérait, c'est le drame assuré. En tant que parent, vous vous interrogez : faut-il le laisser faire ou essayer de le raisonner ? Ce perfectionnisme peut lui donner l'élan vers la réussite, mais aussi l'empêcher de s'accomplir. Voici des pistes pour mieux comprendre votre enfant et adopter la bonne posture de parent.

Quand votre enfant veut que tout soit parfait… et que rien ne lui suffit jamais

L'enfant perfectionniste est un insatisfait chronique, jamais tout à fait content de lui. Il s'applique 30 minutes sur un dessin puis le déchire parce qu'un petit coup de crayon dépasse donc "c'est nul". Il rentre de l'école avec un 18/20, vous pensez qu'il va être aussi fier que vous, mais il rétorque "j'ai raté, je n'ai pas eu 20/20". Au sport, son équipe a gagné, mais il ne parle que de son tir manqué. Autrement dit, il "a l’impression que si quelque chose n’est pas parfait, c’est la fin du monde", explique Judith Cohen Solal, psychologue clinicienne, interviewée par La Vie. Plutôt que de voir et d'apprécier la victoire ou la bonne note, votre enfant se focalise sur l'imperfection, bloque sur son "échec" et s'épuise à la longue à tenter d'atteindre une "perfection qui n'existe pas". En somme, il n'est pas seulement exigeant, il se refuse le droit d'être satisfait même quand ce n'est pas parfait.

Un enfant perfectionniste réussit dans la vie, vraiment ?

C'est vrai, le perfectionnisme est perçu comme un atout dans la société moderne, rappellent Elizabeth Westrupp et son équipe de chercheurs en psychologie australiens dans leur article consacré au sujet. Le perfectionniste "essaie de faire de son mieux et s’assure que le travail est bien fait", ce qui est très positif. Si votre enfant a ce trait de caractère, il devrait donc bien travailler à l'école, exceller dans ses activités extrascolaires et réussir son futur projet professionnel. En le laissant toujours viser plus haut et en encourageant son niveau d'exigence, vous devriez faire de lui un enfant puis un adulte accompli et épanoui. Cependant, ce n'est pas si simple.

En effet, ces "préoccupations perfectionnistes" risquent d'enfermer votre enfant dans la peur de ne pas réussir et de décevoir (l'anxiété de performance). Il peut alors plus ou moins consciemment éviter l'action pour ne pas avoir à subir un échec éventuel, en abandonnant en cours de route ou en procrastinant. Résultats : une faible estime de soi, une frustration mal tolérée, voire un trouble anxieux encore plus bloquant. Selon Judith Cohen Solal, il est toujours dans l'autocritique, "tout le temps malheureux" et, somme toute, il ne réussit pas aussi bien qu'escompté à l'école et plus tard dans sa vie d'adulte.

Pourquoi votre réaction de parent peut-elle aggraver son perfectionnisme ?

Face à l'enfant, différentes manières de réagir se heurtent à son perfectionnisme. Lorsque vous tentez de le rassurer ("mais si, c'est très bien !"), votre enfant, déjà convaincu que ce n'est pas assez bien, ne vous croit pas. Quand vous minimisez sa réaction qui vous paraît disproportionnée ("arrête, tu exagères"), il se sent incompris. Et si vous le poussez toujours plus loin ("vas-y, tu peux faire mieux, on peut toujours faire mieux"), vous risquez surtout de renforcer son exigence envers lui-même et son sentiment de ne pas en être à la hauteur.

De plus, les chiens ne font pas des chats, c'est d'autant plus vrai avec le perfectionnisme, rappelle Éléna Goutard, thérapeute et coach parentale. Vous pouvez donc transmettre votre propre perfectionnisme à vos enfants. Bien souvent, au-delà du simple trait héréditaire, les parents perfectionnistes "se montrent très exigeants dans leur éducation et leurs attentes envers l’enfant." En répondant à ces attentes démesurées, il peut devenir votre faire-valoir ("admirez mon enfant parfait"), la vitrine de votre réussite parentale. Certains auront même pour objectif ultime de réussir là où vous avez échoué (un travail, un sport, une éducation irréprochable…), coûte que coûte. Ce faisant, ils risquent davantage de développer les préoccupations perfectionnistes négatives que les "aspirations perfectionnistes" qui, elles, sont positives et tirent l'enfant vers le haut, selon l'équipe de chercheurs australiens.

Que vous soyez vous-même perfectionniste ou pas, la spécialiste vous recommande donc de "trouver le juste milieu entre soutenir les intérêts de [votre] enfant et l’aider à réaliser son potentiel, sans lui mettre la pression et augmenter le risque de conséquences négatives."

Comment aider mon enfant à tirer profit de son perfectionnisme ?

Il ne s'agit pas de le transformer du jour au lendemain en enfant acceptant l'échec ou la demi-réussite avec le sourire sans en faire tout un plat, car le perfectionnisme est un trait de caractère profond. Cependant, vous pouvez l'aider à l'adoucir, à réduire progressivement ses effets négatifs (les préoccupations perfectionnistes) et à profiter de son élan positif (les aspirations perfectionnistes).

Selon Éléna Goutard, il faut avant tout être à l'écoute lorsque votre enfant ou adolescent exprime sa déception. En la reconnaissant et en la validant ("c'est normal d'être déçu, tu avais beaucoup travaillé sur cette leçon/cet exposé…"), vous montrez que vous le comprenez et qu'il a le droit d'éprouver ce sentiment. "Rassurez votre enfant sur le fait qu’un échec ou une difficulté ne définissent pas la personne qu’il est", ni votre amour.

Valoriser les erreurs de l'enfant

Écouter ne signifie pas qu'il faut vous arrêter à le conforter dans ce sentiment négatif. Au contraire, vous pouvez agir en valorisant l'erreur comme vecteur d'apprentissage, ajoute Judith Cohen Solal. "C'est bien de se tromper, on apprend toujours quelque chose !" Si quelques erreurs l'ont empêché d'obtenir la note maximale au contrôle, proposez-lui de regarder ensemble ce qui manquait. S'il a manqué le but en sport, demandez-lui ce qu'il en pense après coup. Il a peut-être trop hésité, n'était pas dans le bon axe ou sa chaussure a accroché au moment de tirer. Il pourra ainsi comprendre pourquoi il s'est trompé, apprendre de son erreur et faire mieux la fois suivante. Pour le prochain contrôle, demandez-lui quelle est la note minimum acceptable pour lui, recommandent les psychologues australiens. Cette approche permet de "créer de la flexibilité" et de l'aider à mieux accepter un résultat moins élevé qu'espéré.

Favoriser l'autonomie pour éloigner la peur de l'échec

Il est tout aussi important de favoriser l'autonomie de votre enfant, s'accordent à dire les deux expertes. En effet, un enfant perfectionniste manque de confiance en lui et réagit mal face à la difficulté. Il bloque, évite ou s'emporte parce qu'il ne sait pas comment dépasser la difficulté. Éléna Goutard vous conseille d'éviter "de résoudre tous les problèmes à sa place". Au contraire, "encouragez-le" en restant à ses côtés, "mais laissez-le les affronter par lui-même". En expérimentant l'essai-erreur, il apprend que l'erreur n'est pas une fin en soi, qu'on peut recommencer jusqu'à réussir et qu'il est tout autant sinon plus valorisant d'avoir trouvé la solution soi-même. Et ça change tout !

Fixer des objectifs réalistes

Parfois, votre enfant perfectionniste vise simplement trop haut et l'objectif devient irréalisable sur le moment. Un exposé d'école surdimensionné, un gâteau de pâtissier expérimenté ou une partition de musique trop ambitieuse pour son niveau se soldent alors irrémédiablement par un échec cuisant. Résultat : votre enfant est encore plus en proie à ses préoccupations perfectionnistes. Dans ce cas, Judith Cohen Solal vous conseille de proposer des objectifs intermédiaires plus réalistes qui permettent de "commencer et recommencer [...] sans se sentir écrasés par l’énormité de la tâche". "On commence par ce gâteau simple puis on choisira des recettes de plus en plus difficiles" ou "travaille d'abord à fond cette partie de la partition. Quand tu la maîtriseras, tu passeras à la suivante jusqu'à arriver au bout du morceau". Ainsi, il profite de ses réussites au lieu d'enchaîner les frustrations.

Montrer l'exemple

Les chercheurs australiens rappellent qu'il "est bon de montrer l’exemple à nos enfants en parlant de nos propres erreurs et sentiments, pour leur montrer que nous-mêmes ne sommes pas parfaits." Vous pouvez partager certaines erreurs avec votre enfant : "je me suis trompé (un gâteau imparfait, des courses incomplètes, une coquille dans un mail…) et je suis déçu du résultat. Mais on fait tous des erreurs et ce n'est pas si grave. Celle-ci m'apprend même à être plus attentif".

3 conseils complémentaires pour accompagner un enfant perfectionniste vers la satisfaction

Nommer son "mode perfection"

Conseil Aidodarons 1/3

Quand vous sentez qu'il va trop loin, aidez-le à prendre du recul sur lui-même avec un peu d'humour : "là j'ai l'impression que tu t'es mis en mode perfection".

Limiter le temps de la tâche

Conseil Aidodarons 2/3

En imposant un cadre temporel précis ("tu as 20 minutes pour faire cet exercice / ce dessin"), vous l'empêchez de tomber dans la spirale "je recommence encore et encore".

Créer volontairement des situations imparfaites

Conseil Aidodarons 3/3

Faites parfois une petite erreur devant lui, comme une recette imparfaite ou des plantations pas exactement alignées, puis montrez que cela ne vous empêche pas d'être satisfait du résultat.

 

Après dix ans en tant qu'assistante administrative puis professeur documentaliste de l'Éducation Nationale, et des formations aux métiers du web, je rédige des articles sur des sujets très variés. Aujourd'hui maman, je suis les tendances actuelles sur la parentalité et le développement de l'enfant pour fournir des informations fiables mais neutres à mes lecteurs.