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Est-ce normal de ne plus prendre plaisir à être parent par moments ?

Rédigé par Coline Grasset | 4 mars 2026 00:00:00

Être parent apporte beaucoup de joie, mais aussi des périodes où le plaisir du quotidien semble moins présent. Il peut vous arriver de vous sentir fatigué, moins enthousiaste ou simplement saturé par l'organisation familiale. Cette impression peut surprendre ou culpabiliser, alors qu'elle est loin d'être rare et qu'elle ne remet pas en question votre attachement à l'enfant. Comprendre pourquoi ces phases existent permet de les vivre plus sereinement et de retrouver le plaisir d'être parent.

Pourquoi la parentalité est-elle si exigeante et fatigante ?

La pression éducative est aujourd'hui forte et la parentalité est éprouvante. Si bien que d'après une étude de l'Association américaine de psychologie, 33 % des parents américains sont stressés, contre 20 % de la population adulte sans enfant. Les causes sont multiples. Parfois malgré eux, les parents sont focalisés sur les attentes de réussite scolaire de leur enfant, affirme Jeanne Siaud-Facchin, psychologue citée par Femme Actuelle. On court aussi pour multiplier les activités extrascolaires après l'école, le mercredi après-midi et le week-end. Par ailleurs, on peut manquer de soutien de la part du coparent et/ou de la famille, ce qui rend la charge mentale encore plus lourde. Claude Martin, sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS et auteur du livre Être un bon parent : une injonction contemporaine, rapporte à Ouest-France que les conseils éducatifs fleurissent en librairie à une vitesse déconcertante, sans parler des influenceurs "famille" qui inondent les réseaux sociaux avec leurs conseils plus ou moins avisés. "Tout ceci participe à une saturation de l'information et crée une confusion. Les parents sont inondés de messages contradictoires et se retrouvent perdus au milieu de ces controverses." Ajoutons une organisation familiale particulièrement dense pour assurer le soin des enfants et le coût de la vie qui augmente pour obtenir un cocktail explosif. Avec tout cela, il est normal de parfois perdre pied et de ne pas trouver la parentalité aussi géniale que vous l'aviez idéalisée !

Si vous avez l'impression de courir en permanence, essayez d'identifier ce qui relève réellement d'une nécessité et ce qui tient davantage à des habitudes ou à des injonctions extérieures. Autrement dit, autorisez-vous à revoir vos priorités et à respirer pour donner un nouvel élan à votre parentalité lorsque vous vous sentez submergé(e). Allégez l'emploi du temps familial, acceptez que tout ne soit pas optimisé et renoncez à certaines attentes pour retrouver de la légèreté.

Peut-on aimer ses enfants sans apprécier chaque moment ?

La réponse est oui : la parentalité est un jeu d'équilibre constant entre la satisfaction profonde d'avoir des enfants et les contraintes quotidiennes que cela induit, rappelle Anthony Vaccaro (professeur assistant de neurosciences et psychologie à l'université de Caroline du Nord) à Cerveau & Psycho. Il est donc tout à fait normal de ressentir beaucoup d'amour pour votre enfant tout en trouvant certaines journées fatigantes ou peu gratifiantes.

Lorsque vous traversez ces phases, évitez d'interpréter votre lassitude comme un désengagement affectif. Rappelez-vous qu'il s'agit d'un passage, certes déroutant, mais pas définitif. Lorsqu'il survient, concentrez-vous sur ce qui vous lie à votre enfant et accordez-vous un moment léger sans enjeu éducatif avec lui. Une balade en plein air, un film regardé ensemble ou simplement vous asseoir à côté de lui sans interaction directe peut suffire. "On peut prendre du plaisir à être avec son enfant, sans nécessairement faire quelque chose avec lui", affirme Marie Stiévenart, docteure en sciences psychologiques et psychothérapeute spécialisée dans les questions de soutien à la parentalité, à Femmes d'Aujourd'hui. En revanche, elle ajoute qu'à "partir du moment où on se dit ‘Il faut que', autant ne pas le faire car il y a une notion d'obligation et donc on diminue le plaisir, et l'enfant le ressent".

Comment retrouver plus de plaisir dans son rôle de parent au quotidien ?

Lorsque la réalité du quotidien émousse votre plaisir d'être parent, de petits ajustements progressifs peuvent vous aider à espacer ces moments difficiles. Si la lassitude et la fatigue s'installent, accordez-vous du temps personnel sans culpabiliser. "Pour prendre du plaisir à s'occuper de son enfant, il est clair que le parent doit commencer par prendre soin de lui-même", insiste Marie Stiévenart. Et, en effet, en se ressourçant un peu de son côté, on retrouve patience et disponibilité plus facilement qu'avec une pression constante sur les épaules.

Si votre enfant ou ado vous mène la vie dure en manquant régulièrement de politesse ou en agissant comme un invité qu'il faut choyer sans rien obtenir en retour, concentrez-vous sur les échanges positifs. Même modestes, ils vous aident à rééquilibrer votre perception du quotidien.

Entraînez-vous aussi à repérer les signaux précoces de saturation, comme une perte d'élan vers l'enfant ou une impatience inhabituelle. En identifiant vos émotions avant qu'elles ne vous envahissent, vous pourrez vous en défaire plus facilement.

Enfin, même si tout est améliorable, acceptez vos limites de parent imparfait (spoiler : aucun parent n'est parfait !) sans vous juger. La culpabilité ne fait qu'accentuer la pression et peut vous conduire à l'épuisement émotionnel.

Quand faut-il s'inquiéter de la fatigue parentale ?

Une baisse ponctuelle de plaisir parental n'est pas rare. En revanche, si la perte de plaisir devient permanente, si l'irritabilité prend le dessus et si vous ressentez une prise de distance durable avec votre enfant, voire le regret d'être parent, mieux vaut réagir et en parler à un professionnel de santé. Il peut alors s'agir d'un burn-out parental, dont les symptômes et les risques s'apparentent à ceux de la dépression, bien qu'ils soient uniquement centrés sur la parentalité et excluent les autres sphères de la vie. Rappelez-vous alors que consulter un psychologue, un psychothérapeute ou un psychiatre ne remet pas en cause vos compétences parentales. Cela témoigne au contraire d'une attention portée à votre équilibre et à celui de votre famille.

Trois conseils complémentaires pour traverser les phases de baisse de plaisir parental plus sereinement