La famille recomposée n'est plus une exception puisqu'elle concerne 9 % des noyaux familiaux français selon l'INSEE. Près d'une famille sur dix doit donc composer avec une nouvelle organisation, un parcours semé d'embûches aussi compliqué pour les enfants que pour les adultes. S'il n'y a pas de recette magique pour trouver l'équilibre parfait au sein de la famille recomposée, quelques règles à établir dès le départ permettent néanmoins de mettre les meilleures chances de votre côté.
Il est important de commencer par éviter les illusions afin de ne pas vous épuiser à courir après un idéal inatteignable. Plus encore que la famille traditionnelle (un couple et leurs enfants), la famille recomposée suscite des appréhensions, des tensions et parfois même des frictions entre ses membres, que les conflits soient ouverts ou larvés. Il faut donc vous armer de patience le temps que chacun trouve sa place et créer le climat le plus propice possible à la bonne entente générale. En effet, vous ne pouvez pas forcer vos enfants à aimer votre nouveau conjoint ni vous faire aimer des siens dès la première minute. Cela peut prendre du temps, de quelques semaines à plusieurs années, explique Virginie Meggle, psychanalyste, sur le site Parents. Chacun arrive dans la nouvelle famille avec ses craintes et ses souffrances antérieures. Par exemple, un enfant peut, surtout s'il est encore jeune et que la séparation a été compliquée, rejeter son beau-père ou sa belle-mère en espérant que son autre parent revienne et reprenne sa place dans le couple parental originel.
Selon les données de l'Institut National d'Études Démographiques (INED), 56,6 % des familles recomposées comptent au moins trois enfants issus d'unions précédentes ou du nouveau couple. Psychologie a interrogé trois spécialistes pour aider les adultes et les enfants à trouver leur place dans la nouvelle cellule familiale : Chantal Van Cutsem, pédopsychiatre et thérapeute familiale, Claire Garbar, psychologue et psychanalyste, Sylvie Cadolle, philosophe, sociologue et professeur de sociologie de l’éducation. Elles recommandent à chaque conjoint de discuter préalablement avec ses enfants respectifs pour élucider toutes les questions qu'ils se posent sur leur beau-parent avant de le leur présenter et d'annoncer le fondement du nouveau foyer. En donnant la parole à l'enfant, on peut ainsi désamorcer les conflits de jalousie liés à l'entrée d'un autre adulte dans leur vie. Les expertes conseillent aussi d'organiser une rencontre officielle, de montrer à l'enfant que les adultes assument leurs choix devant eux sans oublier de lui laisser le temps de se faire une opinion et de développer un lien affectif.
Par ailleurs, même s'il est naturel d'aimer davantage ses propres enfants que ceux des autres, tous les traiter sur un pied d'égalité (en tenant compte de leur âge) aide à éviter bien des conflits. Si possible, chaque enfant doit avoir sa chambre avec un confort équivalent. Lorsque la configuration de l'habitation ne le permet pas, on veille néanmoins à ce que chacun ait au moins un espace bien à lui.
Le tissage de liens affectifs entre les enfants et leur beau-parent prend du temps. Ils reposent sur l'attention que l'adulte accorde à l'enfant et sur le temps consacré pour faire des activités communes : des jeux, des balades, une séance de ciné, une sortie en ville, de la cuisine, une aide aux devoirs, un simple moment partagé devant la télévision… Même s'il ne faut pas à tout prix multiplier les activités au risque de saturer l'enfant et de lui donner la louche impression que le beau-parent tente de l'acheter, il est important de prévoir dès le début et régulièrement des activités à faire tous ensemble. Elles permettent de créer des souvenirs communs, exactement comme dans une famille traditionnelle, et donc des liens affectifs. Des temps doivent aussi être exclusivement consacrés au couple et à chaque parent avec ses propres enfants, rappelle Virginie Meggle.
Nous avons tous nos propres règles d'éducation des enfants. Le spectre est large, d'une éducation bienveillante et permissive à une autorité sévère et absolue de l'adulte. Dans la famille recomposée, chaque conjoint arrive avec ses règles et elles ne sont pas toujours accordées. En exemple, citons l'autorisation ou non des enfants à quitter la table sans attendre les autres convives, à regarder la TV le soir ou à utiliser leur smartphone dans leur chambre. Dès l'installation de la famille recomposée, vous devez réunir tous les membres et édicter les règles de vie commune, en précisant aux enfants que l'autorité est conjointe et que chaque adulte a donc le même droit de rappel à l'ordre. Le simple fait d'éviter une différenciation limite les raisons de conflits entre enfants. Sous forme de check-list ou de comparatif autorisé/interdit, un affichage des règles de la famille, par exemple sur un tableau blanc, permet de toujours les avoir sous les yeux.
3 conseils complémentaires pour une famille recomposée sereine :