Faut-il s’inquiéter si mon enfant change brutalement d'amis ?
Du jour au lendemain, les enfants que vous aviez l'habitude de voir défiler à la maison depuis l'école primaire semblent avoir disparu ou vous n’en entendez plus parler, remplacés par de nouveaux visages ou noms. Ce changement peut susciter un certain malaise chez les parents.
C'est normal, la formation de nouvelles amitiés peut être déstabilisante. Faut-il vraiment s'en inquiéter ? Aidodarons vous éclaire sur la question.
Changement d'amis : un passage obligé ?
Depuis la maternelle, votre enfant a fréquenté plusieurs groupes d'amis, et vous vous demandez peut-être s'il change souvent de relations. Rassurez-vous, cela n'a rien d'anormal. Votre progéniture développera différents centres d'intérêt tout au long de sa vie, ce qui l'amènera à s'éloigner de certains copains et à se rapprocher de nouvelles personnes avec qui il partage ses passions. Comme l'explique Aurélie Callet, psychologue, dans Parents, "c'est rassurant et naturel de se tourner vers quelqu'un qui lui ressemble".
Interrogé par la Caf de Loire-Atlantique, Pierre Poutou, psychologue à la Maison des adolescents, fait le même constat : "un jour, ils partent à l'extérieur, rencontrent et créent des liens avec d'autres personnes". Pour ce spécialiste, un enfant a besoin d'élargir son cercle relationnel.
Le besoin de réciprocité et de similarités
Vers 7 ans, il est fréquent de privilégier les relations réciproques. Une étude américaine publiée en 2026 sur la base de données en sciences médicales PubMed prouve que la réciprocité devient un critère central de l’amitié. Une autre étude américaine, publiée en 2019 sur le site scientifique ResearchGate, montre quant à elle que les 3-11 ans ont tendance à créer des liens proches avec des camarades qui leur ressemblent. La similarité et la proximité, en plus de la loyauté, sont essentielles.
Il y a aussi ce désir d'être vu et considéré à travers ses nouvelles amitiés. "Les enfants, quel que soit leur âge, ont tendance à aller vers celles et ceux que les autres regardent et admirent", révèle Pierre Poutou. Par exemple, si un camarade amuse les autres en faisant le pitre, votre enfant aura sûrement envie d'être ami avec lui. Il ne faut pas forcément voir cette nouvelle amitié d'un mauvais œil. Si votre fille ou votre fils est un peu inhibé(e), "choisir un copain plus déluré va l'aider à se dégourdir, à s'affirmer", estime Aurélie Callet.
Faut-il intervenir dans ses amitiés ?
Même inquiet, il vaut mieux s'abstenir de toute intervention, selon le professeur Duverger, directeur du service de psychiatrie de l'enfant au CHU d'Angers, et auteur de L'amitié à l'adolescence, à la découverte de soi. Sur le site MaFamilleZen, il explique que l'amitié ne se commande pas.
Pour autant, il est essentiel de se sentir concerné en tant que parent. Pascal Mallé, professeur de psychologie du développement, considère sur le site de la Fédération Léo Lagrange, que "se soucier des relations d'amitié de son enfant, c'est capital, car c'est une grande partie de sa vie de tous les jours".
Sans être intrusif, discutez avec votre enfant, encouragez-le à parler de ses nouveaux camarades et proposez de les inviter à la maison. Vous lui montrez ainsi que vous accordez de l'importance à ce qu'il vit. Et en même temps, c'est une manière de "prévenir d'éventuels actes de violence ou de manipulation entre enfants", souligne le psychologue.
Quand faut-il vraiment s'inquiéter ?
Le début de l’adolescence est la période la plus sensible. Selon une étude américaine publiée en 2022 sur PubMed, les amitiés sont très fluctuantes et instables entre 12 et 14 ans.
Vous êtes peut-être d'accord pour que votre ado se fasse de nouveaux amis, mais ils ne semblent pas avoir une bonne influence sur lui. Vous l'avez surpris en train de voler dans votre porte-monnaie alors que vous n'aviez jamais eu ce genre de problème auparavant. Aurélie Callet rappelle que "son copain n'est pas forcément responsable de ses bêtises". Pour la psychologue, il est important de faire confiance à votre enfant : il est capable d'apprécier son nouvel ami sans se laisser influencer. Toutefois, restez vigilant sur ses résultats scolaires et son comportement.
Sur le site MaFamilleZen, Grégoire Borst, directeur du Laboratoire de Psychologie du Développement et de l'Éducation de l'Enfant (LaPsyDé) à La Sorbonne, invite les parents à adopter la bonne méthode. "Vouloir les séparer à tout prix ne sera pas forcément efficace", affirme-t-il. En revanche, il peut être utile de se référer à un psychologue qui va "entamer une conversation avec l'ado pour évaluer les risques réels". Un isolement social soudain, de l’anxiété, le refus d’aller à l’école ou une amitié dominatrice doivent alerter. Dans les cas les plus graves, un abandon de cours ou d'une activité extrascolaire, ou encore la prise de drogues doit vous pousser à consulter un professionnel.
Nos conseils
Rappeler les bases d'une amitié saine
Conseil Aidodarons 1/3
Rappelez à votre enfant en quoi consiste une amitié saine. En plus de le rendre heureux, il doit se sentir écouté et respecté dans ses opinions et ses choix, explique Aurélie Callet.
En parler aux enseignants
Conseil Aidodarons 2/3
Si sa nouvelle amitié vous inquiète, n'hésitez pas à en discuter avec son enseignant ou sa maîtresse. Cela aidera à évaluer objectivement s'il existe un véritable problème.
Ne pas jouer les entremetteurs
Conseil Aidodarons 3/3
Même si vous aviez de la sympathie pour son ancien meilleur ami, évitez de vous immiscer dans ses relations. Par exemple, ne tentez pas de créer des rencontres entre votre enfant et son ex-meilleur ami.