Vous ne voyez plus votre enfant ou adolescent qu'au travers de la caméra de son smartphone ? Il s'improvise cameraman en toute occasion et publie tout sur les réseaux sociaux, même le plus futile ? S'il ne s'agit pas d'une vocation de futur cinéaste, ce comportement peut vous déconcerter et même vous inquiéter. Aidodarons vous aide à comprendre ce besoin de se mettre en scène sur les réseaux et à responsabiliser votre enfant.
Nos enfants et ados sont nés à l'ère du tout numérique et après les réseaux sociaux historiques (Facebook en 2006, Instagram en 2010…). Ils font donc partie de leur quotidien, incontournables sur les smartphones dont 90 % des jeunes de 12 ans sont équipés, d'après l'étude Born Social 2024 (réalisée par l'agence Heaven et Génération Numérique).
La Maison des Maternelles rappelle qu'à travers ces outils numériques, ils construisent leur identité et leur rapport à eux-mêmes, à leurs pairs et au monde. Ils se mettent en scène, partagent des moments familiaux, même les plus anodins comme une balade au parc ou un trajet en voiture. Ces vidéos courtes, qui concurrencent désormais les selfies, sont par ailleurs un "témoignage de l'instant vécu", explique Pauline Escande-Gauquié, maîtresse de conférences à l’université Paris-Sorbonne, au Centre pour l'éducation aux médias et à l'information (CLEMI). En se racontant de la sorte, ils espèrent ainsi susciter l'attention et une réponse positive de leurs "amis" et followers, appartenir à une communauté et imiter les influenceurs qu'ils admirent sur les réseaux. Autrement dit, ils attendent une validation sociale. Rien de plus normal pour un pré-ado ou un ado !
Les enfants et ados aiment donc regarder des contenus en lien avec leurs centres d'intérêt, mais aussi en publier, bien souvent sans se rendre compte des conséquences potentielles.
Lorsqu'elle devient compulsive, cette habitude de se mettre en scène et de s'afficher sur les réseaux n'est pas sans risque. À la période charnière entre l'enfance et l'âge adulte, l'estime de soi se construit au travers du regard des autres. L'entourage réel ou numérique "agit comme un miroir social", précise Crystelle Brault-Bege, psychologue clinicienne. Si le jeune ne reçoit pas la réponse escomptée (un "like", un commentaire, un partage…), La Maison des Maternelles confirme que sa confiance en soi et son estime de soi peuvent être remises en question et dévaluées. Cela va même jusqu'à un sentiment d'invisibilité dans son groupe numérique en cas d'absence de réponse.
Dans la majorité des cas, publier des vidéos fait simplement partie de la sociabilité numérique des adolescents. Votre inquiétude parentale devient légitime lorsque cette activité prend toute la place avec un besoin permanent de filmer, une anxiété liée au nombre de vues et la difficulté à profiter d’un moment sans le partager en ligne.
Plus généralement, il ne faut pas oublier qu'il est difficile de faire disparaître une publication du web. Même en la supprimant, elle peut avoir été enregistrée et repartagée. Le risque si la vidéo suscite des émotions négatives : le cyberharcèlement, avec un déchaînement de moqueries, de commentaires haineux, de menaces et d'injures. Elle peut même être récupérée à des fins malveillantes, notamment par la pédocriminalité, friande d'images d'enfants qui se mettent innocemment en scène. Enfin, ces vidéos peuvent ressurgir à un moment inopportun bien des années plus tard et disqualifier le jeune dans ses projets d'études ou d'emploi, met en garde La Maison des Maternelles.
Avant tout, il est important de discuter avec votre enfant pour comprendre sa motivation à publier autant de vidéos le mettant en scène, sans être dans le jugement, comme le recommande La Maison des Maternelles. Le plus souvent, il recherche l'appartenance au groupe et sa propre existence dans le regard d'autrui. Parfois, ce comportement peut traduire une faible estime de soi et un fort besoin de reconnaissance. Si votre enfant semble très dépendant du regard des autres ou particulièrement affecté par les réactions en ligne, cela mérite d’être abordé avec lui. À vous de le rassurer sur sa valeur aux yeux de son entourage proche. Le cas échéant, si le comportement devient incontrôlable, encouragez-le à en parler avec un proche de confiance ou avec un professionnel de santé.
Il est également essentiel de lui exposer les risques sans tomber dans le catastrophisme : pourquoi il ne faut pas publier n'importe quoi n'importe où, pourquoi il faut garder la main sur son image en ligne en pensant à plus tard. Proposez-lui de suivre une règle simple : avant de poster une vidéo, il doit se poser trois questions. Est-ce que quelqu’un pourrait se sentir gêné dans cette vidéo ? Est-ce que je serais à l’aise si toute ma classe la voyait ? Est-ce que je serais d’accord pour qu’elle ressorte dans cinq ans ? Grâce à cette petite habitude, votre enfant apprend à réfléchir sur les conséquences de la publication. Pour aller plus loin, proposez-lui de regarder ensemble une vidéo qu’il souhaite publier et d'imaginer comment différentes personnes pourraient la percevoir (un camarade, un professeur, un futur recruteur…).
Votre enfant peut aussi séparer les vidéos à garder des vidéos à publier. Vous le laissez filmer autant qu'il le souhaite pour préserver son plaisir de capturer le moment, mais vous créez ensemble deux dossiers distincts sur son smartphone : les souvenirs personnels et les vidéos à partager. Pensez à extraire les vidéos personnelles du téléphone en fin de journée et à les stocker sur un autre support numérique (ordinateur, disque dur, clé USB). En effet, les applis des réseaux sociaux ont accès au contenu du téléphone si les autorisations sont activées, rappelle le CLEMI.
Si vous n'avez pas les connaissances suffisantes pour entamer cette conversation, vous pouvez vous appuyer sur le portail Internet sans crainte. Ce programme national d'éducation au numérique des jeunes et des familles met de nombreuses ressources à disposition des jeunes, des parents et des enseignants au sujet de la vie numérique.
Dans tous les cas, interdire n'est pas la bonne réponse, même si vous trouvez son comportement irresponsable et dangereux, voire stupide. Votre enfant ou ado risquerait en effet de continuer à publier dans votre dos sans bénéficier de votre appui parental. Rappelez-vous qu'il vaut mieux l'accompagner dans ses pratiques numériques car elles font partie de sa vie sociale.