C'est une question que se posent de nombreux parents d'adolescents : faut-il ou non surveiller leurs messages privés sur leur smartphone ? Si vous tergiversez entre le respect de la vie privée de votre enfant et la peur des dangers d'internet, nous avons pesé le pour et le contre du contrôle de leur vie numérique. La réponse n'est pas tranchée.
Le smartphone semble être devenu un rituel de passage de l'enfance à l'adolescence, si bien que 92 % des jeunes de 12 ans en sont équipés, révèle l'étude Born Social 2025. Ils l'utilisent pour jouer, regarder des vidéos et, bien sûr, rester en contact avec leurs amis via les réseaux sociaux et les multiples applis de messagerie disponibles. En moyenne, ils y passent 2 heures par jour en semaine. Un temps qui n'est pas consacré à d'autres activités in real life et qui, surtout, échappe à votre regard. Votre ado est dans sa chambre, téléphone en main. Vous voyez bien qu’il réagit à ce qu’il lit, mais vous ne savez pas ce qui se passe de l’autre côté de l’écran.
Les craintes des adultes, plus au fait des dangers d'internet, sont alors multiples. Il y a d'abord le cyberharcèlement, cheval de bataille gouvernemental qui fait régulièrement la une des journaux avec les cas extrêmes de suicides d'adolescents. Les réseaux sociaux cachent aussi des arnaqueurs, des pédocriminels et autres personnes malveillantes en tous genres pour qui les plus jeunes sont des cibles faciles. Un adulte peut se faire passer pour un ado et entamer la discussion, demander des photos "juste pour rire" ou même insister pour communiquer sur une autre application qui échapperait au contrôle parental. Rien de plus normal alors que de frémir lorsque vous voyez votre ado textoter à n'en plus finir et de vouloir jeter un œil sur ses conversations pour vous rassurer !
Les nouvelles technologies permettent le flicage intégral de l'activité numérique de votre enfant. Vous pouvez installer un contrôle parental limitant l'accès à certaines applications de messagerie par une interdiction totale ou partielle (durée, plages horaires préprogrammées). Certains logiciels espions vous envoient même des notifications à chaque activité numérique, voire vous donnent accès aux contenus du smartphone en temps réel, explique Mon Enfant et les Écrans (site édité par l'Union Nationale des Associations Familiales).
Selon l'enquête Ipsos réalisée pour l’Observatoire de la Parentalité et de l’éducation numérique et l’UNAF, 4 parents sur 10 déclarent avoir déjà utilisé un logiciel espion pour surveiller leur enfant. 70 % des enfants concernés n'étaient pas informés de l'agissement de leur parent. Pas vu, pas pris ?
Même si vos intentions protectrices sont bonnes, rappelez-vous combien vous vous seriez senti trahi si quelqu'un avait lu votre journal intime au même âge avant d'agir. Bien sûr, un journal intime n'est pas une conversation potentielle avec un inconnu, mais cela relève autant de la vie privée. Et elle est consacrée par la loi, rappelle Marine de la Clergerie, avocate spécialiste en droit numérique, interviewée par Actu. En effet, l'article 9 du Code civil stipule que "chacun a droit au respect de sa vie privée". L'article 226-1 du Code pénal, lui, précise que l'intrusion dans la vie privée d'autrui sans consentement est un délit punissable. Si l'on s'en tient strictement aux textes juridiques, il serait donc interdit de lire les messages de son enfant. Jusqu'à un certain point.
Par ailleurs, offrir un smartphone à son jeune ado, c'est déjà prendre le risque de voir une partie de sa vie vous échapper. Et votre enfant peut vivre votre intrusion dans sa vie privée comme une véritable violence à son encontre. Elle pourrait fortement entacher sa confiance en vous et l'inciter à vous cacher davantage ses activités numériques pour échapper à votre contrôle (ou pour vous contrarier). Elle va même à l'encontre de la responsabilisation et de la prise d'autonomie qu'on attend de lui, met en garde Patrick-Ange Raoult, psychologue clinicien, également cité par Actu.
Toutefois, ce principe se heurte aux devoirs parentaux, tempère la spécialiste du droit numérique. S'appuyant sur l'article 371-1 du Code civil, elle rappelle que "les parents ont un devoir de sécurité" et qu'ils doivent "protéger les enfants des risques qu’ils peuvent rencontrer". Or, en ligne, le jeune adolescent "vit des émotions très fortes et il n’a pas encore les stratégies nécessaires pour s’y adapter", estime Linda S. Pagani, professeure titulaire à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, dans les colonnes de L'Actualité. Ainsi, un accusé de lecture sans réponse à son message, l'exclusion d'une discussion ou une remarque négative à la vue de tous dans un groupe de discussion peuvent vraiment le déstabiliser. Face aux risques réels d'internet et à la naïveté innocente de l'enfant, la vigilance reste donc de mise.
Mais vigilance attentive ne veut pas dire espionnage permanent. Selon Stéphane Clerget, psychanalyste interrogé sur le sujet par Femina, "il y a toujours des signes visibles quand il se passe quelque chose d'anormal dans sa vie. La mission du parent est de rester attentif, pas de lire ses textos." Tant que votre ado est épanoui, qu'il a de bons résultats scolaires, des activités, des amis et respecte les règles de vie à la maison et en société, est-ce vraiment utile d'interférer ? Si, en revanche, vous soupçonnez que votre enfant court un risque (isolement, baisse d'estime de soi, cachotteries…), des alternatives moins intrusives que fouiller son portable sont possibles.
Tant qu'il ne vire pas à l'intrusion, le contrôle parental reste une bonne idée pour accompagner la vie numérique de l'adolescent. Il réduit le risque d'accéder à des contenus inappropriés pour son âge et lui permet de mieux maîtriser son temps d'écran. Pour qu'il soit mieux accepté et encourage l'enfant à se responsabiliser, mieux vaut le mettre en place ensemble. "Si les parents veulent observer ce que leur adolescent fait sur son smartphone, il faut toujours demander son accord. Il s'agit d'un accompagnement et d'une éducation à l'écran, plus qu'un contrôle", selon Lise Barthelemy, pédopsychiatre et membre du collectif contre la surexposition aux écrans (CoSE), citée par Le Point. Un principe partagé par Patrick-Ange Raoult.
Et si vous avez craqué, "il faut lui dire ce que l'on a fait et lui en donner la raison (“J'ai regardé ton téléphone, car j'étais inquiète pour toi”)", conseille Geneviève Abrial, psychanalyste interrogée par Femina.
En somme, "le meilleur moyen de le protéger, c’est de dialoguer et de créer un lien de confiance avec lui", rappelle Vanessa Lalo, psychologue clinicienne spécialiste des pratiques numériques, à BFM.