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Faut-il tout dire à son enfant ?

Rédigé par Coline Grasset | 13 mai 2026 22:59:59

Des problèmes de couple, une séparation ou une nouvelle rencontre, un décès, une perte d'emploi, des difficultés financières… À chaque événement important de notre vie d'adulte parent, la question se pose : faut-il en parler aux enfants ? Certains parents ne cachent rien, d'autres taisent tout. Entre les deux, un juste milieu est à trouver en fonction de l'âge de l'enfant.

Cacher ses émotions aux enfants ou tout leur dire : un pari risqué

Les enfants ressentent les émotions de leur entourage à tout âge, et ce dès la prime enfance. Ce sont de véritables éponges émotionnelles qui captent vos variations d'humeur avec une acuité étonnante. Si vous êtes contrarié par votre relation de couple ou triste après le décès d'un proche, ils le ressentent. Si vous êtes inquiet pour l'avenir en raison d'une perte d'emploi, d'un divorce ou de l'actualité anxiogène, ils le ressentent aussi. De la même manière, vos émotions positives ne passent pas inaperçues. Les dissimuler et les taire serait donc vain. L'enfant risquerait alors de devenir anxieux et de somatiser des émotions qui ne sont pas les siennes.

Mais ressentir ne veut pas dire comprendre. Pour cela, ils ont besoin de vos mots posés sur vos émotions. À l'inverse, n'oubliez pas que l'enfant n'est pas votre confident, qu'il n'a pas à tout savoir et qu'il vaut mieux s'en tenir à ce qui le concerne uniquement. Psychothérapeute et coach familiale, Catherine Chastagner recommande de vous adapter à l'âge de l'enfant et de trouver le bon moment et la bonne manière d'exprimer votre inquiétude ou votre contrariété sans lui transmettre. Un vrai jeu d'équilibriste !

Que peut-on dire aux enfants et comment en parler ?

Exprimer ses problèmes de couple aux enfants

Si vous rencontrez des difficultés au sein de votre couple parental, les enfants vont immanquablement ressentir les tensions, même si vous essayez de les cacher. Il est donc important de le leur dire, mais sans entrer dans les détails. Une phrase simple telle que "nous nous disputons parce que nous ne sommes pas d'accord" ou "c'est une dispute de grandes personnes" permet de clarifier la situation à l'enfant de tout âge. Ajoutez que cela ne concerne pas votre enfant et que vous l'aimez afin d'éviter qu'il se sente responsable et qu'il culpabilise, conseille Nicolas Peraldi, psychologue, sur le site dédié aux parents de Loire-Atlantique.

On évite bien évidemment de parler de l'intimité du couple, dont les enfants n'ont absolument pas besoin de savoir quoi que ce soit, quel que soit leur âge.

Parler de séparation ou de divorce aux enfants

Lorsque la situation ne permet plus de maintenir le couple parental, il est inutile de dissimuler votre projet de séparation aux enfants, même si vous espérez les préserver par votre silence. Les enfants ressentent les émotions qui vous traversent. Ils voient que leurs parents ne sont plus dans le partage. Une fois la décision prise, annoncez-leur que vous ne vous entendez plus, qu'un changement va se produire, que l'autre parent va aller vivre ailleurs. Rappelez que vous ferez votre maximum pour qu'ils vivent au mieux cette nouvelle situation familiale, qu'ils ne sont en rien responsables et que vous les aimez. En revanche, inutile de dévoiler les raisons de votre séparation, surtout si elles sont liées à un adultère, par exemple.

Annoncer une nouvelle relation aux enfants

Vous avez fait une nouvelle rencontre et vous sentez le moment venu de l'annoncer à vos enfants ? Ne soyez pas dupe, ils ont déjà senti le changement à travers les émotions que vous exprimez malgré vous : de la joie, mais aussi de l'appréhension sur leur réaction. La situation peut être plus complexe si votre nouvelle relation a, elle aussi, des enfants. Interviewé par Les Nichées, Serge Mori, psychologue, explique que "le temps psychique [des enfants] est complètement différent de celui des adultes." Il précise qu'il ne faut donc pas aller trop vite. Vous pouvez dire à vos enfants que vous avez rencontré une autre personne avec qui vous vous sentez bien et que vous aimeriez la leur présenter s'ils sont d'accord. Pensez à rappeler que ce nouveau venu ne prendra pas la place de l'autre parent ni la leur.

Parler de la mort aux enfants

Voilà une situation redoutée par les parents : le décès d'un proche ou d'un animal de compagnie. Lorsqu'il se produit, il faut en parler à l'enfant plutôt que taire la vérité, en évitant les formules métaphoriques telles que "papy est monté au ciel" qui pourraient être prises au pied de la lettre. Au contraire, Aurélie Callet, psychologue citée par La Maison des Maternelles, recommande la franchise : "papy/ton frère/ton chat est mort. Nous sommes très tristes, mais il restera dans notre cœur pour toujours." Comme le rappelle Catherine Chastagner, bien souvent, les adultes projettent leur souffrance sur l'enfant et attendent donc une réaction de tristesse similaire. Ne pas la voir se produire peut alors être déroutant. Avant 6-7 ans, il n'a pas conscience de la mort et ne la comprend pas comme un état irréversible. Jusqu'à 9 ans ensuite, il perçoit sa permanence et peut développer des angoisses quant à sa propre mort ou celle de ses proches. Après cet âge, sa perception de la mort se rapproche de celle des adultes. La spécialiste précise donc qu'il ne faut pas s'apesantir sur le sujet ni entrer dans les détails des causes du décès. Elle conseille au contraire d'exprimer que la vie continue et de proposer une activité qui va détourner l'attention de l'enfant.

Dire aux enfants ses inquiétudes financières

Une perte d'emploi peut vous plonger dans des difficultés financières importantes. Chercheuse en psychologie spécialiste du développement de l'enfant à l'Université de la Sunshine Coast (Australie), Rachael Sharman recommande de toujours expliquer la situation avec des mots simples adaptés à l'âge de l'enfant. Il est alors important de ne pas dramatiser la situation ni de vous épancher sur les difficultés à venir. Dites-lui simplement que vous avez perdu votre emploi, que cela vous inquiète (et que c'est normal), mais que vous vous mettez à en chercher un autre et, qu'en attendant, il faudra faire plus attention aux dépenses. Cela rassure l'enfant et lui évite de se sentir fautif. Si vous ne dites rien ou si vous n'insistez pas sur le fait que ni vous ni lui n'êtes responsables, il pourrait développer de l'anxiété, complète Marie-Claude François-Laugier, psychologue clinicienne citée par Ouest-France. Avec un adolescent, vous pouvez même discuter des dépenses à limiter afin de l'impliquer activement pour qu'il ne subisse pas la situation.

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