L'ennui chez l'enfant : faut-il y remédier ?

Je m'ennuie". En tant que parent, vous avez forcément déjà entendu cette petite phrase qui en dit long. Elle suscite peut-être chez vous de l'irritation, un sentiment d'impuissance, voire une pointe de culpabilité. Pourtant, l'ennui peut être bénéfique. La prochaine fois que votre enfant se plaint de s'ennuyer, considérez-le comme une opportunité. Voici comment réagir.

Comment définir l'ennui chez les jeunes ?

Comme dans le film d'animation Vice Versa 2, où l'ennui est personnifié sous les traits d'une ado apathique avachie sur le canapé, peut-être avez-vous déjà surpris votre enfant dans cette position. Mais au-delà d'une simple posture, la psychologue Suzanne Barchers explique dans le *Huffpost* qu'il s'agit de moments de calme, liés au contexte, qui prennent fin "grâce à l'activité, l'exercice, la réflexion ou un simple changement de rythme".

Margaret Murray, professeure agrégée de communication publique et d'études culturelles à l'université du Michigan, affirme dans The Conversation qu’il s’agit avant tout "des moments où concrètement, il ne se passe rien de particulier". Interrogé par Destination Santé, le professeur Philippe Duverger, pédopsychiatre, associe ce sentiment de vide au bien-être : "Il est question de ne rien faire, d'être bien avec soi-même sans que cela provoque une sensation d'angoisse".

Les bienfaits insoupçonnés de l'ennui chez l'enfant

Souvent perçu de manière négative, l'ennui est pourtant bénéfique. Margaret Murray le qualifie de "stimulant pour le cerveau, en nourrissant la curiosité naturelle des enfants (…)". Interrogée par la Caf de Loire-Atlantique, Sarah Guesmi, psychologue clinicienne, abonde : "On associe l'ennui à une contrariété alors que c'est fondamental et consécutif d'une bonne santé mentale". Lorsque votre enfant s'ennuie, il a toutes les cartes en main pour exploiter sa créativité. "S'il n'y a pas d'ennui, il n'y a pas d'imaginaire", estime la psychologue. C'est vrai aussi chez les adolescents qui ne savent pas quoi faire : "C'est un espace de créativité et de découverte de soi et de ce qu'on aime".

Un avis partagé par Philippe Duverger qui y voit "des fenêtres de liberté pour laisser s'exprimer l'imagination et la créativité". L’ennui permet à l’enfant de développer sa richesse intérieure. Pendant ces moments de latence, il trouve des alternatives à l’ennui. **Au lieu de jouer au Monopoly avec vous ou de regarder des vidéos sur son téléphone, il va s'adonner à de nouveaux loisirs (bricolage, lecture, dessin…). Cette période est idéale pour se connecter à soi, à ses sensations et à ses émotions, ainsi que pour apprendre à se connaître.

Votre enfant s'ennuie : faut-il intervenir ?

Vous êtes peut-être tenté d'intervenir, en proposant, par exemple, une partie de jeu de société, ou de regarder un film. Dans une vidéo sur Instagram, la psychologue Becky Kennedy, spécialiste des enfants et des adolescents, met en garde les parents : "(…) notre rôle n'est pas de résoudre son problème. Il ne s'agit pas de faire taire ses plaintes", même si elles peuvent être pénibles, convenons-en.

Votre enfant est tout à fait capable de s'occuper sans votre aide, et même s'il reste le regard dans le vide, "il faut accepter qu'il s'ennuie", selon Philippe Duverger. De son côté, Becky Kennedy recommande de "valider l'expérience (…) et lui renvoyer [votre]sentiment qu'il est capable de gérer". Si vous intervenez, vous lui envoyez un mauvais signal : il perd l'espace nécessaire pour rêver, créer, expérimenter… Laissez votre enfant trouver ses propres solutions. Comme l'explique le docteur Philippe Duverger, "en apprenant ainsi à faire appel à ses propres ressources en cas d'ennui, il sera plus fort intérieurement et émotionnellement".

Un petit coup de pouce à la créativité ?

On peut toutefois donner un petit coup de pouce, surtout chez les plus jeunes. Dans une vidéo TikTok de "La Maison des Maternelles", la chroniqueuse Marie Perarnau, maman de quatre enfants, propose aux parents de suggérer des idées d'activités "qui deviendront ensuite plutôt spontanées".

Si votre enfant aime les constructions, encouragez-le à ériger une tour gigantesque en Lego ou en Kapla, par exemple. Si vraiment votre enfant manque d'enthousiasme, dites-lui de piocher un petit papier dans un bocal anti-ennui. À l'intérieur, glissez-y quelques idées comme "fabriquer des cartes d'anniversaire", "créer une chasse au trésor" ou "apprendre des tours de magie".

En revanche, laissez carte blanche à votre adolescent. Quand ils gèrent leur temps eux-mêmes, cela les aide à développer "la capacité à se fixer des objectifs et à élaborer des plans", rappelle Margaret Murray.

Savourer l'ennui, tout un art !

Vous avez sûrement un emploi du temps bien chargé, mais comme tout le monde, vous pouvez être en proie à l'ennui. Comme le suggère Margaret Murray, n'hésitez pas à "rappeler que cela fait partie de la vie, même si c'est parfois désagréable à vivre". Lorsque votre enfant vous répète pour la énième fois qu'il ne sait pas quoi faire, conseillez-lui de s’allonger et de laisser venir les idées.

De son côté, Marie Perarnau vous invite à dédramatiser la situation et à "banaliser ces moments où tout d'un coup, le monde des possibles s'offre à lui". Partagez votre propre expérience avec des phrases comme "J'ai l'impression que tu t'ennuies, moi aussi parfois (…)" et encouragez-le : "(…) mais j'ai confiance en toi, tu vas trouver une solution".

Nos trois conseils

Résister aux sirènes des écrans

Conseil Aidodarons 1/3

Les écrans sont une solution facile contre l'ennui, mais ils n'aident pas les enfants à devenir autonomes. Restez vigilant.

Leur accorder du temps en parallèle

Conseil Aidodarons 2/3

En parallèle de ces moments d'ennui, le docteur Philippe Duverger invite les parents à accorder du temps de qualité à leurs enfants. Accordez-leur du temps, même quelques minutes, plusieurs fois par jour, pour créer des "souvenirs heureux".

Une petite ruse

Conseil Aidodarons 3/3

L'autre astuce est de demander à votre enfant de ranger sa chambre. Selon Suzanne Barchers, cette consigne est très efficace pour les motiver à trouver des occupations.

 

Émilie Cartier est rédactrice depuis plus de sept ans. Elle crée des articles pour divers médias comme TF1 ou Maison à part. Spécialiste de la décoration intérieure, elle écrit également sur la parentalité, notamment pour Aidodarons, mais aussi sur la psychologie, le bien-être et les nouvelles tendances.