le blog

Les jeux vidéo rendent agressif : réalité ou cliché ?

Rédigé par Coline Grasset | 27 mai 2026 07:12:44

"Mon enfant ou adolescent peut-il devenir violent s'il joue aux jeux vidéo ?" C'est une question que se posent de nombreux parents inquiets. Vous l'avez observé, il peut devenir tendu et irritable après avoir joué à certains jeux. Cela peut-il le rendre durablement agressif ? La réponse n'est pas encore tranchée. Entre réalité et cliché sur les jeux vidéo, voici ce qu'en disent les spécialistes aujourd'hui.

Du jeu vidéo violent à l'agressivité "in real life" : un fait établi ?

Le sujet intéresse les chercheurs depuis une vingtaine d'années et, d'après l'analyse de Laurent Bègue-Shankland, il y aurait vraiment une corrélation entre jeux vidéo violents et agressivité chez les adultes comme chez les enfants. Interviewé par le Journal du CNRS, ce professeur de l'université Grenoble Alpes s'appuie sur différentes études pour expliquer le phénomène. Selon l'une d'elles rapportée par le chercheur, les enfants auraient deux fois plus tendance à être agressifs avec leurs camarades s'ils ont joué à un jeu vidéo violent juste avant. Ils seraient également moins enclins à l'empathie.

Cependant, insiste le spécialiste, "les effets observés restent modestes. L’influence indésirable la plus courante s’observera par un comportement perturbateur en classe, une réaction épidermique face à un autre élève qui vous titille entre deux cours ou un coup de klaxon hostile en voiture." Il y a donc peu de chances qu'une partie de jeu vidéo violent transforme votre enfant en sociopathe ! Sauf s'il y a un terrain psychologique propice, aggravé par la pratique du jeu…

Quel est le profil à risque du jeune joueur de jeux vidéo violents ?

Le seul fait de jouer à des jeux vidéo violents ne suffit pas à expliquer le comportement des jeunes qui passent à l'acte et s'adonnent à la violence dans la vraie vie. Selon Didier Courbet et Laure-Emeline Bernard, tous deux professeurs chercheurs à l'Université d'Aix-Marseille, il faut que "l’environnement social incite à le faire". Par exemple, "les personnes fortement isolées socialement ou souffrant de troubles mentaux, anxieux ou dépressifs peuvent être plus facilement touchées." Un environnement familial délétère est pareillement un facteur de risque. En somme, le passage à l'acte est multifactoriel. Ce qui doit vous alerter, ce n’est pas un énervement ponctuel après une partie, mais un changement durable de comportement : isolement important, insultes répétées, agressivité quotidienne, désintérêt pour le reste, troubles du sommeil ou rupture des liens sociaux. En revanche, un enfant sans fragilité psychologique forte et évoluant dans un cadre familial équilibré et aimant peut donc jouer occasionnellement à ce type de jeux sans développer de comportement violent.

Comment limiter l'usage des jeux vidéo violents ?

Si vous êtes inquiet des dérives potentielles de votre enfant vers la violence, vous pouvez interdire ces jeux ou, au moins, les contrôler. Vous pouvez notamment l'autoriser à jouer seulement dans l'espace familial sur une console de salon afin d'avoir toujours un œil dessus. Si vous trouvez un contenu ou une action de jeu choquant, parlez-en. Demandez à votre enfant ce qu'il en pense et pourquoi ce jeu lui plaît. Imposez également un temps de jeu limité (30 minutes après l'école, uniquement le week-end…) pour éviter qu'il n'y consacre trop de temps.

Si votre enfant se montre excité ou irrité après une partie, vous pouvez l'aider à retrouver son calme avec une activité plus positive (cuisine, sport, lecture…). L'important est de "bien accompagner la fin de partie", selon Séverine Erhel, enseignante-chercheuse en psychologie cognitive et ergonomie à l'Université Rennes 2, à 20 Minutes. Elle rappelle qu'il ne faut pas confondre la déception ou la frustration avec de l'agressivité violente. Votre enfant peut être énervé et râler, crier, répondre sèchement ou taper dans un coussin sans que cela signifie qu'il devient violent et dangereux. Comme après un match de sport très compétitif, ces jeux provoquent une forte excitation émotionnelle dont il est difficile de redescendre immédiatement.

Dans son article publié par le Centre pour l'éducation aux médias et à l'information (CLEMI), le collectif PédaGoJeux recommande aussi aux parents de suivre la signalétique PEGI (Pan European Game Information). Sur chaque boîtier de jeu vidéo, celle-ci affiche l'âge minimum requis (3, 7, 12, 16 ou 18 ans) et les contenus pouvant choquer sous forme de pictogrammes : violence, langage grossier, sexe, drogue, discrimination… Ces balises vous permettent de sélectionner des titres adaptés et de privilégier des contenus peu ou pas violents.

Il est également essentiel de rappeler à votre enfant que le respect d'autrui s'applique aussi aux jeux en ligne. En effet, ces derniers accroîssent le risque de cyberviolence, révèle l'analyse de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Bien cachés derrière leur écran, certains joueurs peuvent faire acte de violence (menaces, cyberharcèlement…) en pensant qu'il n'y a pas de conséquence dans la vraie vie.