"Pfff, l'école, ça sert à rien !" Tous les ados peuvent lâcher cette phrase désabusée après une journée de classe difficile. Il n'y a alors pas lieu de s'inquiéter. Lorsqu'elle se répète toutefois, elle peut révéler une baisse de motivation qui peut, à son tour, le conduire vers la perte de plaisir d'apprendre et le décrochage. Voici comment vous pouvez intervenir et aider votre enfant à retrouver le goût de l'école.
L’adolescence est une période où les émotions prennent beaucoup de place. Lorsque votre ado rentre du collège en vous lançant que, "de toute façon, l'école ne sert à rien", cela peut vous paraître très excessif. Il pourrait même vous donner l'impression d'un ado paresseux. Pourtant, derrière cette phrase peuvent s'exprimer plusieurs ressentis, explique Ingrid Barré, consultante en orientation scolaire dans le Val-d'Oise.
Il peut en effet s'ennuyer passivement en classe si les cours magistraux se multiplient ou s'il a des facilités dans une ou plusieurs matières. "L'élève qui perd de vue le sens de ses études peut ne plus supporter cette part d'ennui inhérente à toute expérience scolaire. Il ne comprend plus ce qu'il fait là, ne voit pas en quoi l'école peut le préparer à un avenir épanouissant, il la juge inutile", selon Joël Zaffran (sociologue spécialiste des questions d'éducation et professeur à l'université de Bordeaux) cité dans un article de la Revue des Parents. En somme, il a l'impression de perdre son temps et il aimerait être ailleurs. Derrière le rejet de l'école, il peut aussi chercher à se protéger du sentiment d'échec ou de la peur de ne pas être à la hauteur.
Certains ados sont également confrontés à la perte de sens, qu'ils aient déjà un parcours professionnel en tête ou non. Ils ne voient pas l'intérêt de tel ou tel apprentissage pour leur vie future : "ça va me servir à quoi de savoir ça ?" Les fractions, la conjugaison au passé simple ou l'anatomie d'une pelure d'oignon peuvent en effet lui sembler très éloignées de sa réalité d'adolescent.
Par ailleurs, l'école n'est pas perçue comme un facteur de réussite dans toutes les familles. Si votre enfant entend régulièrement dans les récits familiaux que "l'école est inutile" ou "moi, l'école ne m'a pas aidé", il risque de reproduire ce schéma de pensée.
Enfin, cette démotivation qu'il traduit par "l'école ne sert à rien" peut cacher un mal-être plus profond, selon Ingrid Barré. Il peut vivre son adolescence difficilement (avec une faible estime de soi, par exemple), être victime de harcèlement ou même en situation de phobie scolaire. "Quelques indicateurs peuvent alerter : par exemple des problèmes de sommeil, des réveils nocturnes, une perte d'appétit ou encore de la fatigue", explique Pierre Poitou, psychologue à la Maison des Adolescents de Loire-Atlantique.
Vous pouvez vous sentir très démuni face à votre ado qui vous répète que "l'école ne sert à rien". Vous pourriez alors avoir envie de le secouer et de lui répondre qu'il n'a pas le choix, que l'école est obligatoire jusqu'à 16 ans ou que, dans d'autres pays, les enfants aimeraient bien, eux, avoir la chance d'aller à l'école. Le risque : le braquer davantage. Au contraire, Ingrid Barré recommande avant tout de soutenir votre adolescent avec bienveillance.
Coach scolaire dans le pays de Gex (Ain), Céline Draus insiste sur l'importance de valoriser l'effort de votre ado au quotidien. Quelques minutes de révision par jour peuvent suffire à l’aider à reprendre progressivement confiance en ses capacités. En soulignant toutes ses réussites, même les plus petites, vous l'aidez à reprendre confiance en lui. Veillez également à l'installer dans un cadre propice au travail (un bureau agréable et bien aménagé donne plus envie de travailler qu'un coin de table au milieu de l'espace familial) et sans distraction (TV, smartphone à portée de main…).
Votre ado bloque sur ses exercices sur papier ? Proposez-lui des sessions de révision et d'exercices ludiques sur ordinateur. Le collège Le Petit Pont de Saint-Martin-en-Haut a référencé de nombreux jeux éducatifs en ligne dans toutes les matières. Et s'il soutient que les maths ne servent à rien, montrez-lui leur intérêt dans la vie quotidienne pour réussir une recette de cuisine, compter son argent de poche, faire des courses…
Si votre enfant est en classe de 4ᵉ ou de 3ᵉ, il peut aussi retrouver de la motivation en découvrant concrètement un métier ou un environnement professionnel qui lui plaît. Pour cela il peut effectuer un ou plusieurs mini-stages de découverte professionnelle, comme le présente la Chambre de commerce et d'industrie (CCI). D'une durée de 1 à 5 jours pendant les vacances scolaires, ils permettent de découvrir un environnement de travail, de confirmer ou d'infirmer une future orientation et de redonner envie d'apprendre pour atteindre un but professionnel.
Chez certains ados, la perte de motivation reste ponctuelle. Mais lorsqu'elle s'installe durablement, elle conduit à la baisse des notes (il ne prend plus part activement à l'apprentissage), à l'absentéisme (il ne se rend plus en cours) et, parfois, au décrochage. Votre ado risque alors de compromettre son orientation et de s'enfoncer dans l'isolement et le mal-être, met en garde Ingrid Barré.
S'il n'est jamais trop tard pour réagir, intervenir le plus tôt possible permet de limiter les dégâts et de l'aider à retrouver l'envie d'apprendre. Pour cela, la spécialiste recommande de lui proposer un bilan d'orientation avec le COP-Psy du collège ou un indépendant. Il lui permettra d'exprimer son ressenti et ses idées d'orientation dans un cadre plus neutre que le cercle familial. Lors de ces séances, il apprend à "relier les apprentissages scolaires à des objectifs concrets et atteignables" et à "retrouver une raison de s'investir pour atteindre un but qui lui parle". Elle conseille aussi aux parents concernés d'être à l'écoute de ses inquiétudes et de ses envies en gardant l'esprit ouvert. Si vous l'aviez imaginé médecin ou enseignant et qu'il vous répond qu'il est passionné de mécanique ou de cuisine, rappelez-vous qu'à son âge, vous ne visiez peut-être pas non plus les attentes de vos parents. Il peut s'épanouir dans un métier manuel peu valorisé par la société actuelle ou même changer encore d'avis en cours de route.