Voir sans cesse votre ado traîner, éviter, remettre à plus tard ou abandonner au moindre effort finit par épuiser votre patience et vous donne envie de le secouer. Derrière ce qui ressemble à de la flemme, ce manque d'énergie peut avoir une cause plus complexe. En comprenant mieux ce que traverse votre ado, vous pourrez l'aider à retrouver la motivation et le goût de l'effort.
Votre adolescent est capable de passer des heures à s'investir dans une activité qu'il a choisie. Pourtant, il repousse un devoir jusqu'à la dernière extrémité ou traîne des pieds dès que vous lui demandez de participer à la vie de famille. Ce contraste est déroutant pour les parents et prête à confusion. S'il peut faire des efforts quelque part, ne devrait-il pas pouvoir en faire partout ? Ce n'est pas de la flemme, pensons-nous, puisqu'il déploie toute son énergie dans les projets qui lui plaisent. En réalité, la volonté n'est pas en cause. Enfants, adolescents ou adultes, nous sommes tous régis par nos mécanismes cérébraux naturels, explique Stéphane Bouret, neurobiologiste, au micro de France Inter. Selon lui, on économise naturellement ses efforts, mais "on est enclin à dépenser plus d'énergie" et à se motiver "quand quelque chose est plaisant, comporte une valeur qui nous est attachée et que la récompense est plus grande".
Si votre ado fait des efforts choisis régulièrement, "ce n'est pas très grave tant qu'il y a de l'envie quelque part", rappelle Rachida Raynaud, psychologue spécialiste de l'enfant, au Journal des Femmes. Ce qui ne vous empêche pas de l'encourager à faire ses devoirs, ou à vous aider en participant aux tâches ménagères.
Ce même comportement de refus d'effort peut renvoyer à des mécanismes très différents. Identifier ce qui se joue vous évite de réagir à côté et vous permet d'adapter votre réponse face à un ado fatigué, démotivé ou en difficulté devant l'échec.
Le refus d'effort s'explique notamment par la surcharge mentale et la fatigue cognitive. Entre le temps scolaire, la vie de famille, les activités et les écrans, les sollicitations sont nombreuses et finissent par saturer la capacité d'attention. L'ado repousse, s'éparpille ou abandonne, non pas par manque de volonté, mais parce qu'il n'a plus les ressources disponibles pour accomplir la tâche, qu'elle soit plaisante ou non. Il peut ainsi relire une consigne plusieurs fois sans la comprendre ou buter sur un exercice qu'il aurait fait en deux minutes s'il avait été moins fatigué. Le manque de sommeil, fréquent à l'adolescence, accentue encore cette fatigue, comme le souligne l'INSERM.
Dans ces moments-là, insister aggrave le blocage, tout comme les tournures toutes faites telles que "quand on veut, on peut", rappelle le fil Santé Psy Jeunes. Mieux vaut alors alléger la charge en ciblant les tâches prioritaires. On privilégie le devoir maison à rendre le lendemain et on repousse les révisions pour le contrôle du lundi au week-end, par exemple. Aidez-le aussi à démarrer en proposant un point de départ concret : d'abord l'exercice de maths facile puis celui de grammaire plus compliqué.
Au quotidien, veillez à son hygiène de vie : une alimentation saine, un quota de sommeil suffisant, une activité physique régulière, un temps d'écran maîtrisé…
Lorsque le sens de l'effort fait défaut, votre ado peut se sentir démotivé. En effet, sans objectif concret clairement identifiable ou sans intérêt immédiat, l'effort reste abstrait, ce qui crée une barrière à l'engagement. Il peut donc repousser ou éviter des exercices parce qu'il n'en comprend pas l'utilité sur le moment.
À cette situation de démotivation courante chez les adolescents, Rachida Raynaud conseille d'avoir "une discussion informelle avec eux sur leurs attentes, leurs rêves. Cela permet de faire le lien avec ce qu'ils peuvent faire aujourd'hui pour atteindre leurs objectifs : le travail scolaire, l'assiduité." Profitez-en pour tirer l'abstrait vers le concret. Par exemple, expliquez que cet exercice de maths si compliqué sert à entraîner son cerveau à manipuler les nombres, à réfléchir plus vite à la résolution d'un problème, à gagner en autonomie...
Le refus d'effort est aussi une stratégie d'évitement, parfois accompagné d'un "je suis nul" catégorique. Il préfère ne pas essayer plutôt que de risquer de ne pas y arriver, que ce soit sur le plan scolaire, sportif, créatif ou même ménager. Tant qu'il ne se lance pas, il garde l'idée qu'il pourrait réussir s'il voulait. L'effort devient alors une prise de risque pour sa confiance et son estime de soi. Selon Daniel Hall, psychologue américain, "la peur de se tromper, de donner de mauvaises réponses ou de décevoir les adultes" peut le conduire à l'éviter.
Pour contrer cette peur de l'échec, valorisez l'essai plutôt que le résultat. Même s'il se trompe dans son exercice ou dans la tâche domestique demandée, félicitez l'effort pour l'encourager à poursuivre. Expliquez-lui également que l'échec est toujours constructif et que l'erreur permet d'apprendre, conseille Nathalie Testa, psychologue.
Enfin, il est possible que le blocage ne vient ni de l'énergie ni du sens, mais du cadre. Quand les règles sont floues ou inexistantes, l'ado ne sait pas vraiment quand ni comment se mettre au travail. Si vous n'instaurez pas une habitude à horaire régulier pour faire les devoirs ou accomplir une tâche ménagère, par exemple, il est probable qu'il n'en prendra pas l'initiative. À l'inverse, une pression excessive avec un emploi du temps à rallonge et minuté peut le décourager avant même de commencer. Dans les deux cas, il peine à se mettre en action. Donnez-lui des repères réguliers et simples pour faciliter son engagement et limiter la procrastination. Par exemple, fixez un créneau quotidien clair pour les devoirs et les tâches domestiques, sans oublier un créneau détente libre bien mérité. Vous pouvez même les diviser en microtâches pour les rendre "moins intimidantes et plus faciles à aborder", recommande Philippe Aerts, coach scolaire.
Un refus d'effort qui se généralise et s'étend même aux activités plaisir doit vous alerter lorsqu'il s'installe dans la durée. Soyez attentif aux autres changements éventuels qui l'accompagnent, comme les douleurs somatiques, l'isolement, la perte d'intérêt pour les activités qui lui plaisaient jusqu'alors et la fatigue constante. Ils peuvent traduire un profond mal-être de l'adolescent pouvant aller jusqu'à la dépression. L'important est alors de garder le lien avec lui, de vous intéresser à son monde, affirme Rachida Raynaud. En somme, "le maintien de la communication est primordial." Le cas échéant, la consultation d'un professionnel de santé peut l'aider à lever les blocages et à reprendre pied dans ses activités.