Votre enfant affirme s'être lavé les dents alors que sa brosse à dents est restée sèche, prétend avoir remporté le cross du collège ou assure avoir complètement oublié de vous parler de son 6 en histoire-géographie. Ces petits mensonges répétés peuvent inquiéter les parents, mais ils sont loin d'être exceptionnels.
À tout âge, un enfant peut ressentir le besoin d'enjoliver la réalité ou de mentir par omission. Il faut cependant rester vigilant pour que ces petits arrangements avec la vérité ne posent pas problème. Si votre enfant vous raconte des histoires, voici comment réagir avec fermeté et bienveillance.
Peur de décevoir, de ne plus être aimé, peur de la punition ou envie de se valoriser… Les enfants peuvent mentir pour diverses raisons. Pour Florence Millot, psychologue pour enfants, il s'agit avant tout d'un mécanisme de défense ou de l'expression de sa liberté. "Un mensonge n'est certes jamais anodin chez un enfant, mais il est important de ne pas le voir comme un acte provocant ou malsain", explique-t-elle dans Le Journal des Femmes.
Si cela ne devient pas récurrent, ne met personne en danger ni ne blesse quiconque, il ne faut pas s'inquiéter. Un propos tenu également par la docteure Catherine Dolto à l'antenne de France Bleu. "Valoriser l'imagination de l'enfant" est bénéfique. Jouer avec la vérité est tout à fait normal lorsque l’on est jeune. En revanche, un enfant ne doit pas mentir pour manipuler ou piéger. Lorsque le mensonge va trop loin, et devient dangereux pour soi ou pour les autres, il faut intervenir : "en parler vraiment" avec son enfant, "en cherchant pourquoi". Dans ce cas, il peut être le reflet d’un mal-être.
Plusieurs fois, votre monnaie a disparu de votre portefeuille et votre enfant vous assure que ce n'est pas lui. En plus de ces vols, la semaine dernière, il a fait semblant d'être malade pour ne pas aller en classe. Même si ce genre de comportement vous agace, il vaut mieux rester calme. Selon Florence Millot, le recours systématique au mensonge révèle une souffrance. Elle invite les parents à prendre du recul, à observer les attitudes de leur enfant, puis à discuter avec lui en lui posant des questions concrètes afin de connaître les causes.
Évitez les phrases du type "je sais que tu mens", qui risquent de le refermer. À la place, dites-lui "que vous voyez ce qu'il se trame". Votre enfant s'ouvrira progressivement si vous restez "assez doux", avec des phrases comme "je connais la vérité. Peux-tu, à ton tour, me dire ce qu'il s'est réellement passé ?".
La punition est également contre-productive. Florence Millot conseille davantage la sanction constructive. Par exemple, votre enfant peut refaire des exercices s'il a menti sur une mauvaise note. Si nécessaire, consultez un thérapeute qui déterminera d'où vient ce besoin de mentir (manque de confiance en soi, peur de décevoir…).
Votre adolescent fume en cachette ou a invité des amis à la maison tout en niant les faits. Pour lui, mentir peut être une manière d'éviter les conflits, de répondre à un besoin d'opposition ou d'indépendance, à une envie d'appartenir à un groupe, etc.
Quelles que soient les motivations de votre enfant, mieux vaut rester dans la retenue. Dans Femme Actuelle, Georges Cognet, psychologue clinicien, vice-président et formateur à l'Association de psychologie, de psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent (APPEA), conseille : "Si l'ado ne dit pas la vérité, il ne faut pas lui mettre le nez dans son mensonge". Jouez le jeu et faites semblant de croire à son bobard. Cela ne vous empêche pas de lui faire passer le message en rappelant les dangers du tabac, par exemple. Une fois suffit, "ça ne sert à rien d'insister", prévient le spécialiste.
De son côté, la psychologue Suzanne Vallières, auteure de Les psy-trucs pour les ados, conseille dans Ouest-France d’ouvrir le dialogue avec une phrase comme “Qu’est-ce qui t’as empêché de me dire la vérité ?”. Rediscutez ensuite des règles enfreintes, qu’elles soient relatives aux consommations, aux sorties, à l’usage du téléphone, et demandez-lui si elles sont claires et réalistes.
En cas de grosse bêtise, "la punition doit être proportionnée" et constructive, selon Georges Cognet. Par exemple, si votre ado a participé à la destruction de la boîte à livres du quartier et nie son implication, demandez-lui de réparer les dommages et de présenter ses excuses aux personnes concernées. Bien que votre réaction doive être ferme, le psychologue recommande de faire usage de patience et d'empathie.
Pour Suzanne Vallières, l’adolescent doit comprendre que ses actes impliquent des conséquences. Par exemple, s’il a essayé de vous cacher l’usage de son téléphone pendant la nuit, vous pouvez envisager un retrait provisoire du portable, la coupure du wifi ou un coucher plus tôt.