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Mon enfant se met une pression énorme pour réussir : comment l’aider ?

Rédigé par Coline Grasset | 9 mars 2026 08:44:57

Votre enfant panique avant un contrôle, se met à pleurer après une note jugée insuffisante ou refuse une activité par peur de mal faire ? Cette pression de réussite touche de nombreux enfants, à l’école comme dans les loisirs. Elle peut venir de leur entourage ou d’eux-mêmes. Voici des repères concrets pour comprendre ce qui se joue et les aider à desserrer cet étau sans banaliser leurs efforts ni minimiser leurs émotions.

La pression de réussite vient-elle vraiment de l'enfant lui-même ?

Notre société est compétitive et valorise la réussite. Il est donc normal que les enfants, eux aussi, aient le sentiment qu'il faut réussir pour être heureux, pour faire plaisir aux adultes qui les entourent, obtenir leur affection et/ou leur validation. Ils peuvent ainsi devenir perfectionnistes, avec des objectifs autofixés d'accomplissement à l'école, en sport ou en activité artistique, selon une étude parue dans la revue Psychiatrie européenne de l'enfant et de l'adolescent et relayée par Ouest-France. Résultat : une véritable anxiété de performance, un stress intense provoqué par le "besoin" de réussir à tout prix. Lorsqu'ils ne parviennent pas à les atteindre comme ils le souhaiteraient, une inquiétude s'installe, doublée d'une forte autocritique sur leurs capacités, avec le risque d'une dévalorisation de soi, de stress et de troubles somatiques (douleurs, perte de sommeil, manque d'appétit…). Or, cette pression, vécue à l'extrême par les enfants et les ados qui y sont très sensibles ne vient pas d'eux-mêmes.

Certains parents, eux-mêmes perfectionnistes et/ou misant tout sur leurs enfants, l'instaurent à la maison avec l'injonction d'atteindre la perfection scolaire, sportive ou artistique. Ils sont constamment derrière leurs enfants pour les pousser à toujours faire mieux. D'autres restent en retrait en accueillant la réussite et l'échec avec bienveillance, mais comme l'affirme Jeanne Siaud-Facchin, psychologue citée par Femme Actuelle, cela ne suffit pas. "Les résultats sont le premier sujet de préoccupation des parents. Cela dépasse l'individuel, c'est de l'ordre du collectif. Même si les parents n'en parlent pas, les enfants le ressentent. Et se mettent la pression…"

Comment réagir face à l'enfant qui se met la pression "tout seul" ?

La recherche d'affection / de reconnaissance des adultes qu'il aime et la peur de les décevoir sont les premières raisons de mise sous pression de réussite par l'enfant lui-même, explique Jeanne Siaud-Facchin. C'est là qu'il peut vivre un véritable drame personnel face à l'échec et se compare aux autres, entrant en compétition avec ses pairs (camarades de classe/d'activité extrascolaire ou frères et sœurs). À vous donc de le rassurer et de lui montrer que votre amour et votre attention ne sont pas conditionnés par sa réussite. Pour cela, mettez l'accent sur les efforts accomplis plutôt que sur la réussite en elle-même. Des petites phrases comme "bravo, tu as travaillé dur et tu as eu une bonne note" ou "tu t'es accroché à l'école de musique et tu maîtrises maintenant ce morceau difficile" l'aident à abandonner la comparaison et à se focaliser sur lui-même. Le stress peut aussi être contré par le choix d'objectifs plus réalistes, plus en accord avec ses capacités réelles.

Pensez aussi à proposer des activités sans esprit de compétition, comme la pratique d'un art (chant, musique, peinture, poterie…) ou des jeux coopératifs. Ils montreront à votre enfant qu'on peut progresser à son rythme ou s'épauler pour réussir ensemble.

En lui rappelant que l'échec fait partie de l'apprentissage et qu'il est normal de se tromper parfois, vous réduisez le risque d'anxiété de performance. Selon Nathalie Parent, psychologue canadienne, elle "se traduit de plusieurs façons : crises d’angoisse ou de panique avant les examens, niveau de stress élevé durant les évaluations et différents troubles somatiques à l’approche des échéances [...]". Aidez-le à nommer ses émotions pour les identifier et ne pas se laisser submerger lorsqu'elles l'envahissent.

Je mets la pression à mon enfant pour qu'il réussisse : comment lâcher prise ?

Quand on est parent, il est naturel d'espérer que nos enfants réussissent et, si possible, mieux que nous. Cette attente peut toutefois, sans qu’on s’en rende compte, se transformer en pression : suivi très serré des résultats scolaires, multiplication des activités, encouragements insistants à toujours faire mieux… L’intention reste bienveillante, mais l’enfant peut percevoir ces signaux comme une exigence permanente. Or, "la pression peut entraîner du stress, et le stress est inhibiteur. Un enfant ou un ado trop stressé peut se retrouver complètement bloqué par le stress", met en garde Pierre Poitou, psychologue à la Maison des Adolescents de Loire-Atlantique. Selon Nathalie Isoré, psychopédagogue citée par Psychologie, c'est d'autant plus contre-productif que tôt ou tard, l'enfant ou l'adolescent sous pression finira par craquer. La solution : lâcher prise !

Pour cela, Alison Gopnik, professeure de psychologie à l'Université de Californie à Berkeley, suggère d'adopter la posture du jardinier plutôt que celle du charpentier. Au lieu d'essayer de façonner vos enfants à votre image ou celle que vous avez idéalisée pour eux en les contrôlant, donnez-leur au contraire de l'espace pour devenir eux-mêmes, dit sa métaphore. Autrement dit, lâchez du lest, donnez-leur le temps de s'ennuyer afin que leur imagination et leur créativité s'expriment, et accompagnez leurs apprentissages en créant un environnement serein propice, en acceptant l'échec. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut les laisser faire tout ce qu'ils veulent et abandonner votre rôle de parent ! Si vous êtes trop à cheval sur leur réussite scolaire en particulier, accordez-leur des temps de pause après les devoirs du soir, le week-end et durant les vacances. Si vous vous comportez comme un supporter au club de sport ou à l'école de musique, rappelez-vous qu'il s'agit avant tout d'une activité plaisir et que votre enfant n'est pas un joueur professionnel. Et surtout, n'oubliez pas que vos enfants ne sont pas vous, qu'ils ont besoin d'échecs pour apprendre et qu'ils réussiront à leur manière, même si ce n'est pas la voie que vous espériez.

3 conseils complémentaires pour réduire la pression de/sur l'enfant