"La solitude trop longue devient souffrance", disait Françoise Dolto, pédiatre et psychanalyste. C'est d'autant plus vrai pour les enfants et les adolescents qui construisent leur sociabilisation avec leurs camarades. Bénéfique pour certains, la solitude peut devenir pesante pour d'autres et révéler un mal-être plus profond. Si vous ne pouvez pas forcer les autres enfants à devenir amis avec le vôtre, vous pouvez tout de même l'aider à mieux vivre sa scolarité.
En classe et dans les cours de récréation, les amitiés se font et se défont très vite à cet âge. Certains ados ont de nombreux amis, d'autres en ont seulement deux ou trois, privilégiant la qualité à la quantité. D'autres, enfin, passent beaucoup de temps seuls, mais ce n'est pas pour autant qu'ils en souffrent forcément. Un enfant solitaire peut tout à fait se satisfaire de sa situation, plongé dans ses centres d'intérêt personnels, même si nous avons du mal à le concevoir. Comme le rappelle Delphine Théaudin, psychologue clinicienne, à Parents, ce n'est pas nécessairement inquiétant, mais "nous sommes dans une société pro-sociale. Cela ne paraît pas normal de rester seul et de ne pas avoir envie d’être toujours entouré." Il faut donc observer et tâcher de discuter avec votre enfant si sa solitude "semble être associée à une souffrance ou à une difficulté particulière".
Les adolescents qui aiment être seuls ne sont pas légion. La plupart des jeunes isolés de leurs pairs souffrent de la situation. Et ils sont bien plus nombreux qu'on pourrait le penser. D'après une enquête menée en 2020 par l'Association Astrée auprès de cette classe d'âge spécifique, "14 % des collégiens se sentent souvent ou toujours seuls". Ils sont 43 % à connaître "au moins parfois" la solitude. Parmi eux, certains se sentent bloqués par une faible estime de soi, un manque de confiance en eux et une timidité excessive qui les empêchent d'aller vers leurs pairs. D'autres s'isolent par instinct parce qu'ils s'interrogent sur leur propre identité. La solitude peut aussi être le symptôme visible d'une dépression silencieuse, d'une phobie scolaire ou d'un harcèlement / cyberharcèlement (qui peut être la cause ou une conséquence de la solitude). Que ce soit volontaire ou non, "83 % des collégiens assimilent la solitude à un sentiment d’exclusion", révèle encore l'enquête d'Astrée.
Un adolescent qui souffre n'est pas facile à aborder, même et surtout par ses parents. Vous ne pouvez pas non plus vous ruer dans la cour de récréation pour jouer les entremetteurs entre les enfants. Vous devez prendre le temps de questionner subtilement votre enfant et de l'écouter sans porter de jugement sur la situation, sur ses difficultés à aller vers les autres ou à accepter leur intérêt. Les raisons sont plus ou moins graves selon les cas, de la "simple" timidité au harcèlement subi. Si tisser des liens sociaux est difficile, pourquoi ne pas l'inscrire à une activité extrascolaire qui lui plaît (sport, musique, dessin, club de lecture ou de science…) ? Un centre d'intérêt commun est une porte ouverte à la communication entre pairs, contribuant au développement des compétences psychosociales, rappelle Delphine Théaudin. Vous pouvez aussi l'encourager à inviter un camarade à la maison. Dans cet environnement connu et rassurant, votre enfant se sentira plus à l'aise que dans la cour de récréation ou en classe.
Si votre enfant refuse de se confier ou si la situation se dégrade encore, il ne faut pas hésiter à faire appel à un tiers : un membre ou un ami de la famille, un personnel éducatif, un médecin, un thérapeute… "Lors d’une psychothérapie, l’objectif n’est pas que l’enfant devienne ultra-social ou hyper à l’aise en société. L’idée est d’identifier les causes responsables de sa souffrance et de l’aider à mieux les aborder", rappelle la psychologue.