Non-dits entre parents : quelles répercussions sur les enfants ?

Vous lui aviez dit non, mais votre conjoint lui dit oui et votre enfant ne comprend plus. En apparence, ces petits ajustements sont anodins. Un désaccord mis de côté, une décision modifiée sans en reparler, une règle ajustée "pour cette fois"… Vous composez pour gagner du temps, éviter des tensions ou simplement parce que ce n'est pas le bon moment. Pourtant, cela ne passe pas inaperçu aux yeux de votre enfant, mais façonne son environnement et sa façon de percevoir le cadre familial.

Ces petits arrangements entre parents que l’on croit anodins…

Dans le quotidien, de nombreuses décisions parentales se prennent sans véritable échange. Un jour, l'un de vous deux peut accepter un temps d'écran supplémentaire pour éviter une crise ou simplement parce que la situation s'y prête. Le lendemain, votre enfant retente sa chance avec son autre parent, récolte un refus avec rappel des règles et ne comprend pas pourquoi la réponse est différente.

Même logique avec les consignes. Vous demandez à votre ado de faire ses devoirs puis de réaliser quelques tâches domestiques. À son retour du collège, l’autre parent, qui n’était pas au courant, lui demande autre chose.

Il y a aussi des discussions que l'on repousse, comme un désaccord au sujet des écrans, de l'heure du coucher ou d'une sanction. Vous choisissez de ne pas en parler parce que ce n'est pas le moment : trop tard ce soir, pas devant l'enfant… En attendant le moment propice pour en parler (qui n'arrive pas toujours), chacun ajuste au jour le jour dans son coin.

Ces ajustements font partie du quotidien des parents soumis à la fatigue, aux contraintes des journées bien rythmées, aux demandes de l'enfant et à l'envie d'éviter les tensions. Pris séparément, ils sont anodins et humains. Mais lorsqu'ils se répètent jour après jour, ils révèlent des failles dans votre cohérence parentale : des décisions qui ne sont pas toujours alignées, des sujets laissés en suspens, des ajustements faits chacun de son côté. Ce fonctionnement peut alors avoir des répercussions sur les enfants.

Ce que votre enfant perçoit des non-dits parentaux et ce qu’il en fait

Votre enfant n’a pas accès à vos échanges lorsqu'il n'y assiste pas. Il ignore ce que vous vous êtes dit (ou pas dit, justement), les discussions que vous avez renvoyées aux calendes grecques ou pourquoi une décision a changé d'un parent à l'autre. En revanche, il voit très bien que les réponses varient : un jour oui, un jour non. S'il n'a pas de réflexion du type "mes parents ne sont pas alignés", il réagit en revanche en insistant davantage, en testant, en négociant. Il peut aussi exprimer des émotions désagréables telles que la colère, la tristesse ou la peur parce que le cadre est vacillant. Ou même ressentir de la confusion, de l'insécurité et devenir hypervigilant en guettant les réactions de ses parents. Or, un cadre clair, cohérent et constant l'aide à se repérer et à se sentir en sécurité, rappelle Pauline Blocquel, psychologue en région lyonnaise.

Un adolescent, lui, repère rapidement les décalages et s'engouffre volontiers dans la brèche. Il sait à quel parent s'adresser pour obtenir quelque chose, à quel moment et comment formuler sa demande. Il peut aussi s'opposer frontalement à vos attentes et aux limites imposées, ce qui est tout à fait normal à son âge, comme l'explique Ludovic Varichon, psychologue clinicien. Plus qu'un problème de comportement, cette réaction devient une réponse logique face à un cadre qui bouge, qui n'est pas explicitement fixé par ses deux parents de manière cohérente.

Mais alors, faut-il tout se dire entre parents ?

À première vue, la réponse semble évidente : dans un couple parental, il faudrait tout se dire pour éviter les malentendus. Mais dans la réalité du quotidien, cela reste un vœu pieux. En effet, tout dire, tout le temps, n'est pas toujours possible, ni souhaitable.

D'un côté, confronter systématiquement les points de vue, exprimer chaque désaccord ou expliquer chaque décision est transparent. Mais c'est aussi épuisant et génère des tensions visibles pour l'enfant. En outre, il y a un risque de conflit de loyauté : l'enfant est pris entre deux feux, tiraillé entre ses deux parents qui s'opposent, selon Fabienne Motto, psychologue.

De l'autre, ne pas tout se dire et éviter les désaccords pour préserver le calme peut vous paraître plus confortable. Toutefois, ces non-dits sous-tendent vos décisions au quotidien, avec des ajustements qui ne sont pas toujours cohérents d'un parent à l'autre. Résultat : votre enfant ne sait pas sur quel pied danser.

Entre les deux, l'idée n'est pas de viser un équilibre parfait, car les désaccords sont inévitables. On n'a pas tous la même approche de la parentalité ni la même histoire personnelle. Construire une position commune et cohérente pour votre enfant, au contraire, vous permet de gérer au quotidien ce qui n'est pas aligné entre vous et d'instaurer un cadre familial plus serein et sécurisant.

Comment aligner votre fonctionnement parental au quotidien ?

Sans chercher à tout anticiper, vous pouvez procéder à des ajustements simples dans votre manière de fonctionner à deux parents pour réunifier votre parole et vos actes.

Quand un désaccord apparaît sur une règle ou une décision, évitez de trancher sur le moment, surtout en présence de votre enfant. Le risque serait de donner deux sons de cloche différents. Au contraire, imposez un délai de réponse et discutez-en posément pour trouver un accord : "on en parle tous les deux et on te répond après".

Si une décision a été prise un peu vite ou dans un contexte particulier, clarifiez entre parents avant que la situation ne se représente. "Hier, j'ai accepté 20 minutes d'écran en plus / qu'il se couche un peu plus tard / qu'il joue un peu avant de faire ses devoirs parce que j'étais / il était fatigué, j'avais besoin de ce temps pour faire ceci ou cela". Ainsi, l'autre parent est au courant et sera prêt à lui répondre s'il tente d'obtenir le même résultat le jour suivant. Pensez alors à rappeler à votre enfant qu'il s'agissait d'une exception et non d'une nouvelle règle implicite. Cela vous évite de vous contredire et, sans effacer ce qui a été accepté, de poser une ligne claire pour la suite : "hier, c'était exceptionnel, mais dès aujourd'hui, on applique la règle habituelle".

Côté sujets qui reviennent régulièrement sans être tranchés et accordés, comme les horaires ou la gestion des écrans, les laisser dans le flou continuera inévitablement à provoquer des ajustements personnels au coup par coup. Le risque : des conflits familiaux larvés faits de non-dits et de contradictions, donc des effets négatifs sur l'enfant, rappelle Nicolas Favez, professeur de psychologie clinique du couple et de la famille à l'Université de Genève. En prenant le temps d'un échange ("sur ce point-là, on se met d'accord sur quoi pour ces prochains jours / cette année / ces vacances ?"), vous clarifiez vos points de vue et pouvez trouver un compromis.

En somme, votre enfant n'a pas besoin que vous soyez d'accord sur tout, mais de savoir que vous construisez ensemble un cadre familial sécurisé.

Après dix ans en tant qu'assistante administrative puis professeur documentaliste de l'Éducation Nationale, et des formations aux métiers du web, je rédige des articles sur des sujets très variés. Aujourd'hui maman, je suis les tendances actuelles sur la parentalité et le développement de l'enfant pour fournir des informations fiables mais neutres à mes lecteurs.