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Pourquoi votre enfant écoute-t-il mieux les autres adultes que ses parents ?

Rédigé par Émilie Cartier | 26 févr. 2026 10:34:27

Malgré vos nombreux rappels, votre enfant n'a toujours pas rangé sa chambre ni pris son bain alors que l'heure du dîner approche. Vous avez l'impression qu'il ne vous écoute jamais, même si vous lui répétez chaque jour les mêmes consignes.

Pourtant, votre entourage ne tarit pas d'éloges à son sujet. Chez ses grands-parents, vos amis proches ou à l'école, il se montre attentif et coopératif. Comment expliquer une telle différence ? Et comment parvenir à se faire davantage écouter au quotidien ?

Un peu trop à l'aise avec ses parents ?

Votre enfant dit toujours "non" lorsque vous lui demandez de mettre la table ou de se préparer pour son cours de natation. Lorsqu'il est en vacances chez ses grands-parents, il se montre beaucoup plus réceptif aux consignes. Il lui arrive même de mettre la table spontanément. Pour Cher McGillivray, professeure en psychologie à l'université Bond en Australie, cela n'a rien d'anormal. Dans un article publié sur The Conversation, elle explique que les enfants sont forcément plus à l'aise avec leurs parents qu'avec tout autre adulte, car quoi qu'il arrive, "nous les aimeront toujours". Avec un autre membre de la famille ou un professeur, votre enfant n'a pas la même sécurité, et se montre donc plus coopératif par crainte de ne pas être apprécié.

Interrogée par Le Journal des Femmes, Héloïse Junier, psychologue pour enfants, docteure en psychologie et co-auteure de la bande dessinée Les émotions de l'enfant, partage cet avis. Selon elle, l'être humain, enfant ou adulte, se montre beaucoup plus authentique et manifeste davantage ses besoins lorsqu'il est avec des personnes "avec qui il a un lien d'attachement plus fort". D'ailleurs, ce manque d'écoute n'a rien à voir avec un caprice. Pour cette spécialiste, ce n'est "ni calculé, ni volontaire, ni conscientisé de la part de l'enfant". Autrement dit, votre progéniture ne cherche pas à vous embêter lorsqu'il ne répond pas à vos sollicitations.

Ne pas négliger l'effet de groupe

À l'école, votre enfant ne rencontre pas de problème en matière d'écoute. Ses professeurs disent même de lui qu'il se montre particulièrement attentif en classe et écoute les consignes. Comment expliquer ce phénomène, alors qu'à la maison, c'est tout le contraire ?

La psychologue américaine Jazmine McCoy explique sur son compte Instagram que l'enfant est sensible à l'influence de ses pairs. C'est ce que l'on appelle l'effet de groupe. Pour Héloïse Junier, il ne fait aucun doute qu'il favorise la coopération de l'enfant. Parce qu'il souhaite se faire apprécier des autres, notamment pour s'intégrer, "il manifeste donc moins son mécontentement, ce qui le rend plus facile à vivre chez les autres".

Par ailleurs, les établissements scolaires offrent un cadre ritualisé qui favorise l'adhésion. Cher McGillivray explique que l'"approche structurée" de l'école "favorise naturellement le respect des règles et la cohérence". Pour mieux se faire écouter, l'enseignant, formé à la pédagogie et à la gestion de classe, se tient généralement debout face à ses élèves.

Trouver le bon ton pour se faire écouter

Lorsque votre enfant refuse de suivre vos consignes, comme de faire ses devoirs ou d'aller se coucher, quelques astuces permettent de débloquer la situation, sans cris ni menaces. Pour Héloïse Junier, il est d'ailleurs essentiel de proscrire les tons agressifs, contre-productifs. À l'inverse, elle recommande aux parents d'y mettre la forme afin de favoriser la coopération. Soyez doux et souriant lorsque vous demandez un service à votre enfant, par exemple en posant tendrement une main sur lui et en n'oubliant pas de dire s'il te plaît. Afin qu'il ne se sente pas obligé, proposez-lui plusieurs choix. Il peut décider de prendre sa douche avant de ranger sa chambre, ou après, par exemple. Comme l'explique la psychologue, cela permet de le rendre acteur de l'échange.

Jazmine McCoy conseille une méthode similaire, en valorisant l'enfant plutôt qu'en lui donnant des ordres. Pour cette spécialiste, "formuler les consignes de manière collaborative" porte ses fruits. Au lieu de la phrase "mets la table", on pourra lui dire : "est-ce que tu peux être mon assistant spécial et montrer à ta sœur comment mettre la table ?". Un enfant qui n'est ni critiqué ni menacé sera plus enclin à écouter.

La posture a aussi toute son importance. Pour favoriser l'écoute, ne donnez pas vos consignes à la volée, lorsque vous passez devant sa porte de chambre, par exemple. Cher McGillivray vous invite à "ne pas communiquer lorsque vous êtes distraits ou en déplacement". Placez-vous près de votre enfant et donnez-lui des instructions simples, une à la fois. Avec les plus jeunes, il est plus réaliste de leur demander de ranger leurs jouets plutôt que l'ensemble de leur chambre.

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