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Priver un enfant de son activité est-il une bonne punition ?

Rédigé par Émilie Cartier | 27 févr. 2026 00:00:00

La sanction vient de tomber : ce soir, votre enfant n'ira pas à son entraînement de foot parce qu'il vous a mal parlé. Votre enfant est trop grand pour être mis au coin. Vous vous demandez alors si le priver d'une activité qu'il aime est vraiment une punition efficace ?

Avant de lui retirer ce privilège, qu'il s’agisse d'un cours de sport ou d'une autre activité, voici quelques pistes pour agir différemment. Plutôt que d'imposer une punition arbitraire, utilisez des méthodes qui amènent votre enfant à réfléchir à son comportement, sans utiliser ses passions comme levier.

La privation comme punition : une bonne méthode ?

À court d'idées pour punir votre enfant, vous l'avez peut-être déjà menacé de ne pas l'emmener à son cours de danse ou de judo. Pour Maëlle Ranquet, fondatrice de La Fresque du Mouvement, atelier participatif qui sensibilise aux risques de la sédentarité, punir votre enfant de cette manière est illogique. Sur son compte LinkedIn, elle explique : "C'est privé un enfant d'un de ses principaux besoins vitaux : bouger" et "lui retirer un espace où il peut décharger ses émotions, se construire et trouver de la confiance en lui".

Priver votre enfant de son cours de dessin ou d'escrime parce qu'il a eu une mauvaise note ou n'a pas fait ses devoirs n'a pas plus de sens pour la psychologue Rachida Raynaud. Interrogée par Le Journal des Femmes, elle conseille aux parents d'éviter les sanctions "sans réel lien avec l'acte commis par l'enfant".

Une étude canadienne publiée en 2025 sur la base de données Science Direct déconseille également ce type de punition. Les chercheurs en psychologie de l'université d'Ottawa ont constaté que le fait de retirer des privilèges à un enfant entraînait chez lui une réactivité exagérée vis-à-vis de son environnement et des relations plus compliquées avec ses pairs.

Et d'abord, faut-il vraiment punir un enfant ?

La punition n'est pas toujours la solution aux problèmes de comportement. Comme le rappelle Rachida Raynaud, les enfants sont immatures sur le plan émotionnel jusqu'à 6-7 ans. Ils restent impulsifs, gèrent mal la frustration et la colère, et anticipent peu les conséquences de leurs actes. Priver votre enfant de son cours de sport parce qu'il a cassé le vase auquel vous teniez tant est inefficace. Selon cette spécialiste, la punition n'a pas d'impact sur le long terme, le comportement de votre enfant risque de se répéter ou "si ça ne revient pas, cela peut vouloir dire [qu’il] est dans la peur, qu'il cache ses actions". La prochaine fois qu'il touchera un objet défendu et l'abîmera, il reportera peut-être la faute sur sa petite sœur ou son petit frère plutôt que de vous avouer sa bêtise.

Si vous avez un ado à la maison, faites également preuve de compréhension. Par exemple, en cas d'absences répétées au collège, dialoguez-lui plutôt que de chercher à le priver d'entraînement. Son manque d'assiduité en classe peut être lié à une véritable souffrance, comme du harcèlement scolaire.

Rassurez-vous : l'absence de punition ne remet pas en cause votre autorité parentale. Ce n’est pas parce que vous ne sanctionnez pas que vous êtes permissif ou démissionnaire. Rachida Raynaud le confirme : "(…) ne pas punir ne signifie pas être laxiste, bien au contraire ! On peut poser des limites bienveillantes mais fermes".

Communiquer et responsabiliser votre enfant

Plutôt que d'utiliser des sanctions arbitraires, dialoguez avec votre enfant. C’est ce que recommande Marie-Jeanne Trouchaud, thérapeute et auteure de Alors si on ne punit pas, on fait comment ?, dans Parents. Elle vous invite à discuter avec votre enfants de ses problèmes de comportement. S’il n'a pas fait ses devoirs, confrontez-le aux conséquences : il aura sûrement une réflexion de son enseignant à l'école. En faisant ses propres expériences, votre enfant apprend à réfléchir et à se responsabiliser.

Rachida Raynaud partage cet avis : "Pour faire son apprentissage de la vie et des autres, on doit lui inculquer le sens des responsabilités". Votre enfant doit comprendre que ses actes ont des conséquences sur les autres, et qu’il doit donc les assumer. S'il a commis un acte répréhensible, comme voler dans le porte-monnaie de sa grand-mère ou casser délibérément votre vase préféré, essayez de comprendre ce qui a motivé son geste (frustration, colère…) et trouvez une forme de réparation. Pour la psychologue, cette phase est importante car il ne faut pas figer "l'enfant dans le comportement transgressif. L'erreur fait partie de l'apprentissage, on peut réparer", souligne-t-elle. Demandez à votre enfant de s'excuser auprès de sa grand-mère et de lui rendre l'argent dérobé. En cas d'objet cassé, invitez-le à le réparer ou à le remplacer avec son argent de poche.

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