
Que faire si mon enfant est l'auteur de faits de harcèlement ?
.jpg?width=34&height=34&name=1564491175670(1).jpg)
- Défini par la répétition de brimades physiques ou psychologiques, le harcèlement concernerait plus d'un élève par classe.
- Du côté du harceleur, plusieurs raisons d'ordre psychologique ou familial peuvent expliquer ce comportement.
- Comme la victime, l'enfant harceleur a, lui aussi, besoin d'aide, aide que ses parents peuvent lui apporter.
Votre enfant est l'auteur de faits de harcèlement ou de cyberharcèlement sur un ou plusieurs de ses camarades de classe ou d'activité extrascolaire ? Parce que ce comportement n'est pas anodin et qu'il peut avoir de graves répercussions sur la victime, vous ne devez pas le prendre à la légère. Toutefois, au-delà de la sanction appliquée par l'établissement scolaire et/ou à la maison, il est important d'accompagner l'enfant et de l'aider à sortir de sa position de harceleur.
Pourquoi mon enfant harcèle-t-il les autres ?
Comme il n'y a pas de profil type de victime de harcèlement, il n'y a pas non plus de profil type du harceleur, rappelle Bruno Humbeeck, psychopédagogue, sur le site Parents. Il est donc difficile, voire impossible, d'anticiper le comportement d'un enfant, hormis quelques rares cas de troubles psychologiques importants avérés. Toutefois, Saverio Tomasella, également psychopédagogue, explique que certains jeunes individus "ont des difficultés à accepter les frustrations, les règles, les différences. Ils sont pulsionnels et ont beaucoup d'envies [...]. Or, l'envie est l'un des moteurs fondamentaux du harcèlement à l'adolescence". En raison de leur jeune âge et de la formation inachevée de leur cortex préfrontal, "ils n'ont pas conscience des conséquences de leurs paroles et actes", précise le spécialiste. Si on devait définir un profil plus enclin à harceler les autres, ce serait, selon Nicole Catheline, pédopsychiatre interrogée par Madame Figaro, celui d'un enfant ou d'un adolescent en proie à un profond mal-être, vulnérable et en perte de confiance. "Cela peut être lié à un problème familial, une situation financière complexe, un parent au chômage, des difficultés dans la fratrie, à l'école ou dans les loisirs extrascolaires. [Des enfants] entendant de la bouche d'un adulte qu'ils sont nuls et n'y arriveront jamais. En réaction, les concernés vont alors s'attaquer à quelqu'un de plus faible qu'eux. En dominant l'autre, ils en retirent un sentiment de toute-puissance jamais connu jusqu'alors et qui va les aider, un temps seulement, à restaurer leur propre estime et à renforcer leur narcissisme."
En tant que parent, comment puis-je l'accompagner ?
Avant tout, les parents doivent garder en mémoire que l'enfant harceleur "n'est pas intrinsèquement mauvais", rappelle l'UNICEF sur sa page dédiée au harcèlement et qu'il peut s'agir seulement d'une erreur de parcours. Même s'il "est peut-être difficile d’être dans l’écoute, tant l’annonce de la situation est violente", vous devez comprendre les raisons qui le poussent à agir ainsi, avant d'envisager toute mesure de sanction, explique Florence Millot, psychologue et auteure d'ouvrages sur le harcèlement scolaire, au site Les Adultes de demain. Par la discussion calme, vous pourrez "amener l’enfant à prendre conscience de l’autre et des conséquences de ses actes. L’objectif sera de le faire évoluer et de l’amener à s’excuser", explique la spécialiste. Sur la page dédiée du gouvernement, le psychiatre David Gourion propose des questions à lui poser (« as-tu essayé de te mettre à sa place ? », « qu’a-t-il ressenti d’après toi ? », « que ressentirais-tu si on te faisait la même chose ? ») et la solution d'une lettre d'excuses sincères. Selon Florence Millot, si l'enfant explique qu'il s'est senti en position de force, il est possible d'orienter son besoin de s'affirmer et d'occuper une place de leader vers une activité sportive ou artistique. Il pourra s'exprimer et mener les autres sans les dominer, par exemple en tant que capitaine d'équipe de foot ou de metteur en scène en herbe au théâtre. Enfin, les parents en difficulté ne doivent pas rester seuls face au comportement violent de leur enfant. Tous les spécialistes précités s'accordent à dire qu'un accompagnement par un psychologue ou un pédopsychiatre peut être d'un grand secours afin de traiter les problèmes sous-jacents.
Quels sont les risques encourus par l'enfant harceleur ?
Par la répétition des violences, qu'elles soient verbales / écrites (insultes, menaces, moqueries…) ou physiques (bousculades, coups, destructions des effets personnels…), le harcèlement (ou sa version numérique, le cyberharcèlement) n'a rien d'anodin pour la victime. Dans les cas les plus graves, il peut conduire à son suicide. Face au nombre croissant de faits de harcèlement à l'école et sur les réseaux sociaux (pas moins de 5 % des écoliers du CE2 au CM2 et 6 % des collégiens en seraient victimes selon l'Enquête Harcèlement 2023), le gouvernement a décidé de renforcer la protection des victimes. À l'échelle de l'établissement scolaire, l'auteur des faits est confronté et différentes sanctions sont possibles selon la gravité de ses actes : sensibilisation par l'équipe éducative (un travail sur les risques du harcèlement par exemple), conseil de discipline, exclusion temporaire (cinq jours maximum) ou renvoi définitif de l'établissement (avec mention des faits au dossier scolaire). En outre, le chef d'établissement signale les faits sur l'application "Faits établissement" et au Procureur de la République si le harcèlement est grave et persistant, conformément à l'Article 40 du Code de la procédure pénale. Si les parents de la victime portent plainte, l'âge de l'auteur détermine les sanctions. Avant 13 ans, il n'est pas pleinement responsable de ses actes, mais il peut être considéré comme "mineur délinquant" et des mesures d'éloignement de la victime peuvent être édictées. Après 13 ans, des peines plus importantes peuvent sanctionner l'adolescent : jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 7 500 € d'amende.
3 conseils pour éviter que votre enfant ne devienne un harceleur :
Observez les changements de comportement
Conseil Aidodarons 1/3
D'après Florence Millot, un glissement de victime à "bourreau" peut vite arriver. Un enfant victime de harcèlement qui n'a pas été résolu peut retrouver de la confiance en devenant lui-même harceleur de plus faibles que lui. Si vous observez de brusques changements de comportement, soyez vigilant et communiquez avec votre enfant afin de désamorcer les situations de harcèlement au plus vite.
Discutez régulièrement
Conseil Aidodarons 2/3
Discutez régulièrement avec votre enfant de ce qu'il se passe à l'école ou sur les réseaux sociaux et mettez-le en garde autant contre les risques du harcèlement côté victime que du côté harceleur.
Montrez l'exemple
Conseil Aidodarons 3/3
Montrez l'exemple en évitant vous-même les situations de violences verbales, écrites et physiques, car les parents sont les modèles de leurs enfants.