Les classements internationaux se suivent et se ressemblent (ou presque) : les Français sont à la traîne dans l'apprentissage et la maîtrise des langues étrangères. Le rapport 2025 d'Education First montre notamment nos compétences moyennes en anglais en classant l'Hexagone parmi les derniers États européens. Cause probable, l'enseignement est encore assez peu tourné vers la pratique orale et l'usage quotidien. Parmi les solutions de remédiation accessibles dès l'enfance, les applications d'apprentissage en ligne se multiplient, mais que valent-elles vraiment ? Sont-elles réellement efficaces pour apprendre une langue rapidement et converser avec aisance ? Nous avons pesé le pour et le contre.
Marketing oblige, les applications d'apprentissage des langues vantent l'efficacité de leur méthode et promettent de devenir bilingue grâce à quelques minutes de travail quotidiennes. Même si cet objectif n'est pas celui de votre enfant, ce temps passé sur l'appli ne sera pas perdu et l'aidera à progresser.
Certaines applis, comme Memrise et Duolingo, s'appuient sur des techniques d'apprentissage reconnues. La répétition espacée, notamment, doit contrer la courbe de l'oubli (ou courbe d'Ebbinghaus), mise en évidence par Hermann Ebbinghaus, philosophe allemand, au XIXᵉ siècle. Celle-ci montre que nous oublions en moyenne 60 % des informations après 24 heures et que la courbe ne cesse de diminuer, nous explique Jean-Luc Berthier, spécialiste des sciences cognitives de l'apprentissage, dans la revue Administration et Education. Au contraire, des rappels réguliers maintiennent l'information, complète Serge Nicolas, docteur en psychologie expérimentale, dans son article dédié au sujet. En répétant régulièrement le vocabulaire (après 10 minutes, 24 heures, 7 jours, 30 jours…), les applis garantissent donc un meilleur ancrage dans la mémoire de l'apprenant.
En plus du vocabulaire, votre enfant entendra des locuteurs natifs parler dans de courtes vidéos ou des extraits audio. L'avantage : entraîner son sens de l'écoute et la compréhension orale. Par ailleurs, il pourra aussi s'entraîner à parler et confronter sa prononciation et son accent à de puissants outils IA. Certaines applications, comme Babbel ou Duolingo, font répéter l'apprenant jusqu'à ce que leur outil de reconnaissance vocale valide le mot ou la phrase. D'autres proposent aussi des cours particuliers avec un professeur ou des conversations en ligne avec un locuteur natif (Hellotalk, Tandem, Busuu…) dans leurs abonnements premium.
Ainsi, votre enfant profite d'un moment privilégié où il est seul à faire les exercices et où toute "l'attention" est focalisée sur lui. Pas besoin d'attendre son tour en classe pour s'exprimer ou le prochain cours pour poursuivre l'exercice ! Il peut même l'utiliser à tout moment, dès qu'il a cinq minutes. L'appli peut compléter les enseignements scolaires (1h30 hebdomadaire au primaire et 4 à 5h30 au collège y sont dédiées dans l'emploi du temps sans option).
Et n'oublions pas leur aspect ludique attrayant, souligné par Romain Schmitt, directeur de l'École de langues de l'Université Laval, cité par le média québécois La Presse. En somme, c'est un bon complément au parcours scolaire, un moyen de prendre un peu d'avance sur le programme.
Malgré des bénéfices certains, ces applications ont leurs limites et ne sauraient remplacer les cours à l'école ou au collège. Même si l'outil IA intégré fait travailler la prononciation, il n'y a pas de feedback, souligne une méta-analyse parue dans le Journal de l'Association belge de Psychologie. Votre enfant ne peut pas vraiment se corriger. Il peut seulement répéter jusqu'à validation ou abandonner par dépit sur ce blocage qu'un humain aurait pu laisser passer pour avancer. Sans abonnement premium, il n'a pas accès aux options de conversation avec un locuteur natif, qu'il soit apprenant ou professeur particulier. L'absence d'interaction est aussi un manque réel. Pourtant, les besoins d'expression orale sont tout aussi réels et manquants dans l'enseignement français, comme le pointe le classement 2025 d'indice de compétence en anglais d'Education First.
Le risque de lassitude rapide est un autre problème de ces applications numériques. Si votre enfant est enthousiaste les premiers jours, il peut vite se lasser et vous aurez l'impression d'avoir dépensé l'abonnement pour rien. La raison : des exercices au format répétitif. Pour éviter le désintérêt de leurs apprenants, les applis misent sur la variété des activités et l'aspect ludique, surtout celles dédiées aux enfants (Dinolingo, I love English, Pili Pop…).
Certaines vont malheureusement trop loin dans la gamification. Certes, l'apprentissage par le jeu a fait ses preuves dans le milieu éducatif à tout âge et dans la gestion du déclin cognitif, car il déclenche et soutient la motivation à participer à l'activité. Eric Sanchez, président de l'association Allo Alzheimer (Marseille) et Margarida Romero, professeur à l'Université Côte d'Azur et à l'Université Laval (Québec), l'expliquent dans leur ouvrage Apprendre en jouant. Selon eux, "on apprend mieux si on joue à des jeux bien conçus pour des objectifs d’apprentissage clairs [avec] les conditions nécessaires pour que le temps consacré au jeu soit intégré dans un scénario qui prenne en compte des objectifs pertinents et intègre un temps de débriefing".
Il risque aussi de focaliser son attention sur l'aspect ludique et de lui faire perdre de vue son objectif d'apprendre la langue. Il peut aussi lui faire perdre la notion du temps et le surexposer aux écrans. Un problème résolu par l'appli française Holy Owly qui a calibré ses exercices de langue pour qu'ils ne durent que cinq minutes, selon La Maison des Maternelles.
Enfin, même s'il est nettement inférieur au coût d'un cours particulier, le prix de l'abonnement peut constituer un frein important pour certains parents. Surtout sans la garantie d'un réel bénéfice et de l'intérêt de leur enfant pour utiliser l'appli régulièrement.
L'offre est si diversifiée qu'on ne sait plus quelle application choisir pour aider son enfant à progresser en langue. Vous devez donc être attentif aux détails qui font la différence.
L'âge et le niveau de l'enfant doivent être vos principaux critères de choix. Certaines sont dédiées à une tranche d'âge bien précise (les applis I love English de Bayard Jeunesse, notamment). D'autres couvrent une période plus large grâce à la variété des activités proposées. D'autres encore sont supposées être accessibles à tous les niveaux, comme Babbel, mais elles risquent de décourager les plus jeunes par leur "aspect académique". Pour les enfants jusqu'à 8-9 ans, privilégiez un environnement numérique ludique et enfantin tel que celui de Holy Owly.
Les fonctionnalités disponibles doivent aussi être étudiées avant de choisir. Elles sont généralement conditionnées à la souscription d'un abonnement payant. La reconnaissance vocale est plus ou moins performante selon les applis, les activités sont plus ou moins diversifiées. Certaines applis mettent l'accent sur le vocabulaire, la grammaire ou l'expression orale. Elles peuvent aussi proposer ou non des échanges en ligne (conversation écrite et/ou vocale, cours particuliers). Enfin, le prix de l'abonnement et la fréquence du paiement peuvent aussi conditionner votre choix.
Retrouvez notre sélection des applications d'apprentissage des langues dans notre article dédié !