Bien que la maison doive être un refuge pour les enfants, elle devient parfois le théâtre de violences. Les chiffres en témoignent : en 2023, 75 % des victimes de violences physiques intrafamiliales non conjugales étaient mineures au moment des faits. La situation est encore plus alarmante lorsqu'il s'agit de violences sexuelles, puisque 96 % des victimes étaient des enfants ou des adolescents, selon la même enquête des services de sécurité.
Face à cette réalité, certains s'engagent. C'est le cas de Laurent Boyet, fondateur et président de l'association Les Papillons, qui œuvre pour la protection de l'enfance, notamment grâce à l'installation de boîtes aux lettres dans les écoles pour libérer la parole. Capitaine de police et ancien membre de la Ciivise, il est également auteur de deux ouvrages : Tous les frères font comme ça, dans lequel il témoigne de l'inceste qu'il a subi de ses 6 à 9 ans, ainsi que Non-assistance à enfants en danger. Aidodarons lui donne la parole pour connaître les premières démarches à effectuer en cas de violences intrafamiliales.
Lorsqu'il s'agit d'une simple dispute, il n'y a pas de phénomène d'emprise : on ne demande pas à l'enfant de mentir ou de garder le silence. Les violences, elles, s'inscrivent dans un rapport d'emprise et entraînent chez l'enfant un repli sur soi. Quelles que soient les violences subies, tout changement dans les habitudes d'un enfant doit alerter un parent. Il faut donc être attentif. Par exemple, un enfant qui dormait bien peut soudain mal dormir ; un enfant qui aimait l'école peut ne plus vouloir y aller… La première question à se poser est : "Est-ce que mon enfant ne serait pas victime de quelque chose ?".
Aucune tolérance n'est possible. Un parent qui frappe ou abuse sexuellement de son enfant une fois recommencera. Le parent qui n'est pas agresseur doit absolument faire le nécessaire pour protéger son enfant. Si on ne veut pas aller porter plainte à la gendarmerie ou au commissariat de police, on peut toujours appeler Allô Enfance en Danger au 119 (numéro national d'appel d'urgence gratuit et confidentiel, ndlr) pour signaler les violences et confier cette responsabilité à d'autres.
Les parents qui se sentent perdus peuvent demander des conseils auprès des associations comme Les Papillons ou l'Enfant bleu. Il ne faut jamais hésiter à se faire guider. Il n'y a rien de pire que de ne rien faire sous prétexte que c'est l'homme ou la femme que l'on aime, ou sous prétexte que cela n'arrivera plus, ce qui est forcément faux.
Je comprends parfaitement ces femmes qui n'ont plus confiance en la justice, car elles se retrouvent parfois elles-mêmes mises en cause – ce qui est intolérable – alors qu'elles cherchaient simplement à protéger leur enfant. Cela peut survenir à cause de la société masculiniste dans laquelle nous vivons et du mythe du syndrome d'aliénation parentale, pure invention d'un psychologue. Ces situations dramatiques existent, mais fort heureusement, dans la grande majorité des cas, les mères qui déposent plainte pour protéger leur enfant sont entendues et prises au sérieux.
Il ne faut surtout pas mettre ça sous le tapis ni les réduire à de simples histoires entre frères et sœurs. Il faut en parler et s'interroger sur une éventuelle suite pénale. Lorsque l'on s'en rend compte soi-même, il faut faire cesser les violences immédiatement, en montrant clairement que l'on sait. Il faut reconnaître le statut de victime à l'enfant qui subit, lui demander comment il peut être aidé, et interroger aussi l'agresseur sur ce qui pourrait l'aider à faire cesser les violences.
En cas d'inceste, on ne peut pas garder cela au sein de la famille. Même si c'est terrible d'être à la fois le parent de la victime et de l'auteur, il faut d'abord se tourner vers la victime, sans pour autant abandonner ou renier l'agresseur. Dire "c'est bon, on t'a écouté, on te croit, on va faire en sorte que cela n'arrive plus" est nécessaire mais pas toujours suffisant.
Si l'enfant victime ne souhaite pas porter plainte ou ne se sent pas prêt, il faut l'écouter et respecter sa volonté. S'il souhaite engager un processus judiciaire, alors il faut l'accompagner.
Dans certains cas, les parents peuvent mettre l'enfant à l'abri chez les grands-parents ou d'autres membres de la famille. Si l'agresseur vit sous le même toit et qu'il n'y a pas d'autre moyen d'assurer sa sécurité, il devient nécessaire de porter plainte à la gendarmerie ou au commissariat de police. Les autorités judiciaires prendront alors le relais.
Dans des situations de violences extrêmes, la seule solution reste la justice. Les parents ne sont pas là pour rendre la justice eux-mêmes, leur rôle est de prendre en compte la parole de chacun et d'être le plus justes possible. C'est une situation très difficile et les parents doivent être déculpabilisés. S'engager dans une procédure judiciaire, ce n'est pas abandonner son enfant : c'est aussi une façon de l'aider.
Une prise en charge psychologique et un accompagnement s'imposent. Le parent peut s'éloigner du noyau familial le temps de régler ses "pulsions" et de revenir à une éducation normale. Certaines personnes reproduisent ce qu'elles ont vécu dans leur enfance. Il est essentiel de leur montrer d'autres façons d'éduquer. Se rendre compte que l'on est violent, c'est déjà un premier pas important. On ne devient pas parent du jour au lendemain : ce n'est pas facile, on peut se faire aider pour apprendre à l'être. Lorsque l'on a des pulsions sexuelles, il est crucial de se faire accompagner. Il est difficile d'éviter le passage à l'acte sans une prise en charge médicale et un accompagnement médico-psychologique.
Mieux vaut se tourner vers une association compétente. Au sein de l'association Les Papillons, on accompagne les enfants victimes de violences, mais aussi les parents qui sont perdus face aux violences. Nous apportons un accompagnement psychologique, thérapeutique et juridique.
Il ne faut surtout pas avoir honte de se faire aider, de prendre contact avec des associations, de passer par la fédération France Victimes si on ne sait pas où trouver de l'aide. Un parent genou à terre ne pourra pas aider efficacement son enfant. Il existe forcément une association ou une antenne près de chez vous pour vous aider. Nos psychologues proposent aussi des téléconsultations.
Face aux violences intrafamiliales, les parents peuvent se sentir seuls. C'est normal de voir tout en noir, d'avoir l'impression qu'on n'y arrivera jamais, mais il y aura toujours quelqu'un pour tendre la main et rendre la traversée du tunnel moins sombre.
L'erreur la plus fréquente est de ne pas y croire, de se dire que cela ne peut pas être vrai, ou de ne pas croire l'enfant lorsqu'il révèle ces violences. Quand on est parent, et selon le principe de précaution, il faut croire son enfant et faire confiance à son intuition, qui, la plupart du temps, ne trompe pas. Il est impératif d'écouter son enfant et de s'écouter soi-même pour agir.
Il ne faut jamais agir ainsi, car cela peut mettre l'enfant en danger, surtout si l'agresseur est un adulte. Il y a vraiment un risque de représailles. Les parents ne doivent pas se substituer aux policiers.
L'association Les Papillons reçoit souvent des mots d'enfants témoins de violences conjugales. Ces enfants sont terrorisés et inquiets pour le parent agressé. Pour eux, il s'agit d'une violence psychologique. Pour le parent battu, il faut trouver ce courage – même si c'est plus facile à dire qu'à faire, notamment à cause de l'emprise et de la peur des représailles – de quitter la maison et de se mettre à l'abri avec ses enfants.