Contraception et pornographie : comment en parler à son ado sans tabou
Parler de contraception ou de pornographie à un ado n'est jamais simple. Ces sujets sont pourtant essentiels à aborder avant le premier rapport sexuel.
Cet article fait partie du dossier Puberté : vingt articles pour accompagner votre enfant, des premiers signes aux conversations qu'on repousse.
Aujourd'hui, les jeunes ont facilement accès à du contenu pornographique via leur téléphone, ce qui influence souvent leur vision de la sexualité. Si vous ne savez pas par où commencer ou comment aborder ces thèmes avec votre enfant, voici quelques pistes pour vous guider.
Être ouvert à la discussion
Comme le souligne Emma Strack, journaliste chroniqueuse dans l'émission "Le Mag de la Santé" et auteure de l'ouvrage Sexe. Premiers pas sans tabou ni complexe, sur France Bleu, les parents peuvent avoir du mal à trouver les mots par pudeur, par peur de faire peur ou de donner des idées.
En France, le premier rapport sexuel intervient en moyenne à 17,7 ans pour les garçons et 18,2 ans pour les filles (étude Inserm, 2023). Pour Emma Strack, il est essentiel de parler de sexualité bien avant que votre enfant ne passe le cap. Avant de mettre des préservatifs à disposition, il vaut mieux d'abord communiquer sur le sujet.
Camille Beau, animatrice de prévention au sein du Planning Familial de Paris, partage le même point de vue. Sur le site de la CAF, elle invite les parents à être ouverts au dialogue et à écouter sans jugement, avec bienveillance. Par exemple, si votre ado vous explique que le porno lui provoque des sensations, "il est important d'en parler, de leur [lui] rappeler qu'il s'agit de fiction qui véhicule de la violence et des stéréotypes de genre".
Concrètement, que faut-il dire ?
Dans une vidéo Youtube de l'Observatoire de la Parentalité et de l'Éducation numérique, Claude Giordanella, sexologue et formatrice en santé sexuelle, conseille aux parents d'être rassurants. Si votre enfant a été choqué ou excité à la vue de certaines images pornographiques, déculpabilisez-le en lui disant que c'est normal, tout en évitant d'utiliser des mots vulgaires ou la notion de dégoût. La spécialiste précise que le porno est "initialement destiné à des adultes". Chez les adolescents, les images "peuvent troubler et parasiter la construction de la sexualité".
Intervenant dans le même média, Thomas Rohmer, fondateur de l'association OPEN et expert en protection de l'enfance et du numérique, suggère aux parents de rester dans le général : "il ne faut pas que les parents se sentent obligés de parler de leur sexualité ou de la sexualité de leur adolescent".
N'hésitez pas à faire des recherches au préalable ou à chercher des informations pour répondre avec justesse aux interrogations de votre enfant, notamment sur la contraception. Le site officiel onsexprime répond à toutes les questions, avec parfois des vidéos, comme sur le sujet "Tout savoir sur le préservatif" ou "Comment je peux choisir ma contraception ?".
Utiliser les bons mots pour parler de sexualité
Tous les sujets autour de la sexualité peuvent être évoqués sans tabou, comme la masturbation, les IST ou l'orientation sexuelle. N'hésitez pas à dialoguer ensemble sur tout ce qui concerne le premier rapport sexuel : la contraception, le consentement, le respect de soi et des autres, la pénétration, les préliminaires ou encore l'orgasme.
Afin que votre ado se sente en confiance, Camille Beau vous conseille de ne pas vous alarmer de ses interrogations. Rassurez-le sur le fait qu'il est normal de se poser toutes sortes de questions. Il faut toutefois adapter les réponses à l'âge de votre enfant. On ne parlera pas de sexualité de la même manière avec un ado de 12 ou de 16 ans. Camille Beau recommande de rester "en surface avec les plus jeunes" et de développer davantage avec les plus âgés.
Dans tous les cas, il est essentiel d'utiliser les bons termes, comme vagin, vulve ou pénis pour qu'il puisse "se faire une meilleure représentation réelle de leur corps", explique Camille Beau. Emma Strack préfère que les parents parlent de "règles" plutôt que de "ragnagnas". D'ailleurs, si vous avez un garçon à la maison, évoquer avec lui les menstruations est pertinent, ne serait-ce que pour qu'il comprenne le fonctionnement du corps de sa future partenaire.
Utiliser des supports (vidéos, livres, sites…)
Avoir recours à des supports peut être un moyen d'amorcer la conversation. La web-série Sexotuto, disponible sur Lumni, la plateforme éducative numérique de France Télévisions, est dédiée aux 12-18 ans. Elle lève les tabous sur la contraception, le consentement et la puberté, en répondant à des questions précises comme "Comment mettre un préservatif ?".
Sur la même plateforme, des contenus destinés aux adolescents permettent d'éclairer certains sujets, telles que ces courtes vidéo sur le consentement ou l'aspect fictionnel des films pornographiques. Votre enfant, seul ou en votre présence, peut aussi visionner la vidéo "Comment réussir sa première fois ?" sur Slash, la chaîne numérique du service public.
Des livres, comme celui d'Emma Strack, ou Sexpérience – Les réponses aux questions des ados d'Isabelle Filliozat et Margot Fried-Filliozat, peuvent trouver leur place dans le salon ou dans les toilettes. Et si votre ado rechigne à évoquer ces sujets avec vous, le site officiel onsexprime peut répondre à toutes ses questions. Il est construit à partir de vraies interrogations d'adolescents.
Nos trois conseils
Rester détendu
Conseil Aidodarons 1/3
Claude Giordanella conseille aux parents de rester détendus et de ne pas entamer le dialogue sous le coup de la colère, en découvrant par exemple que votre enfant a visionné du contenu pornographique.
Se laisser guider
Conseil Aidodarons 2/3
Certains ouvrages, comme Osez parler de sexe à vos enfants de Sandra Franrenet ou Comment parler de sexualité aux enfants d'Anne Vaisman, peuvent vous aider à trouver les bons mots.
Demander de l'aide
Conseil Aidodarons 3/3
Si vous êtes angoissé ou désarmé, appelez la FNEPE – Allô parents en crise au 0805 383 300. Des psychologues, éducateurs ou médiateurs familiaux répondent à vos interrogations.
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