En tant que parent, suis-je trop laxiste ou trop exigeant ?
Être parent est un métier qui s’apprend chaque jour. Selon un sondage Opinion Way mené en 2025, 55% des parents estiment qu'il est difficile d'élever un enfant, et la même proportion a déjà eu le sentiment de ne pas être à la hauteur.
L’autorité est l'une des principales difficultés de l'éducation. Suis-je trop laxiste ou pas assez ferme ? Un manque de cadre nuit à l'enfant, mais une éducation trop stricte n'est pas non plus la solution. Alors, où placer le curseur ? Que recommandent les spécialistes pour instaurer une autorité juste et bienveillante ?
Être laxiste : une mauvaise idée ?
Le laxisme se caractérise par l’absence de règles et de cadres structurants. L'enfant grandit sans repères clairs. Un parent laxiste laisse une grande liberté à son enfant, persuadé qu'il apprendra seul à se réguler : horaires des repas et du coucher variables, temps d'écran illimité, sorties sans réel contrôle…
Comme le rappelle la psychothérapeute Isabelle Filliozat sur le site Les adultes de demain, l'absence de cadre n'est pas bénéfique : "Les enfants sont un peu perdus et n'ont pas suffisamment de structures pour pouvoir se développer".
Noémie de Saint-Sernin, coach en parentalité, auteure de plusieurs ouvrages dans le domaine et conférencière, fait le même constat. Dans une vidéo YouTube, elle invite les parents à renoncer à l'éducation permissive, qui empêche les enfants de "se rendre compte de la conséquence de leurs actes et de prendre la mesure de leurs responsabilités". Fixer des limites et poser des règles claires reste essentiel pour transmettre des valeurs fondamentales. Par exemple, dès le plus jeune âge, un enfant doit comprendre qu'il est interdit de frapper autrui.
À long terme, sans direction, l'enfant n'est pas préparé à sa vie d'adulte. L'éducation sert justement à lui apprendre les limites à ne pas franchir. Attacher sa ceinture de sécurité, payer ses impôts, ne pas se mettre tout nu dans la rue… autant de cadres nécessaires pour évoluer sereinement dans la société.
L'apprentissage de la frustration
Votre enfant a peut-être déjà pleuré ou piqué une colère lorsque vous avez refusé de lui acheter un jouet, un vêtement ou le dernier smartphone à la mode. Interrogé par Le Point, le psychologue clinicien Didier Pleux, auteur de L'Éducation bienveillante, ça suffit !, insiste sur l'importance d'éduquer son enfant à la frustration. "Aujourd'hui, on voit des enfants intolérants à la frustration, qui décident de tout à la maison, et des parents complètement débordés face à ce phénomène", raconte-t-il. Selon le spécialiste, cette absence de limites peut conduire à des comportements arrogants, égocentriques ou à un rejet de l'effort.
Pour Didier Pleux, "un enfant doit comprendre que la réalité n'est pas toujours plaisante et qu'il ne peut pas toujours faire ce qu'il veut". En tant que parent, il est important de montrer à votre enfant que certaines obligations (se laver, être poli…) demandent des efforts, mais sont nécessaires pour vivre en société. Pour Noémie de Saint-Sernin, un enfant qui ne connaît pas la frustration rencontre souvent des difficultés à gérer ses émotions. Faute de repères clairs, il peut développer des troubles du comportement, dont un manque de reconnaissance ou de respect envers ses parents.
Poser un cadre clair sans autoritarisme
Il est possible de poser un cadre éducatif clair sans faire preuve d'autoritarisme. Pour Isabelle Filliozat, l'enjeu consiste à "établir des repères et accompagner l'enfant dans leur compréhension". Elle estime que les enfants apprécient les règles, à condition qu'elles ne soient pas imposées comme des ordres stricts.
Soumettre son enfant à une autorité rigide, exiger une obéissance aveugle et adopter une position de pouvoir n'est pas la bonne approche, selon la psychanalyste. L'autoritarisme a tendance à "générer des enfants soit trop soumis et qui perdent confiance en eux, soit agressifs, qui développent des comportements débordants", souligne-t-elle.
Quelles sanctions appliquer au quotidien ?
Si votre enfant ne vous écoute pas ou vous manque de respect, une sanction peut être envisagée. Comme le souligne Eirick Prairat, professeur de philosophie de l'éducation, dans Le Point, "pas de sanction appliquée qui ne soit expliquée et comprise". Pour ce spécialiste, "une sanction éducative est là pour faire sens". L'enfant doit comprendre en quoi son comportement pose problème.
Copier des lignes ou aller au coin sont des punitions courantes, mais peu efficaces. Avant tout, "les conséquences doivent être justes, guidées par le bon sens et en rapport avec la transgression de l'enfant", considère Didier Pleux. Une sanction doit retirer momentanément "un droit, une opportunité, un avantage", ajoute Eirick Prairat. Par exemple, on ne prive pas un enfant de colonie de vacances s'il a prononcé un gros mot. En revanche, un enfant qui ne fait pas l'effort de goûter un peu les épinards n'aura pas le droit de manger son yaourt préféré au dessert.
Les châtiments corporels, dont font partie les gifles et les fessées, sont à proscrire. 1,2 milliard d’enfants dans le monde subissent chaque année des châtiments corporels à domicile, révèle l’Organisation Mondiale de la Santé. Pourtant, ils nuisent à la santé physique et mentale de l’enfant, selon la même source. Ils provoquent une altération du développement cognitif et socio-émotionnel, de mauvais résultats scolaires, de l’agressivité et une perpétuation de la violence.
Les trois conseils Aidodarons
Ne pas devenir son ami
Conseil Aidodarons 1/3
Pour Noémie de Saint-Sernin, il est essentiel de ne pas chercher à être l'ami de votre enfant. Votre rôle de parent est de répondre à ses besoins essentiels (le nourrir, le protéger…), sans céder à tous ses désirs.
Expliquer les conséquences
Conseil Aidodarons 2/3
Didier Pleux conseille aux parents d'expliquer clairement ce qui est attendu en précisant les conséquences positives (lecture ou jeu partagé…) ou la punition, en fonction si cela se passe bien ou mal.
Pas de violences éducatives ordinaires
Conseil Aidodarons 3/3
En plus d'être inefficaces pour éduquer son enfant, les violences éducatives ordinaires, qui regroupent les violences physiques, verbales et psychologiques, sont interdites par la loi du 10 juillet 2019.