Faut-il comparer les enfants entre eux pour les motiver ?

Votre benjamin a du mal à l'école alors que ses frères et sœurs ont toujours eu de bonnes notes. Pour le motiver et l'aider à progresser, est-ce une bonne idée de le comparer au reste de la fratrie ?

Qu'il s'agisse d'établir des comparaisons entre frères et sœurs, avec ses cousins ou un camarade, cette méthode n'est pas efficace sur le long terme. Aidodarons vous propose d'autres pistes pour soutenir et motiver votre enfant.

L'esprit de compétition, source de conflits

Peut-être avez-vous vous-même souffert d'être comparé à votre frère aîné, très sportif, ou à votre meilleure amie de l'époque, première de la classe. Pour Isabelle Cataldo, coach scolaire et parentale, les comparaisons entre enfants n'apportent rien de bon. Dans une vidéo YouTube, elle explique : "elles peuvent créer une compétition malsaine entre les enfants" et générer des conflits entre eux.

Certains enfants, qui craignent de décevoir leurs parents et d’être abandonnés, peuvent décider de rentrer dans la compétition. Certes, la méthode peut être efficace en termes de résultats car votre progéniture va se mettre sous pression pour réussir, mais à quel prix ? Selon la spécialiste, l'enfant qui est challengé peut ressentir un sentiment de colère et vouloir entrer en conflit avec son frère ou sa sœur.

Mieux vaut valoriser chaque enfant plutôt que de créer des tensions familiales. Isabelle Cataldo conseille aux parents de "relever un aspect positif" plutôt que de comparer. Par exemple, vous pouvez dire à votre aîné "Tu es super organisé" et à votre cadette "Qu'est-ce que tu es persévérante !" au lieu de phrases maladroites comme "Tu devrais prendre exemple sur ton frère, qui, lui, est organisé".

La perte de confiance en soi et la mésestime

En étant sans cesse comparé aux autres, votre enfant peut vite avoir l'impression d'être constamment dans l'échec. Pour Isabelle Cataldo, cela va saboter sa confiance en lui. S'il choisit de ne pas entrer dans la compétition, il risque de ne plus faire aucun effort, ce qui entraînera une mésestime de lui-même.

Sophrologue spécialisée dans l'accompagnement des enfants, Sophie Le Millour ("La bulle des émotions"), abonde dans une vidéo publiée sur Instagram. "On détruit l'estime de soi", insiste-t-elle. Au lieu de mettre le doigt sur ce qui n'est pas bien fait, mieux vaut chercher des pistes pour aider votre enfant à s'améliorer. Évitez les phrases comme "Pourquoi ta sœur, elle y arrive et pas toi ?" et on privilégie les tournures comme "De quoi as-tu besoin pour réussir à bien ranger ta chambre ?".

Un enfant unique peut lui aussi souffrir d'être comparé, notamment avec les autres élèves de sa classe qui semblent obtenir de meilleurs résultats scolaires. La spécialiste conseille aux parents de chercher à comprendre pourquoi votre enfant n'y arrive pas. Le principe reste le même, posez-lui la question : "Est-ce qu'il y a quelque chose qui t'empêche aujourd'hui de réussir à faire ça ?". Des cours particuliers, par exemple, peuvent l'aider et le motiver à progresser, davantage que des comparaisons peu flatteuses.

Se dépasser soi-même : la clé du succès ?

Mieux vaut oublier la comparaison. Interrogé par France Inter, Matthieu Cassotti, docteur en psychologie, explique que son usage a "des effets délétères dans la construction de l'enfant et de l'adolescent". À la place, "on peut insister sur le fait que, par exemple, ses performances dans un domaine ne sont pas figées". Même si votre enfant ne brille pas forcément en maths, en sport ou dans son cours de judo, "les résultats sont malléables" et dépendent avant tout de son investissement et de son travail.

L'idée est de motiver votre enfant à progresser et donc à se comparer non pas aux autres mais à soi-même, comme l'explique Sébastien Bohler, docteur en neurosciences et rédacteur en chef de Cerveau & Psycho, sur le même média. Concrètement, votre enfant peut se poser la question "Est-ce que j'ai réussi à être un peu mieux aujourd'hui que je ne l'étais hier ?". Cet expert rappelle que les études en psychologie du sport montrent que "les sportifs qui font les plus belles carrières", ce sont "ceux qui vont à l'entraînement en se demandant : "Est-ce que là j'ai amélioré ce coup ?".

Réalisée sur des athlètes, une étude allemande publiée en 2021 sur la base de données ScienceDirect a démontré que se comparer à quelqu'un de légèrement meilleur peut représenter une source de motivation pour progresser. En revanche, des comparaisons ascendantes excessives provoquent l'effet inverse : une baisse de motivation et une tendance accrue au désengagement. Le même constat a été observé sur des adolescents d'environ 15 ans en cours d'EPS dans le cadre d'une étude anglaise, publiée en 2023 sur le même média. Lorsque l'adolescent a une faible estime de lui-même et peu de motivation, le comparer aux autres n'a rien de bénéfique.

Nos trois conseils

Une prise de conscience

Conseil Aidodarons 1/3

Isabelle Cataldo invite les parents à prendre conscience de leurs mécanismes. Dans un calepin ou sur votre téléphone, prenez en note toutes les fois où vous comparez vos enfants entre eux. Cela permet de prendre du recul sur les situations et leur fréquence.

Présenter ses excuses

Conseil Aidodarons 2/3

S'excuser est important. Lorsque vous comparez votre enfant, demandez-lui pardon. Vous vous montrez ainsi attentif à ses besoins et à son bien-être.

Un défi personnel avec récompense

Conseil Aidodarons 3/3

Pour motiver votre enfant, proposez-lui un défi adapté et valorisant, avec une récompense concrète. Par exemple, "cette semaine, essaie de lire un chapitre par jour, et si tu réussis, on choisira ensemble un jeu ou une sortie spéciale ce week-end".

 

Émilie Cartier est rédactrice depuis plus de sept ans. Elle crée des articles pour divers médias comme TF1 ou Maison à part. Spécialiste de la décoration intérieure, elle écrit également sur la parentalité, notamment pour Aidodarons, mais aussi sur la psychologie, le bien-être et les nouvelles tendances.