Mon enfant fait des colères imprévisibles : comment réagir et anticiper la crise ?
Vous avez refusé d'acheter un jouet et votre enfant se transforme en furie. Il crie, pleure, trépigne, vous tape... Sa crise de colère est aussi spectaculaire que déconcertante, surtout lorsqu'on ne s'y attend pas. Pire, vous n'êtes pas seul(e). Les autres personnes présentes dans le rayon vous observent, guettent votre réaction, lancent des regards de dédain ou de compassion (les autres parents). Comment bien réagir face à cette explosion ? Aidodarons vous donne ses conseils pour mieux gérer les colères de votre enfant et les anticiper.
Devant la crise de l'enfant : ce que vous faites… et qui ne fonctionne pas
Face à votre enfant en colère, vous réagissez comme vous le pouvez sur le moment. Vous essayez de le raisonner : "ce n'est pas grave", "arrête de te mettre dans cet état" ou "on avait dit qu'on n'achetait rien aujourd'hui". Plus vous expliquez et tentez de le calmer, plus il s'énerve, alors vous finissez par répondre à sa colère par de la colère. "Mais cela ne [fait] qu'exacerber le conflit qui [monte] alors en symétrie", explique Laurence Sarais, psychologue et psychothérapeute spécialiste de l'enfant à Genève (Suisse). Ou vous cherchez à mettre fin à la crise le plus vite possible : vous négociez, vous cédez ou vous promettez quelque chose pour qu'il se calme. Cela peut fonctionner, mais votre enfant apprend alors qu'une colère explosive lui permet d'obtenir ce qu'il veut.
Après coup, vous regrettez. Pourtant, ces réflexes sont humains, mais ils ne fonctionnent pas parce que vous vous adressez à un enfant qui, à cet instant, n'est pas en capacité de vous entendre, de réfléchir et de contenir son émotion.
Ce qu'il se passe dans le cerveau de l'enfant lors des crises de colère
Quand votre enfant explose, il est débordé par son émotion. Là où vous voyez juste un caprice ou une provocation, cette colère "n'est jamais gratuite", rappellent les experts du Centre médical de La Roche d'Esneux (Belgique). Elle **"traduit un besoin non satisfait ou une émotion débordante." Il est fatigué, triste, effrayé ou perturbé par un changement ou des tensions familiales, il a faim ou ressent une injustice ("mais il a eu une plus grosse part de gâteau que moi !"). L'anxiété et l'hypersensibilité rendent aussi la réaction à la contrariété plus épidermique.
De plus, il n'a pas encore les outils pour réagir différemment et attendre, renoncer et exprimer calmement ce qu'il ressent. À l'adolescence, les émotions sont si fortes (et parfois contradictoires) qu'il peut se laisser submerger et exploser. Son besoin d'autonomie et d'émancipation s'accroît. Il répond, claque une porte, lance une phrase blessante ou refuse le dialogue.
Bien que déroutant et éprouvant pour les parents, ce comportement n'a rien d'inquiétant s'il reste occasionnel. Il disparaît avec l'apprentissage de la frustration. S'il persiste et/ou s'aggrave, en revanche, il ne faut pas hésiter à vous tourner vers un pédopsychologue ou un psychothérapeute spécialiste de l'enfant.
Mais alors, que faire quand mon enfant explose de colère ?
Pour éviter l'escalade, gardez votre calme et accueillez son émotion : "je vois que tu es en colère, je comprends ta frustration parce que je t'ai dit non / tu as perdu la partie / on a choisi un autre programme TV…" S'il hurle, parlez-lui doucement avec une voix apaisante et incitez-le à baisser le volume : "je t'entends, mais je ne comprends pas quand tu cries, dis-le-moi autrement." S'il tape, reculez légèrement et attrapez sa main au besoin, sans serrer mais fermement, pour lui éviter de se débattre encore plus violemment. Rappelez : "je ne te laisse pas taper. Ta colère est OK, mais pas les coups." Pareil s'il mord, "ta colère est acceptable, pas la violence".
La Maison des Maternelles conseille aussi de montrer de l'empathie et de proposer un câlin apaisant si votre enfant l'accepte. En cas de refus, vous pouvez le laisser se retirer dans un autre espace pour favoriser le retour au calme (et non comme une punition). Dites-lui alors "je suis là si tu veux, je te laisse un peu d'espace" afin de le rassurer et de lui montrer que vous respectez son besoin. Dans tous les cas, veillez à la sécurité de l'enfant et de celle des autres en l'éloignant des risques. Sur le coup de la colère, il pourrait en effet se blesser, faire mal à un tiers ou se mettre en danger si la crise a lieu à l'extérieur.
Avec un adolescent, en revanche, votre proposition de câlin risque fort de se solder par une simple fin de non-recevoir, voire par un regard dédaigneux. Il vaut donc mieux éviter l'interaction frontale par une prise de distance. "Je vois que tu es en colère. On en reparlera quand elle sera redescendue" ou "je n'accepte pas que tu cries. On se reparle plus tard". Ainsi, il se sent compris et vous avez exprimé que les limites ont été franchies, mais vous évitez le rapport de force.
Après coup, ce n'est pas parce que la tempête est passée qu'elle doit être oubliée. Une fois le calme revenu, interrogez-le avec bienveillance sur les raisons de son explosion émotionnelle. "Qu'est-ce qui t'a mis autant en colère ?", "Qu'est-ce qui t'a le plus dérangé ?" Demandez-lui aussi comment il se sent maintenant, conseille Naître et Grandir, site de référence canadien sur la parentalité. En nommant ses émotions, l'enfant apprend progressivement à les apprivoiser. S'il a eu un geste violent (un coup porté ou un objet cassé), proposez-lui votre soutien pour réparer en formulant des excuses et en remplaçant ce qui a été abîmé (refaire un dessin déchiré, utiliser son argent de poche pour racheter un jouet cassé…). S'il se sent coupable ou honteux de son comportement, rappelez-lui que vous l'aimez quoi qu'il arrive et que vous êtes là pour l'aider à gérer ses émotions.
Ce qui change tout : savoir anticiper les crises de colère de l'enfant
Si vous attendez que la crise commence pour agir, vous arrivez toujours trop tard. En effet, "si on veut aider les enfants à être moins emportés par la crise émotionnelle, ça ne se travaille pas pendant la crise", rappelle Stéphanie Couturier (psychomotricienne, thérapeute, sophrologue et autrice de Aider son enfant à s'apaiser sans cris ni punition) à La Maison des Maternelles. Il faut, au contraire, profiter des "moments où ça va bien" pour en parler et anticiper.
Au fil du temps, vous avez repéré des situations typiques d'un déclenchement de crise : fin de la semaine d'école (il est fatigué), fin de matinée (il a faim), courses (il veut acheter tous les jouets qu'il voit)... Plus vous les identifiez, mieux vous pourrez prévenir votre enfant quand il risque d'y avoir une situation frustrante. Avant d'entrer dans le magasin, dites-lui clairement "aujourd'hui on regarde, on n'achète pas". Avant d'éteindre l'écran, prévenez par "encore 5 minutes, puis on arrête."
Si les crises de votre enfant se répètent, apprenez à "repérer les signes physiques ou psychiques de la colère", conseille Vincent Henry, pédopsychiatre, au micro de France Inter. Vous pourrez réagir plus vite et désamorcer la bombe avant qu'elle n'explose. Cela ne veut pas dire accéder au moindre de ses désirs, mais détourner son attention vers autre chose (une autre activité, une autre conversation, un plaisir à venir…). Il est aussi important d'apprendre à votre enfant à reconnaître ces signes en lui demandant "que ressens-tu exactement à ce moment-là ?" Ils sont propres à chacun : respiration ou rythme cardiaque qui s'accélère, chaleur qui monte aux joues, envie de jeter un objet ou de taper… Proposez-lui alors d'expérimenter différents moyens de faire redescendre la pression, comme prendre une inspiration profonde puis souffler l'air le plus lentement possible, fermer les yeux et compter jusqu'à 10, sautiller sur place ou se défouler sur un "coussin de la colère". Les prochaines fois qu'il sentira la moutarde lui monter au nez, il sera ainsi mieux préparé.
Pensez enfin à montrer l'exemple. Si votre enfant vous voit exploser à la moindre contrariété, ce comportement colérique risque de devenir sa référence et il vous imitera, met en garde Vincent Henry. Vous pouvez lui dire "tu as vu, là, j'aurais pu me mettre en colère, mais je ne l'ai pas fait. À la place, j'ai respiré un grand coup / pensé à quelque chose d'agréable… et ça a marché !"
"Les colères, cris et crises ne sont jamais anodins. Ils expriment quelque chose d'essentiel, que l'enfant n'arrive pas à dire autrement. Plutôt que de les réprimer ou de les banaliser, il est précieux d'y prêter attention, de les écouter, de les comprendre", conclut le Centre médical de La Roche d'Esneux.
3 conseils complémentaires pour éviter les crises de colère de l'enfant
Maintenir le cadre
Conseil Aidodarons 1/3
Si le cadre est trop souple ou trop rigide, l'enfant peut déborder plus facilement en colère. Avec des règles claires, cohérentes et constantes, il sait au contraire à quoi s'attendre, ce qu'il peut faire et ce qu'il ne peut pas faire, ce qui le rassure et lui donne confiance.
Ritualiser les transitions
Conseil Aidodarons 2/3
Les changements brutaux favorisent l'explosion émotionnelle, car l'enfant est pris de court et ne sait pas comment réagir autrement. En annonçant ce qui arrive ("dans 5 minutes, on part", "après ce dessin, on s'arrête"), vous rendez les événements plus prévisibles et vous sécurisez votre enfant.
Féliciter la retenue
Conseil Aidodarons 3/3
Lorsque votre enfant réussit à maîtriser sa colère, appréciez et dites-le-lui ("tu as réussi à te maîtriser alors que la situation était frustrante, bravo !") pour l'encourager.