Top 5 des conseils parentaux impossibles à tenir
Alors que vous voulez "bien faire", la situation dérape souvent. Vous cédez sur le choix du menu, vous haussez le ton, vous acceptez un temps d'écran supplémentaire… Et juste après, vous avez l'impression de ne pas être à la hauteur. Sur internet et dans les médias, foisonnent les conseils pour être "un bon parent", qu'il suffirait d'appliquer pour que la vie de famille avance comme sur des roulettes : repas sains, écrans maîtrisés, calme et disponibilité en toutes circonstances… Vous essayez, ça fonctionne quelques jours, mais la réalité reprend vite le dessus… et vous culpabilisez ! Éclairé par Sandrine Donzel, psychopraticienne spécialiste de la famille, Aidodarons revient sur cinq conseils parentaux impossibles à tenir au quotidien et vous aide à déculpabiliser.
Rester calme et patient avec ses enfants en toutes circonstances
Vous vous étiez dit que cette fois, vous resteriez calme, mais vous sentez que la moutarde vous monte au nez, encore. En cause : une réponse de travers, une consigne ignorée pour la troisième fois, la fatigue de la journée… Vous haussez le ton, malgré vous, puis vous culpabilisez ("je n'aurais pas dû m'énerver").
Rester calme et faire preuve d'une patience à toute épreuve est sans doute le conseil parental le plus répandu, mais également l'un des plus difficiles à tenir dans la durée. Comme le rappelle Sandrine Donzel, "ce n'est pas humainement possible… à moins d'être un robot sans limites et sans besoins". Cette perte de patience ne vient pas de nulle part, c'est "une émotion qui parle de nos limites et de nos besoins : on se met en colère quand on a le sentiment que nos besoins ne sont pas respectés." Elle surgit lorsque "nous essayons de faire respecter ces limites sans y parvenir, soit parce qu’on cherche trop la coopération de l’enfant, soit parce qu’on pose des limites trop importantes ou trop nombreuses pour [ses] compétences."
✅ Que faire ?
Au lieu de chercher à ne jamais vous énerver, posez des limites plus tôt avant de vous laisser déborder par la colère. Si la consigne n'a pas été comprise, simplifiez-la en faisant des phrases courtes plus faciles à comprendre. Si la règle n'est pas respectée, intervenez immédiatement plutôt que de perdre patience après plusieurs répétitions.
Être toujours disponible pour son enfant
"Tu peux venir ?" "Tu peux m'aider ?" "Regarde !" Il vous sollicite sans arrêt et vous répondez à tout, tout de suite, parce que vous avez lu qu'un parent doit toujours être disponible pour son enfant. Résultat : vous n'avez plus une minute à vous, vous vous épuisez et vous avez l'impression qu'il ne peut rien faire sans vous.
Il est vrai qu'être présent est essentiel, mais "la disponibilité permanente envoie un double message", rappelle Sandrine Donzel. D'un côté, vous rappelez "je t'aime, je suis là pour toi". De l'autre, vous risquez de freiner sa prise d'autonomie (il cherche de moins en moins des solutions par lui-même) et d'accroître son anxiété (il se sent perdu et bloque si vous n'êtes pas à ses côtés). Votre présence constante peut alors le déresponsabiliser ("tu n’as pas besoin d’acquérir de la maturité, je suis là pour penser à tout") et alimenter son inquiétude ("le monde est horriblement dangereux et tu n’es pas capable d’y faire face tout seul").
✅ Que faire ?
Plutôt que de vous rendre disponible tout le temps, évitez de répondre immédiatement à chaque demande pour l'aider à gagner en autonomie et en confiance. Lorsque votre enfant vous sollicite à tout bout de champ, incitez-le à chercher par lui-même d'abord : "commence par lire la consigne, j'arrive après si tu n'arrives pas à faire l'exercice" ou "cherche une solution, on en parle après".
Être parfaitement cohérent et constant dans le cadre éducatif
D'habitude, vous refusez tout temps d'écran supplémentaire ou une heure de coucher plus tardive en semaine, mais aujourd'hui, vous acceptez "exceptionnellement" ou votre conjoint laisse passer. Vous vous dites alors que vous n'êtes pas assez cohérents.
On entend souvent que le cadre éducatif doit être stable, appliqué de la même façon par les deux parents sans variation pour vraiment fonctionner. Dans la réalité, c’est intenable et, selon Sandrine Donzel, "juste impossible. Nous sommes des êtres humains et nos limites et nos ressources varient dans le temps." Entre le contexte à l'instant T, l'âge de l'enfant, votre propre état de fatigue, vous ne réagissez pas toujours de la même manière, et c’est normal. Ce qui alimente surtout votre culpabilité, c’est la peur de perdre le cadre : "si je lâche, tout va devenir incontrôlable". Pourtant, quand chaque écart devient difficile à gérer, c’est souvent que "le cadre posé est trop strict" et qu'il "gagnerait à être assoupli."
Si la règle diverge entre les deux parents, rassurez-vous, les enfants "sont parfaitement équipés pour s’adapter à des personnes différentes." Il n'y a lieu de s'inquiéter que "lorsque ces différences deviennent l'objet d'un conflit entre adultes", explique la psychologue. Le risque : placer l'enfant dans une situation de "conflit de loyauté où obéir à l'un implique de désavouer l'autre". Il peut aussi chercher à tirer avantage en s'adressant au "parent le plus cool".
✅ Que faire ?
Votre enfant n’a pas besoin d’une cohérence parfaite. Il a surtout besoin d’un cadre globalement compréhensible, dans lequel il sait à peu près à quoi s’attendre, même si vous ne faites pas toujours exactement pareil. Ainsi, si une règle ne fonctionne pas et si vous lâchez régulièrement prise sur ce point, simplifiez-la ou ajustez-la. Si cela génère des conflits parentaux, évitez les non-dits et prenez le temps de trouver un compromis ("sur ce point-là, on se met d'accord sur quoi ?").
Cuisiner des plats 100 % sains et équilibrés à chaque repas
Vous aviez prévu un repas équilibré, mais la journée a été longue, vous manquez de temps, votre enfant a faim. Vous simplifiez : une assiette de pâtes, une pizza, un plat tout fait sorti du placard. Et juste après le repas, vous ressentez la sensation de ne pas faire "comme il faut".
Les recommandations sur l’alimentation des enfants et des adolescents sont claires, très présentes et exigeantes, voire culpabilisantes (si votre enfant mange mal, il a plus de chances d'être en surpoids). Sur le papier, tout paraît simple : tous les groupes d'aliments doivent être présents sur la table en proportions adaptées. Dans le quotidien, tenir ce niveau d’exigence à chaque repas devient vite épuisant et la culpabilité s'installe. Sandrine Donzel interroge : "la charge que représente la préparation des repas est-elle vraiment soutenable ?" Elle rappelle que "si elle conduit un parent ou les deux au burn-out, le rapport bénéfice-risque est à réévaluer, car aucun enfant ne vit bien que son parent s’épuise pour lui, même si c’est pour son bien."
✅ Que faire ?
Plutôt que de viser l’équilibre parfait à chaque repas, focalisez-vous sur la durée en gardant à l'esprit que simplifier un soir ne remet pas en cause l'équilibre alimentaire de votre enfant. Si vous avez proposé une pizza un soir, assurez-vous que les repas suivants sont plus sains. Pour alléger le quotidien, vous pouvez aussi anticiper en adoptant les techniques du batch cooking. Préparer certains plats à l’avance (ou au moins les accompagnements comme des légumes déjà épluchés et coupés) et les congeler, faire des bocaux de conserve et prévoir plus de portions pour d'autres repas quand vous cuisinez vous fera gagner un temps précieux le jour où vous en manquez.
Contrôler l'usage des écrans
"Encore 5 minutes !" "Encore un épisode !" Quel enfant ou adolescent n'a jamais cherché à grappiller quelques minutes supplémentaires devant la télé, sur l'ordinateur ou son smartphone ? La règle est claire, mais vous cédez pour éviter d'interminables négociations et le conflit.
En cause, les injonctions des experts, toutes plus culpabilisantes les unes que les autres, rappellent sans cesse les risques auxquels s'exposent les plus jeunes sur internet. Après les balises 3-6-9-12 de Serge Tisseron, on lit maintenant qu'il faudrait interdire les écrans aux moins de 6 ans et les réseaux sociaux avant 15 ans. Dans la réalité, c'est difficile à tenir tant ils sont devenus omniprésents dans la vie quotidienne familiale et scolaire. Vous avez l'impression de passer votre temps à refuser l'écran ou à répéter les consignes. Pire, certains parents affirment avec fierté qu'eux réussissent là où vous avez le sentiment d'échouer.
Comme le souligne Sandrine Donzel, ce contrôle permanent "génère de très nombreux conflits, dégrade la relation entre parents et enfants et fait des écrans un enjeu de pouvoir." Chacun campe sur sa position : "les parents terminent convaincus que leur enfant est déraisonnable, les jeunes que leurs parents ne les comprennent pas."
✅ Que faire ?
Ouvrir le dialogue serait plus efficace que vouloir contrôler les écrans à tout prix pour comprendre ce que votre enfant y cherche (une vie sociale, la reconnaissance de ses pairs…) et exprimer vos craintes. Les deux sont légitimes, rappelle la psychologue, et l'échange permet de sortir du rapport de force. Il ne s'agit donc pas de céder et de laisser votre enfant en roue libre sur les écrans, mais de miser sur sa responsabilisation en maintenant des repères d'usage simples (durée, moments sans écran, regard sur les contenus consultés…). Un cadre discuté et compris tient mieux qu'un cadre imposé sans échange.