Pourquoi ai-je l'impression de tout gérer seul(e) avec les enfants ?

Les enfants viennent de s’endormir. Dans la cuisine encore en désordre, vous pensez au pique-nique de vendredi, au rendez-vous chez le pédiatre à programmer, au mail à envoyer à la maîtresse, au cadeau d’anniversaire à acheter pour son copain d’école… Votre partenaire est dans la pièce d’à côté, en train de regarder une série. Bien que vous habitiez et éleviez vos enfants ensemble, vous vous sentez très seul(e).

Justement, vous n’êtes pas seul(e) dans cette situation. Beaucoup de parents la vivent. Selon une étude Kantar publiée en 2025, 67 % des femmes en France souffrent de solitude après la naissance de leur dernier enfant, majoritairement à cause de la fatigue (76 %), alors même que huit répondantes sur dix vivent en couple. D'où vient ce sentiment de solitude parentale, qui peut toucher aussi bien les mères que les pères ? Et surtout, comment y remédier ?

Ne pas mettre la barre trop haut

Dans Le Journal des Femmes, Nathalie Lancelin-Huin, psychologue, rappelle qu'être parent demande de l'énergie, à cause de la fatigue physique et de l'implication émotionnelle que cela suppose. Ne négligez pas non plus la pression de la société "qui va de plus en plus vite" et celle des réseaux sociaux, où circulent des images idéalisées de la parentalité. "Il y a donc le stress de pouvoir tout faire, et bien, sauf que c'est difficile voire impossible, d'être parfaite en tout point", résume-t-elle.

Apprenez à ne pas être parfait en prenant vos distances avec cette "image qu'on se fait d'une bonne mère" ou d'un bon père. "On peut faire les choses suffisamment bien, même si elles ne sont pas parfaites", considère Nathalie Lancelin-Huin. Si un jeudi soir, après votre journée de travail et la réunion parents-professeurs, vous n’avez pas le temps de cuisiner, n’ayez aucune honte à ouvrir une boîte de conserve.

Pour alléger la pression au quotidien, Anne-Sophie et Fanny Lesage, spécialistes en développement personnel et auteures de Balance ta cape, recommandent dans Femme Actuelle de se répéter des phrases comme "je fais ce que je peux". Réaliser un tableau d'inspiration avec des citations bienveillantes encourage à relativiser.

Apprendre à déléguer et demander de l'aide

Selon l'étude Kantar, 62 % des répondantes se sentent seules en raison de leur charge mentale. Dans son mémoire sur les défis parentaux, Cécile Chauveau, psychologue clinicienne, explique que cette impression découle du "sentiment d'être seule à porter la responsabilité éducative, d'être seule dans le quotidien à gérer les enfants ou d'être seule à gérer les émotions négatives". Ce manque de soutien émotionnel est prégnant : selon le même sondage, 39 % des femmes interrogées disent le ressentir.

Pour Cécile Chauveau, l'autre parent doit pouvoir trouver "sa juste place" auprès des enfants. Celui qui a l'impression de tout porter seul doit "accepter que l'autre ne soit pas exactement le parent (…) que l'on aurait aimé qu'il soit". Pour pouvoir faire équipe, il faut apprendre à déléguer. Lorsque votre partenaire a fini de passer l’aspirateur ou de repasser le linge, et que le résultat ne vous convainc qu’à moitié, évitez les petites phrases comme "Si c'est pour repasser derrière, autant que je le fasse", notent Anne-Sophie et Fanny Lesage.

Les deux sœurs conseillent également d'instaurer régulièrement un conseil de famille pour répartir les tâches au sein de la maison. Les enfants peuvent aussi participer, par exemple en faisant leur lit, en rangeant leur chambre ou en promenant le chien. Un calendrier partagé, accessible à tous, facilite l'organisation familiale.

S'il est difficile de compter sur l'autre parent, ne culpabilisez surtout pas à demander une aide extérieure. Vos parents ou vos beaux-parents peuvent prendre le relais le mercredi après-midi pour emmener votre petit dernier à son cours de tennis, par exemple. Vous pouvez aussi demander à un autre parent s'il peut emmener votre enfant en même temps que le sien.

Bien communiquer pour s'alléger

Exprimer ce que l'on ressent permet de se soulager et de trouver des solutions. Nathalie Lancelin-Huin invite les parents à communiquer avec le reste de la famille. Dans un conseil tenu toutes les deux semaines, "chacun pourra s'exprimer librement, dire ce qui lui convient, ce qu'il voudrait qui change".

Un avis partagé par Sonali Gupta, psychologue clinicienne et mère d'une adolescente, sur le site de l'Unicef. "Ma famille et moi avons décidé de parler ouvertement de ce que nous ressentons, par exemple, si l'un de nous est dépassé ou surchargé", confie-t-elle. Tous ensemble, vous pouvez réfléchir au meilleur moyen de vous alléger en identifiant vos besoins, vos envies et les priorités. Nathalie Lancelin-Huin conseille d'établir une liste avec plusieurs colonnes afin de voir ce qui peut être modifié, annulé ou programmé une autre fois.

Interrogée par l'Unicef, la docteure Hina Talib, pédiatre et médecin spécialiste des adolescents, recommande aux parents débordés de faire preuve de transparence au travail. Pour cette experte, il est essentiel "de savoir demander de l'aide à notre entourage quand on a besoin, à la maison, au travail (…)". Pour concilier plus facilement carrière et vie familiale, un mi-temps peut être envisagé, par exemple.

Prendre soin de soi pour récupérer

Ralentir, souffler, prendre du temps pour soi… Ces pauses sont essentielles pour prévenir l'épuisement parental et le burn-out, il est indispensable de s'octroyer des pauses bien méritées. Méditer, écouter des sons apaisants, lire, marcher… autant d'activités simples qui permettent de recharger ses batteries.

"Faites preuve de bienveillance envers vous-même", conseille Sonali Gupta. Peu importe que vous ayez du repassage ou du ménage à rattraper, prendre soin de soi est nécessaire. Sur le site de l'Unicef, Lisa Damour, psychologue clinicienne et mère d'une adolescente, explique que pour elle "profiter au maximum des moments où [elle est] seule, au calme" reste salvateur. Ne cherchez pas à rentabiliser votre temps en faisant plusieurs choses à la fois. Lorsque vous êtes tranquillement dans la buanderie en train de plier le linge, ne téléphonez pas à vos amis. Savourez les moments sans bruit.

Nos trois conseils

Trouver quelqu'un à qui parler

Conseil Aidodarons 1/3

Si vous ressentez une solitude parentale et ne trouvez aucune oreille attentive, n'hésitez pas à consulter un psychologue. En cas de grande détresse, rendez-vous aux urgences psychiatriques.

De bonnes nuits de sommeil

Conseil Aidodarons 2/3

Même si la tentation de profiter de vos soirées est forte, profitez du coucher précoce des enfants pour vous reposer. Des nuits réparatrices permettent d'avoir les idées plus claires et d'être plus patient(e) avec les enfants.

Mettre le téléphone en sourdine

Conseil Aidodarons 3/3

Pour prendre de la distance avec les réseaux sociaux et réduire le temps passé sur le téléphone, si chronophage, limitez son utilisation et mettez-le en sourdine lorsque c'est possible.

 

Émilie Cartier est rédactrice depuis plus de sept ans. Elle crée des articles pour divers médias comme TF1 ou Maison à part. Spécialiste de la décoration intérieure, elle écrit également sur la parentalité, notamment pour Aidodarons, mais aussi sur la psychologie, le bien-être et les nouvelles tendances.