Pourquoi mon enfant dramatise tout ?
Quel parent n'a jamais entendu ces phrases d'enfant teintées de catastrophisme : "c'est la pire journée de ma vie !" ou "personne ne m'aime ! ou "tout est fichu…" ? La réaction semble complètement disproportionnée pour une dispute dans la cour de récré, un devoir raté ou une activité annulée. Faut-il y voir une simple exagération émotive, un tempérament particulièrement sensible ou un signe d'inquiétude plus profonde ? Dans la plupart des cas, la dramatisation fait partie du développement normal de l'enfant, mais certaines situations méritent un regard plus attentif.
Dramatiser est un comportement normal chez l'enfant
Avant d'y voir un problème, rappelons que les enfants et les ados dramatisent vite et que c'est normal. Une dispute avec un camarade, une rupture amoureuse, une remarque d'un adulte ou un exercice difficile peuvent en effet provoquer des réactions très intenses, amplifiées par leur imagination. L'enfant ne perçoit pas la disproportion comme l'adulte et ne parvient pas à relativiser, simplement car son développement émotionnel n'est pas encore abouti. Comme l'explique Taylor Snowden, neuroscientifique canadienne, la régulation émotionnelle se développe progressivement jusqu'au début de l'âge adulte. Autrement dit, cet épisode n'est pas le dernier !
Lorsque l'événement banal est vécu comme une vraie catastrophe, mieux vaut éviter de minimiser et de tenter de balayer l'émotion d'un "ce n'est pas grave", "tu exagères" ou "tu en verras d'autres". L'enfant n'y verrait que votre incompréhension de son ressenti et risquerait de s'engluer dans son émotion négative, surtout à l'adolescence, rappelle l'UNICEF. Au contraire, veillez à reconnaître l'émotion sans tomber dans le piège de la dramatisation à votre tour, avec une phrase comme "je vois que tu es vraiment contrarié, on va analyser ensemble ce qui s'est passé et voir comment on peut l'arranger." Écoutez-le sans l'interrompre, montrez de l'empathie ("je comprends ce que tu ressens") et n'hésitez pas à confier votre propre expérience ("moi aussi, j'ai vécu ça et voilà comment ça s'est arrangé"). Au fil de la discussion, aidez-le à remettre la situation dans une perspective réaliste.
N'oubliez pas que, dans la plupart des cas, il s'agit d'un débordement émotionnel ordinaire, sans trouble du développement.
Certains enfants vivent tout plus intensément et dramatisent davantage
Traduction française du terme américain "high sensitive person" qui signifie "personne à la sensibilité élevée", l'hypersensibilité peut aussi expliquer une dramatisation exacerbée chez l'enfant. Loin d'être une pathologie, comme le rappelle Nathalie Clobert, psychologue clinicienne interviewée par France Inter, ce trait de personnalité serait inné chez 20 à 30 % de la population. Il se manifeste dès l'enfance. Selon cette spécialiste de l'hypersensibilité, "une chose anodine pour les autres va être plus saillante pour une personne hypersensible." Ainsi, ce n'est pas une comédie, votre enfant ressent réellement plus fort que les autres, parfois au-delà de la réalité. Une simple remarque scolaire sur un exercice inachevé ou un petit conflit d'enfants suffit à provoquer un drame !
L'enfant ou l'ado très sensible a donc d'autant plus besoin de verbaliser ses émotions avec son parent, recommande La Maison des Maternelles. Outre la discussion, vous pouvez l'encourager à exprimer ses émotions autrement, par l'art ou le sport, afin d'apprendre à mieux les gérer. Dans ce cas particulier, veillez à être dans l'écoute et à ne pas tenter de minimiser abruptement lorsque vous aidez votre enfant à distinguer son ressenti de la réalité. On évite donc les formules toutes faites comme "tu es trop sensible" ou "tu en fais tout un plat", car elles sont contre-productives.
L'enfant peut dramatiser pour capter l'attention des parents
Cette amplification émotionnelle remplit aussi une fonction relationnelle. Elle permet à l'enfant d'attirer votre attention pour chercher du soutien ou du réconfort. S'il ne transforme pas la banalité en drame, il a l'impression qu'il ne sera pas écouté et que seule l'amplification démesurée obtiendra le retour escompté. Il n'y a pas d'intention manipulatrice de sa part, mais il a observé que les adultes réagissent plus vite lorsque la situation est grave et il utilise ce qui fonctionne. Ce comportement excessif peut donc traduire un besoin accru d'attention ou de réassurance, voire parfois une faible estime de soi, selon Elena Goutard, coach et thérapeute familiale. On retrouve le même mécanisme chez l'enfant qui fait des bêtises ou un maximum de vacarme pour capter l'attention des adultes.
Pour éviter d'encourager ce comportement, montrez-vous disponible pour écouter l'enfant aussi souvent que possible. Il apprendra ainsi qu'il n'a pas besoin d'amplifier les faits pour que vous lui prêtiez une oreille attentive. Repérez également si d'autres personnes se comportent de la sorte dans son entourage, car l'enfant peut aussi agir par mimétisme. Lorsqu'il est encouragé, volontairement ou non, ce comportement peut s'installer durablement.
Quand la dramatisation peut révéler une anxiété chez l'enfant
Dans un cas plus extrême, la dramatisation vire au catastrophisme. Selon Benjamin Getenet, psychologue, ce terme "désigne la tendance à amplifier un élément négatif de faible importance pour y greffer toute une série de désastres imaginés". L'enfant imagine le pire et anticipe des conséquences extrêmes. Pour lui, une mauvaise note signifie un échec scolaire, une dispute avec un camarade lui fait croire que plus personne ne voudra être son ami, une rupture amoureuse à l'adolescence lui promet la solitude pour la vie, etc.
Lorsque ces pensées automatiques et incontrôlables se répètent, l'anxiété n'est pas loin. Les symptômes somatiques apparaissent et l'entourage perd patience, avec un impact négatif sur l'estime et la confiance en soi de l'enfant. Par anticipation, "il est envahi par des sentiments négatifs, et affirme « qu'il va tout rater », ou « qu'il est nul… ». Du coup, il lui arrive exactement ce qu'il craignait : il ne réussit pas bien", explique Sarah Bydlowski, pédopsychiatre et chercheuse à l'INSERM. Elle rappelle que, bien souvent, un enfant anxieux a un parent anxieux et qu'il agit par mimétisme.
Dans ce cas, la spécialiste conseille de rappeler à l'enfant "que l'important c'est de participer, de montrer ce qu'on sait, de s'amuser, et que ce n'est pas tant le résultat qui compte que le fait de faire ce qu'on peut. Dites-lui que vous l'aimez, quel que soit le résultat". Amenez-le doucement à rationaliser son inquiétude, toujours par l'écoute, la compréhension du ressenti et des solutions pratiques faciles à mettre en œuvre. Apprenez-lui aussi à se détendre par des activités agréables et distrayantes : sport, cuisine, musique, dessin… Si la dramatisation devient extrême et impossible à contrôler, n'hésitez pas à faire appel à un professionnel de santé.
3 conseils complémentaires pour aider l'enfant à moins dramatiser
Distinguer les faits de l’interprétation
Conseil Aidodarons 1/3
Quand votre enfant dramatise, demandez-lui d’abord ce qui s’est réellement passé, puis ce qu’il en a pensé. Cette distinction l’aide progressivement à comprendre que l’émotion et la réalité ne racontent pas toujours la même histoire.
Poser la question "et après ?"
Conseil Aidodarons 2/3
S'il imagine une catastrophe, invitez-le à réfléchir à la suite ("et après, qu’est-ce qui pourrait se passer ?") pour qu'il voie que les situations évoluent et que les problèmes ne sont pas définitifs.
Utiliser une échelle pour relativiser
Conseil Aidodarons 3/3
Proposez à votre enfant de situer son problème sur une échelle de 1 à 10. En comparant différentes situations, il pourra hiérarchiser les difficultés et comprendre que toutes les contrariétés n’ont pas la même importance.