Pourquoi mon enfant ne supporte-t-il pas de perdre ?
Quel parent n'a jamais vu son enfant crier, partir bouder ou envoyer valser le jeu parce qu'il a perdu ? C'est ce qu'on appelle un "mauvais perdant" ou un "mauvais joueur". Derrière ces réactions parfois spectaculaires se cache un apprentissage essentiel : celui de la frustration et de la défaite. Aidodarons décrypte ce comportement et propose des pistes pour aider l’enfant à mieux gérer ses émotions.
À quoi sert le jeu ?
Le jeu est un vecteur d'apprentissage utilisé par les enfants humains, mais aussi par les animaux, pour développer des compétences d'analyse, de raisonnement, de motricité fine, de coopération… Il est volontiers intégré aux pratiques pédagogiques dans les salles de classe et même dans les formations professionnelles, apprend-on dans l'article de la Délégation régionale académique au numérique éducatif (DRANE). Au quotidien, le jeu sert donc autant de support d'apprentissage que de loisir agréable promettant de partager un bon moment en famille. À condition qu'il ne se termine pas en tempête émotionnelle…
D'où vient ce rejet de l'échec au jeu chez l'enfant ?
Avant 5-6 ans, il est normal que le jeu génère une émotion intense, explique Rachida Raynaud, psychologue interviewée par le Journal des Femmes. Les enfants "ont encore un sentiment de toute-puissance [et] font l'apprentissage de la frustration". Lors du jeu, ils apprennent progressivement à canaliser leurs émotions et à accepter de participer sans gagner. Selon la spécialiste, ce stade de développement est plus long à acquérir chez certains enfants parce qu'ils ont manqué d'accompagnement dans leur gestion de la déception. Il peut même se prolonger durablement tout au long de la vie, avec des effets néfastes sur leurs relations, car qui a réellement envie de rejouer avec un mauvais perdant ? La solution : les entraîner patiemment à perdre avec fair-play.
Au-delà, l'enfant est en pleine construction de soi. Sophrologue spécialiste des troubles du développement de l'enfant, Séverine Thioux précise que le simple fait de perdre la partie peut remettre en question son estime de soi. "Il s'associe à la défaite, c'est donc lui qui est nul". Cela peut aussi révéler une anxiété de performance. L'enfant veut réussir à tout prix par peur de l'échec, quitte à envoyer valser le plateau de jeu et à gâcher le moment en cas de défaite.
Autre raison, et non des moindres, les enfants apprennent par mimétisme. N'êtes-vous pas vous-même un mauvais perdant ? Il est probable que votre enfant reproduise simplement le comportement de son parent, suppose Nadia Gagnier, psychologue québécoise, une théorie partagée par Rachida Raynaud. S'il vous voit vous emporter et accuser les autres joueurs de votre défaite ou être compétitif au quotidien, il y a de fortes chances qu'il vous imite. D'autant plus que la compétition est valorisée dans la société occidentale moderne, bien davantage que la coopération.
Faut-il laisser gagner l'enfant mauvais perdant ?
Il est tentant, pour éviter la crise et préserver sa confiance en lui, de laisser l'enfant gagner. Bien que l'intention soit bonne, ce n'est pas vraiment lui rendre service, met en garde Rachida Raynaud. En effet, ce n'est pas en gagnant systématiquement que l'enfant va apprendre à perdre et à apprécier participer sans victoire garantie. Elle recommande plutôt de laisser l'enfant gagner de temps en temps, car il "doit avoir des expériences positives, le souvenir d'avoir gagné". Sans cela, il risque de ne plus avoir envie de jouer ou d'exploser de manière de plus en plus spectaculaire au fil des défaites.
Comment réagir en cas de crise de l'enfant qui perd au jeu ?
Si vous gagnez face à votre enfant, il faut avant tout éviter de surjouer votre victoire, comme le conseille La Maison des Maternelles. Vous risqueriez d'aggraver inutilement sa frustration, sa déception et ses gestes colériques.
Par ailleurs, il sera important de débriefer la fin de partie explosive, mais pas sur le moment. Il vaut mieux laisser l'enfant se calmer et revenir sur le sujet plus tard pour en discuter de manière apaisée. Vous pourrez alors lui demander pourquoi il a réagi ainsi, de nommer ses émotions et d'expliquer comment il aurait aimé jouer différemment. Ce sera l'occasion d'une nouvelle partie, plus apaisée.
Comment apprendre à l'enfant à perdre avec le sourire ?
La patience est le maître-mot. L'enfant doit apprendre à gérer ses émotions, à renoncer au plaisir de la victoire lorsqu'il perd, et cela prend du temps. Pour cela, commencez par adapter le jeu à ses capacités cognitives réelles. Rachida Raynaud conseille de vérifier l'âge requis sur la boîte du jeu. C'est un bon indicateur. Cela ne veut pas dire qu'il faut renoncer aux jeux dédiés aux enfants de 6-7 ans lorsqu'il aura 8 ans. Au contraire, alterner la difficulté de jeu permet à l'enfant d'obtenir régulièrement une victoire facile qui lui donne confiance. Et si les règles sont trop compliquées, il n'est pas interdit de les simplifier un peu, personne ne vous en tiendra rigueur ! Progressivement, vous pourrez ensuite augmenter la difficulté.
Si vous jouez à un nouveau jeu, "il faut vraiment prendre bien le temps de l'explication de la règle, bien redire ce qu'il faut faire pour gagner, qu'il y aura un/des perdants. On va aussi essayer d'amener dans ces règles, les comportements qui ne sont pas acceptables, par exemple jeter, taper", ajoute la spécialiste. On évite aussi de parler de "gagnant" et de "perdant" en favorisant plutôt le terme neutre de "joueur".
Si votre enfant est très compétitif et sensible à la défaite, proposez-lui une alternative : le jeu coopératif. Dans ce dernier, les joueurs ne sont plus en compétition, ils doivent s'entraider pour gagner ensemble. Selon Séverine Thioux, ce type de jeu "réduit la pression de gagner ou de perdre. Ils sont particulièrement adaptés aux enfants car ils favorisent des compétences comme la communication, l'entraide et la résolution de problèmes." On pense notamment aux escape games, à jouer à la maison ou dans une salle dédiée.
Rappelez toujours que le jeu est un moment agréable à partager et que le simple plaisir de jouer doit suffire, que la victoire n'est pas une fin en soi.
Pensez enfin à donner l'exemple en adoptant vous-même une attitude fair-play en cas de défaite au jeu et, plus largement, au quotidien. Votre enfant sera plus enclin à vous imiter et à perdre avec le sourire que s'il vous voit vous emporter dès que vous êtes confronté à l'échec.
3 conseils complémentaires pour accompagner un enfant mauvais perdant
Valoriser les actions de jeu
Conseil Aidodarons 1/3
Même si votre enfant a perdu, mettez en avant ses actions positives (un pion bien placé au bon moment, par exemple) pour lui montrer qu'il a tout de même bien joué et l'inciter à recommencer.
Ne pas balayer les émotions de l'enfant
Conseil Aidodarons 2/3
Expliquez à votre enfant que vous comprenez sa déception d'avoir perdu, qu'elle est naturelle. En reconnaissant son émotion négative, vous diminuez son pouvoir explosif, car votre enfant se sent compris et s'apaise.
Savoir mettre fin au jeu
Conseil Aidodarons 3/3
Lorsque l'amusement n'est plus au rendez-vous, n'hésitez pas à arrêter le jeu et à passer à autre chose pour éviter qu'il ne finisse par une crise.