Le silence devient pesant dans la voiture. Pourtant, il n'y a pas si longtemps, votre enfant vous racontait avec enthousiasme sa journée à l'école. Depuis quelque temps, il préfère regarder le paysage… Quant à son aîné, ce n'est guère mieux : désormais adolescent, il se confie surtout à ses amis.
Cela peut traduire un besoin d’autonomie, le désir de préserver son jardin secret ou un manque de confiance en vous. Toujours est-il que ces moments de partage vous manquent. Vous aimeriez retrouver vos moments de complicité lorsqu'ils vous racontaient leurs petites histoires. Voici quelques conseils pour renouer le dialogue en douceur.
Votre enfant passe peut-être plus de temps à discuter avec ses amis, avec qui il partage des passions, qu'avec vous. Pour retrouver une complicité, la clé peut être d’entrer dans son univers. C'est ce que conseille Maude Allais, coach spécialiste des émotions parent-enfant, sur son site Mère…Credi.
Intéressez-vous à ce que votre progéniture aime. Tant pis si vous n'appréciez pas spécialement les jeux vidéo, l'équitation, les dinosaures ou la K-pop. L'idée consiste à valoriser ses passions en posant des questions et en ouvrant la discussion sur le sujet. Si vous ne connaissez pas vraiment les centres d'intérêt actuels de votre enfant, posez-lui "une question d'intérêt sincère (…) sur ce qu'il aime en ce moment". Ne portez pas de jugement même si vous ne comprenez pas forcément son attrait pour le manga One Piece, Star Wars ou les chanteurs Bigflo et Oli.
Pour faciliter la parole, la situation doit s'y prêter. Sur son site, la psychopraticienne Pascaline Thilloy propose aux parents de "créer des opportunités d'être ensemble sans pression". Lors d’un trajet en voiture ou lorsque vous regardez un film côte à côte, cela peut être plus facile pour retisser le lien. "Ce sont des moments où la conversation peut émerger naturellement (…)", souligne-t-elle.
Partager une activité sans chercher à le faire parler est souvent la meilleure façon de retisser le lien. Si jamais votre enfant s'ouvre à vous pendant un moment partagé, Suzanne Vallières, psychologue et auteure de la collection "Les psy-trucs", conseille aux parents de ne pas démarrer au quart de tour. "(…) Il est essentiel de prendre le temps de recevoir les informations et de vous exprimer avec bienveillance (…) même si vous êtes en désaccord avec certains de ses propos", explique-t-elle sur le site de la Fondation Jeunes en tête.
Prêtez une attention réelle à ce qu’il dit, en évitant toute réaction excessive ou réprimande. Ne minimisez pas ses problèmes. Par exemple, s'il n'apprécie pas un professeur qui l'a pris à partie devant toute la classe, ne lui conseillez pas de faire profil bas parce qu'il faut obéir aux adultes. Dites-lui "Je comprends que tu te sentes en colère" ou "Je vois que ça te rend triste". Proposez-lui de trouver ensemble une solution pour arranger la situation.
Encore hier, votre enfant vous prenait pour son pote. Aujourd'hui, la communication est devenue plus difficile, peut-être à cause d'une perte de confiance. Suzanne Vallières rappelle que le respect de la confidentialité est primordial. Si votre enfant vous a confié qu'il était amoureux, ou un autre secret mineur, ne le dévoilez pas à l'autre parent, et encore moins au reste de la famille. Cela reviendrait à trahir sa confiance.
Votre enfant "doit se sentir en totale sécurité émotionnelle", considère Pascaline Thilloy. Concrètement, montrez-vous disponible et apte à accueillir ses émotions (colère, tristesse, peur…). Si votre progéniture n'est pas prête à vous parler, laissez-lui une porte ouverte : "Si un jour tu veux parler, je suis là. Je suis dispo. Tu peux venir me voir à n'importe quel moment".
Le recours à la communication non violente peut être très utile si votre enfant se sent agressé dès que vous ouvrez la bouche. Pour qu'il ait envie de vous parler, observez sans émettre de jugement. Par exemple, dites-lui : "Je remarque que tu passes beaucoup de temps sur ton téléphone", plutôt que "Tu es toujours sur son téléphone".
Nommez ce que vous ressentez ("Je me sens inquiet quand je te vois isolé") et n'ayez pas peur d'exprimer votre envie ("J'ai besoin de me sentir connecté à toi"). Concluez avec une demande claire : "Serait-il possible de passer un moment ensemble ce soir ?". Proposez-lui par exemple de regarder ensemble un épisode de sa série préférée.
De manière générale, utilisez le "je" au lieu du "tu". Une approche trop frontale (par exemple : "Tu ne parles jamais, qu'est-ce qui ne va pas avec toi ?") risque de le braquer. À la place, Pascaline Thilloy conseille aux parents de faire preuve de douceur. Dites simplement "Je me sens un peu inquiète en ce moment, je me demande ce que tu vis. J'aimerais comprendre ce qui se passe pour toi".