Règles parentales : les grands-parents peuvent-ils les contredire ?
En France, on compte plus de 15 millions de grands-parents, selon l'Insee. D'après le baromètre 2025 réalisé par le site Grand-Mercredi, 44,5 % d'entre eux voient leurs petits-enfants plusieurs fois par mois, et plus de la moitié (54,6 %) les gardent régulièrement pendant les vacances scolaires.
Très présents dans la vie familiale, ils constituent souvent un soutien précieux pour les parents. Pourtant, des tensions peuvent apparaître, surtout quand les règles de la maison sont remises en question. Par exemple, faut-il laisser passer si un grand-parent autorise les écrans alors qu’ils sont interdits chez soi ?
Des tensions inévitables entre générations ?
Les grands-parents semblent être sur tous les fronts. Selon le même sondage, les balades et les sorties en plein air sont légion (88,2 %), ainsi que les jeux de société (81,8 %), les loisirs manuels et créatifs (69,5 %), tandis que 36,2 % aident aux devoirs. Mais au-delà des activités, un véritable lien affectif se crée : 93,8 % des personnes interrogées parlent de leur propre enfance à leurs descendants et 96,7 % transmettent leur tradition familiale. La psychologue Vittoria Cesari Lusso, elle-même grand-mère, raconte cette relation dans son livre Parents et grands-parents : rivaux ou alliés ? "Nous, grands-mères et grands-pères, parlons avec fierté de nos petits-enfants", écrit-elle.
Pourtant certains parents peuvent néanmoins leur en vouloir. "Cela ne les empêche pas, parfois, d'être envahis par des bouffées d'irritation envers ceux qui les ont mis au monde – pour diverses raisons : malentendus, désaccords, divergences de valeurs, angoisses ou peurs qui nous habitent, etc.", continue-t-elle.
Elle distingue les grands-parents qui ne se mêlent pas de l'éducation de leurs petits-enfants des autres, persuadés de mieux savoir ou qui appliquent leurs propres règles, une fois seuls avec eux. Ceux-là touchent, selon elle, à la "question du respect des rôles et du sentiment d'identité parentale".
Jouer les seconds rôles
Habitués à être sollicités, les grands-parents peuvent se sentir perdus sur le rôle qu'ils doivent jouer auprès de leurs petits-enfants . Interrogée par Le Monde, Régine Florin, présidente de l'École des grands-parents européens (EGPE), explique que les papys et les mamies ne doivent en aucun cas se substituer aux parents qui représentent "l'autorité suprême".
Par exemple, ils n'ont pas à acheter un vêtement ou un portable à leur petite-fille ou à leur petit-fils sans la validation des parents. "Cela n'empêche pas de proposer aux parents d'emmener les petits-enfants dans une boutique pour un petit cadeau. Mais on ne s'immisce pas dans les choix éducatifs", résume-t-elle.
Dans le même média, Marie-Claude Mietkiewicz, enseignante-chercheuse en psychologie, tranche la question : "Les grands-parents sont en seconde posture donc ce n'est pas à eux de décider (…). Ils n'ont pas à tenir les rênes". En revanche, si une situation est grave, comme de la négligence ou des violences intrafamiliales, ils ont le devoir d'intervenir.
Bien communiquer et être souple
Vous avez peut-être eu une discussion un peu animée avec votre propre mère ou votre père en apprenant qu'ils avaient autorisé vos enfants à se coucher tard pendant toutes les vacances ou à manger plus de sucreries que d'habitude.
Pour Philippe Jaffé, psychologue clinicien spécialisé dans le domaine des droits de l'enfant, il ne faut pas attendre que la situation devienne critique. Dans Le Temps, il invite les familles à communiquer efficacement, lorsque tout le monde est calme : "Ce dialogue intergénérationnel doit se faire dans la durée et pas simplement à des moments un peu névralgiques". Expliquez posément vos règles en demandant aux grands-parents de les respecter en dehors de la maison.
Il est essentiel de s'accorder "sur un ensemble de valeurs fondamentales", estime Vittoria Cesari Lusso. Mettez-les à jour régulièrement au fur et à mesure que les enfants grandissent. Par exemple, cela peut concerner les horaires de coucher, l'utilisation des appareils numériques, le fait de sortir seul avec des amis, etc. En cas de divergences, les enfants sont tentés de faire à leur guise, estime la psychologue.
Pour préserver une bonne entente, il est aussi préférable de faire preuve de souplesse. "(…) Les grands-parents doivent apprendre à 'mettre de l'eau dans leur vin' et reconnaître que, dans les faits, les parents sont les premiers responsables de leurs enfants", estime Philippe Jaffé. De leur côté, les parents peuvent se montrer flexibles. Si votre enfant a pris l'habitude de regarder un dessin animé supplémentaire, ce n'est pas forcément très grave.
Nos trois conseils
Fixer un cadre en amont
Conseil Aidodarons 1/3
Avant que votre enfant ne soit adolescent, fixez un cadre et faites-en part à la famille en faisant preuve de clarté (par exemple, pas de dessin animé le matin au réveil). Philippe Jaffé recommande de s'y prendre très tôt, si possible dès le projet de parentalité.
Une écoute bienveillante
Conseil Aidodarons 2/3
Les papys et les mamies qui se sentent perdus dans leur rôle peuvent aussi demander conseil. L'École des grands-parents européens propose une ligne d'écoute, Allo Grands-parents (01 45 44 34 93).
Accepter les écarts exceptionnels
Conseil Aidodarons 3/3
Tant que les règles essentielles des parents sont respectées, un petit écart occasionnel, comme un dessert supplémentaire ou une heure de coucher repoussée, n'est pas problématique s'il reste exceptionnel.