Avant chaque entraînement, même scénario : votre enfant se plaint de maux de ventre. À la maison, ce n'est guère mieux. Il évoque sans cesse sa prochaine compétition, toujours très anxieux. Certains soirs, il peine à trouver le sommeil, hanté par la peur d'échouer.
Au départ, l'escrime était un moyen pour lui de s'amuser, d'améliorer sa concentration et de rencontrer de nouveaux camarades. Mais, au fil des semaines, cette activité censée être source de plaisir a pris une place prépondérante dans sa vie.
Que ce soit un sport, un instrument de musique ou une discipline artistique, comment faire pour que votre enfant s'épanouisse sans se mettre trop la pression ?
Avant une performance, il est normal que votre enfant ait les mains moites, l'appétit coupé ou que son cœur s'emballe. Si le stress fait partie du jeu, en revanche, il faut veiller à ce qu'il disparaisse une fois passée l'échéance.
De façon durable, le plaisir peut laisser place à l’enjeu ; l’enfant ne joue plus vraiment, mais à en tête de performer, que ce soit pour remporter une médaille, un trophée ou une autre récompense promise par sa famille. Dans Psychology Today, la docteure Candida Fink, pédopsychiatre, explique que les enfants ne sont pas aptes, sur le plan du développement, à affronter ce système qui “désigne des gagnants et des perdants dans une compétition”.
Coécrit par Véronique Boudreault, professeure d'université, psychologue clinicienne et consultante en performance mentale, un article publié sur le site de la Fondation Jeunes en tête souligne qu'une pression constante et excessive n'est pas sans risque. Elle peut nuire au bien-être, notamment en entraînant "fatigue, troubles du sommeil, baisse de la motivation, augmentation du risque de blessures". C'est un cercle vicieux : les blessures, comme les changements d'équipes, créent de l'incertitude, ce qui déstabilise l'enfant et lui génère du stress.
Lorsque les exigences de résultats sont trop élevées par rapport aux capacités, l'anxiété prend souvent le pas sur le plaisir. Peut-être l'avez-vous remarqué : votre enfant traîne des pieds et somatise avant d’aller à l’entraînement.
Certains jeunes craignent de décevoir leurs parents, qui souhaitent parfois rentabiliser leur investissement financier. "Il a peur de rater, de décevoir, mais aussi de perdre l'amour de ses parents (…)", résume le pédopsychiatre Stéphane Clerget dans Ouest-France.
Des enfants deviennent performants pour répondre aux attentes élevées de leurs parents atteints du syndrome de réussite par procuration. Ces derniers désirent que leurs enfants les surpassent dans une discipline qu’ils ont eux-même déjà pratiquée, notamment dans un esprit de revanche. Dans Télérama, la psychologue clinicienne Aline Nativel Id Hammou, auteure de La charge mentale des enfants, constate que “certains veulent le meilleur pour l’enfant et ne perçoivent pas les activités comme une difficulté”. Dans la majorité des cas, ils sont restés sourds lorsque leur enfant leur a dit que l’organisation ou l’activité ne lui convenait pas, regrette-t-elle.
En pleine construction, les jeunes, soucieux de faire plaisir, s’adaptent, s’investissent et réussissent parfois au détriment de leur propre plaisir. En plus des injonctions parentales, certains enfants sont aussi sensibles au regard des autres.
Lorsque votre enfant est rentré bredouille de sa dernière compétition, vous avez eu l'impression que sa confiance en lui était ébranlée. Et pour cause, "ne pas être sélectionné ou rater une épreuve importante peut vite devenir une vraie source d'angoisse", peut-on lire sur le site de la Fondation Jeunes en tête.
Le sport est souvent perçu comme un "facteur de valorisation sociale". Un enfant qui obtient de bons résultats gagne en prestige. À contrario, échouer peut lui faire redouter une exclusion du groupe ou une mésestime.
Pour s'en prémunir, votre progéniture peut se surinvestir dans son activité extrascolaire, quitte à s'entraîner plusieurs heures après la classe ou à contrôler son poids ou sa musculature. À force d'en faire trop, il risque de s'épuiser, de développer des troubles alimentaires ou de s'éloigner de ses amis. "À être trop là-dedans, l'enfant peut négliger ce qu'il y a autour, comme la scolarité ou ses relations sociales", résume Stéphane Clerget.
Limiter le nombre d'activités extrascolaires évite de surcharger votre enfant, mais cela ne suffit pas toujours à réduire la pression. En tant que parent, vous avez un rôle clé à jouer. Sur son compte Instagram, Marc Dugenie, psychologue et préparateur mental du jeune sportif, invite les adultes à prendre du recul sur la performance. Montrez que les résultats obtenus vous importent peu en comparaison du plaisir qu'il prend. Au lieu de lui poser les questions habituelles "as-tu gagné ?" "as-tu marqué des points ? ou "as-tu tiré des buts ?", demandez-lui s'il s'est bien amusé, à quel moment il s’est senti bien, ce qui a été le plus difficile pour lui aujourd’hui et ce qu”il aimerait faire pareil la prochaine fois.
Créez un climat positif autour des activités extrascolaires. Soulignez ce que le sport ou la musique lui apportent réellement. Peut-être a-t-il gagné en confiance depuis qu'il a commencé à apprendre à jouer du piano, a créé des amitiés en rejoignant une équipe de rugby, appris à gérer ses émotions grâce à ses cours de peinture expressive ou amélioré sa concentration depuis qu'il fait du tir à l'arc. Félicitez-le pour sa persévérance ou ses stratégies d'adaptation plutôt que pour ses résultats.
Pour booster votre progéniture, oubliez les petites phrases moralisatrices ou culpabilisantes qui font plus de mal que de bien. Véronique Boudreault invite les parents à les proscrire. Dire à votre enfant "Si tu veux être bon ou bonne, tu dois être motivé(e)", c'est lui mettre la pression. Relativisez et soufflez-lui plutôt "Je sais que tu donnes ton meilleur, même quand c'est difficile". Il verra que vous êtes sensible à ses efforts, au-delà du podium.
Même si vous avez dépensé pas mal d'argent pour sa licence et son équipement sportif, il est inutile de le lui rappeler. Évitez de dire "On fait des sacrifices pour que tu réussisses". Votre enfant se sentira coupable, sans pour autant améliorer ses performances. Enfin, le comparer à sa sœur aînée, son cousin ou ses coéquipiers ne sert à rien. Chacun est différent et progresse à son échelle.