Comment aborder les questions d'actualité avec les enfants ?
Conflits géopolitiques, attentats terroristes, narcotrafic, conséquences du dérèglement climatique, inflation, crise sociale et politique… L'actualité est brûlante et fortement anxiogène. Croire qu'elle ne touche pas les enfants et les adolescents serait une erreur. Même s'ils ne comprennent pas tout, même si vous tâchez de les en tenir éloignés, ils y sont tout de même exposés par d'autres biais qui échappent à votre contrôle (camarades, télévision, internet…). Ils peuvent alors vous poser des questions auxquelles il est difficile de répondre sans leur mentir ni accroître leur inquiétude. Aidodarons vous aide à aborder l'actualité avec les enfants le plus sereinement possible.
Comment les enfants sont-ils exposés à l'actualité ?
Au primaire, les enfants sont déjà confrontés à l'actualité, affirme Nadège Larcher, psychologue, à Bayard Jeunesse. Même s'ils ne s'y intéressent pas encore vraiment de manière volontaire et seuls, ils entendent leurs camarades en parler à leur niveau. Des questions binaires peuvent alors fuser dans la cour de récréation : "tu es pour la Russie ou pour l'Ukraine ?", "pour Israël ou pour la Palestine ?"... Ces discussions teintées de naïveté peuvent aller jusqu'à déclencher des conflits entre enfants ou adolescents en raison de leurs origines ou de leurs croyances (ou celles de leurs parents). Par exemple, l'enquête de la Fondation Jean Jaurès a noté que les actes à caractère antisémite recensés à l'école publique ont quadruplé en France après les attentats du 7 octobre 2023. Elles ne sortent pas de nulle part. Ils en ont entendu parler à la maison ou à l'extérieur lors de discussions entre adultes et dans les médias.
Si la télévision est allumée avec les chaînes d'information continue ou le journal télévisé de midi ou du soir, ils sont aussi confrontés aux images. Même chose avec la radio et ses flashes info. Et ce, même s'ils ne semblent pas y prêter attention, met en garde Anne Cordier, enseignante-chercheuse en sciences de l’information et de la communication, dans une interview accordée aux Petits Citoyens (partenaire de l'association Léo Lagrange et de l'Éducation nationale). En scrollant sur les réseaux sociaux ou en ayant accès à internet, les plus grands voient encore défiler les actualités, toutes plus anxiogènes les unes que les autres. "Aucune éducation aux images qui parviennent directement aux enfants et adolescents, sur un effleurement d’écran, [n'est désormais possible]. Les bouleversements du monde et de la société actuelle leur imposent le pire", selon Brigitte Prot, psychopédagogue interviewée par Psychologie.
Pourquoi parler de l'actualité avec les enfants ?
Si votre enfant vous pose des questions ("toi, tu veux que la Russie batte l'Ukraine ?", "pourquoi ils tuent des gens ?", "la tempête, elle va aussi casser notre maison ?"...), mieux vaut y répondre. En effet, selon Nadège Larcher, "impossible de les mettre dans une bulle, et ce n’est de toute façon pas souhaitable, car la surprotection entraîne à terme la fragilité."
Mais tous les enfants ne vont pas interroger frontalement leurs parents sur les images violentes de guerre, d'acte terroriste ou de destruction liée à un événement climatique vues dans les médias ou lors de discussions entre camarades. Certains peuvent être profondément choqués, sans en parler pour autant. Le risque : que les images refassent surface sous forme de flashes ou de cauchemars, souligne Anne Cordier. Si le comportement de votre enfant change brusquement (repli sur soi, crises d'anxiété, pleurs ou douleurs sans raison apparente…) et/ou si vous soupçonnez une exposition à un sujet d'actualité difficile, n'hésitez pas à intervenir avec douceur et bienveillance. "As-tu vu ou entendu quelque chose à la TV/radio qui t'a choqué ?" ou "Tes camarades t'ont posé une question sur la guerre/tempête ?", par exemple, sont une manière simple de l'inciter à se confier.
Comment parler de l'actualité avec son enfant ?
Il est important de le faire, mais pas n'importe comment. La discussion doit avant tout être adaptée à l'âge de votre enfant par le choix du vocabulaire et du détail. Inutile de vous lancer dans un cours magistral pour expliquer le conflit géopolitique, la crise économique ou le cyclone qui a ravagé un territoire, précise Nadège Larcher. La psychologue conseille en revanche d'employer les "vrais mots" (guerre, terroriste, ouragan, mort, famine…) et de ne pas vous "appesantir sur les aspects morbides" de l'actualité (nombre de morts…). Brigitte Prot ajoute qu'il faut éviter de les obliger à en discuter et de les brusquer. Au contraire, respectez leur besoin et montrez votre disponibilité : "si tu veux en parler, je suis là pour t'écouter et te répondre".
Dans tous les cas, veillez à valider les émotions de votre enfant ou ado. S'il se sent triste, en colère ou s'il a peur, expliquez-lui que c'est normal et soutenez-le sans le juger ni vous moquer. Rassurez-le également sur les risques qu'il pourrait encourir : le conflit est loin (montrez une carte du monde), la maison est solide, les forces de l'ordre protègent la population…
Afin de réduire encore son anxiété, aussi légitime soit-elle, terminez la conversation par une note positive. Parlez d'une autre actu plus positive ou détournez son attention vers une activité agréable : cuisine, sortie, lecture, film en famille…
Si vous vous sentez en difficulté parce que vous ne savez pas comment aborder l'actualité en question ou parce que vous ne maîtrisez pas assez le sujet, vous pouvez utiliser un média. La presse jeunesse propose plusieurs titres d'actualité pour les enfants et pour les collégiens, rappelle Anne Cordier. Elle est abordée avec un vocabulaire et une retenue adaptés à leur âge. Parmi les principaux titres, citons Le Petit Quotidien, 1 Jour 1 Actu, Journal Albert, Le Monde des Ados… Avec les ados, vous pouvez aussi effectuer des recherches ensemble sur le web en privilégiant les sources d'informations fiables comme l'Agence France Presse, la BBC…
Comment protéger son enfant des actualités anxiogènes ?
Mieux vaut prévenir que devoir gérer une crise d'anxiété ! Il ne s'agit pas d'enfermer vos enfants dans une bulle à l'abri de toute actualité angoissante (Nadège Larcher rappelle que c'est inutile et risqué), mais de préserver leur enfance.
À la maison, évitez de laisser la TV allumée sur une chaîne d'actualité continue en leur présence. Même s'ils jouent à côté, ils sont inconsciemment happés par les flashes d'images violentes et par la tonalité parfois anxiogène des journalistes. Côté internet, Brigitte Prot recommande d'encadrer leur navigation grâce au contrôle parental et/ou en surveillant les sites qu'ils visitent.
Rappelez-vous aussi que les enfants sont des "éponges émotionnelles" : ils absorbent involontairement votre propre anxiété. Si vous êtes bouleversé par une actualité violente, votre enfant le ressent. Veillez donc à mettre de la distance pour mieux préserver vos enfants. Nadège Larcher conseille aussi d'éviter d'émettre des opinions tranchées sur un fait d'actualité en leur présence.
Enfin, rappelez-lui qu'en cas de propos racistes, xénophobes, homophobes ou autres tenus à l'école, il a le droit de vous en faire part ou d'en parler à un adulte de l'équipe éducative.
3 conseils complémentaires pour parler de l'actualité avec son enfant
Accepter de ne pas avoir toutes les réponses
Conseil Aidodarons 1/3
Dire à son enfant "je ne sais pas" ou "je vais me renseigner" est plus rassurant que de donner une explication approximative. Cela montre aussi qu’on peut y réfléchir ensemble.
Observer les réactions après la discussion
Conseil Aidodarons 2/3
Votre enfant peut sembler apaisé sur le moment, puis exprimer son inquiétude plus tard. Restez attentif dans les jours qui suivent pour rouvrir le dialogue si nécessaire.
S’appuyer sur les questions de l’enfant, pas sur l’agenda de l’actualité
Conseil Aidodarons 3/3
Inutile d’aborder un sujet anxiogène s’il ne l’a pas évoqué. Partir de ses questions évite au contraire d’introduire des peurs qu’il n’avait pas formulées.