Fratrie et jalousie : comment gérer l'écart d'âge entre les enfants ?
Votre aîné demande à sortir en ville avec ses copains pour aller au cinéma, se promener ou faire du shopping et le cadet aimerait bien en faire autant sans comprendre que vous ne pouvez lui accorder la même liberté. Ou il insiste auprès du grand pour construire une énième tour en Lego alors que ce dernier ne jure que par les réseaux sociaux et ne s'intéresse plus à ce qu'il appelle des "jeux de bébé". Quand l'écart d'âge sépare la fratrie entre l'enfance et l'adolescence, les centres d'intérêt sont si différents que la cohabitation peut devenir explosive. Comment contenter les deux enfants sans que l'un se sente lésé par l'autonomie de l'autre ? Aidodarons vous donne des conseils pour réduire les tensions liées à l'écart d'âge.
Respecter les besoins différents de chaque enfant
Quand l'écart d'âge est important, les tensions apparaissent facilement et les différences de traitement sont vécues comme des injustices. L'adolescent réclame davantage d'autonomie, d'intimité et de liberté, tandis que le plus jeune cherche encore beaucoup de présence et d'interactions. Il peut avoir l'impression que “le grand a tous les droits” parce qu'il se couche plus tard, sort avec ses amis ou possède un smartphone. À l'inverse, l'adolescent peut se sentir constamment sollicité ou envahi par son petit frère ou sa petite sœur. Pour limiter les jalousies, il est donc important d'expliquer clairement que certaines libertés évoluent avec l'âge : "à 14 ans, ton frère/ta sœur peut rentrer plus tard parce qu'il/elle est plus autonome. Quand tu grandiras, tu gagneras toi aussi de nouvelles libertés."
Même dans une chambre partagée, chacun a également besoin d'un petit espace à lui : une étagère personnelle, un coin bureau, une boîte fermée ou simplement des moments où il peut rester seul au calme sans être dérangé. Ce respect des limites personnelles aide l'adolescent à ne pas vivre la présence du plus jeune comme une intrusion permanente.
Par ailleurs, accorder un temps individuel de qualité à chaque enfant est essentiel. Quelques minutes pour discuter avec l'aîné de ses centres d'intérêt ou jouer seul avec le plus jeune peuvent suffire à apaiser certaines rivalités. Un enfant qui se sent reconnu pour lui-même cherche moins à entrer en compétition avec son frère ou sa sœur, rappelle Aurélie Callet, psychologue clinicienne, à La Maison des Maternelles. Evitez aussi de chercher l'équité à tout prix (le même nombre de frites dans l'assiette, de cadeaux à Noël…), conseille-t-elle. Vous risqueriez surtout de vous épuiser et d'entretenir la compétition.
L'empathie : un moteur familial puissant contre les rivalités dans la fratrie
Plus les enfants développent leur capacité à comprendre l'autre, plus les relations entre frères et sœurs sont harmonieuses. Psychologue, chercheuse et autrice de l'ouvrage Frères et sœurs : une relation fascinante entre complicité et rivalité, Héloïse Junier a fait le constat de l'importance de l'empathie. Interrogée sur le sujet par Stéphanie d'Enclaibes, conférencière spécialiste de l'enfance (Les Adultes de Demain), elle recommande donc aux parents d'encourager et d'entretenir l'empathie et le respect mutuel entre les enfants.
Lorsqu'un conflit éclate, évitez de chercher un coupable et essayez de faire verbaliser chaque enfant devant l'autre : "qu'est-ce qui t'a énervé ? Et toi, que voulais-tu à ce moment-là ?" Le grand peut alors comprendre que le plus jeune cherche simplement à partager du temps avec lui. De son côté, le cadet apprend que son frère ou sa sœur a parfois besoin d'autonomie, de calme ou d'activités adaptées à son âge. Progressivement, ces échanges aident les enfants à développer leur empathie et à limiter certains conflits répétitifs. "Aider des enfants à résoudre un conflit suppose de ne pas prendre parti mais de les aider eux à trouver leurs propres solutions", rappelle Sandrine Donzel, psychopraticienne spécialiste de la famille.
Créer des moments de coopération entre enfants d'âges différents
Avec plusieurs années d'écart, chaque enfant évolue dans des univers très différents. La fratrie peut alors se limiter à des scènes de dispute, à des silences prolongés entre enfants et à la frustration. Pour entretenir la complicité malgré tout, Héloïse Junier conseille des activités collaboratives ritualisées (tous les week-ends par exemple) auxquelles chacun peut participer à la hauteur de ses capacités. Les enfants peuvent organiser et préparer un repas ensemble : le plus jeune prépare les ingrédients et les plats simples (salade…) tandis que le grand s'occupe du four. Côté bricolage, l'enfant peut trier les vis et peindre avant que l'adolescent assemble les éléments. Au jardin, le plus grand creuse les trous puis l'enfant plante les semis, etc. Vous pouvez aussi les encourager à organiser une soirée cinéma à la maison en choisissant chacun son film. Ces moments de partage réduisent les rivalités, car chacun se sent utile et reconnu, même si la responsabilité n'est pas la même. Ils permettent ainsi de nourrir la relation et de créer des souvenirs communs positifs.