Mon enfant est complexé par son physique : que faire ?
Votre enfant passe son temps à inspecter son visage, à se peser ou à se mesurer ? Il refuse d'être pris en photo en disant "de toute façon, je suis moche / trop gros / trop petit…" ? Ces comportements arrivent plus tôt qu'on ne l'imagine, dès l'entrée au primaire. Entre les remarques à l'école, le regard des autres et le début de la puberté, l'image de soi peut se fragiliser. Comment réagir afin d'éviter que ce qu'il perçoit comme un défaut physique ne devienne un vrai complexe ? Voici les réponses d'experts pour l'aider à avoir une meilleure image corporelle.
Les complexes physiques chez l'enfant : de quoi parle-t-on ?
Les enfants ne sont pas tendres entre eux. Dès la maternelle, les remarques peuvent fuser dans la cour de récréation : "dents de lapin !", "cheveux rouges !", "grosse barrique !"... Ces moqueries virulentes commencent à avoir un impact réel surtout durant les premières années de primaire. C'est vers 6-7 ans que l'enfant prend conscience de lui-même, observe son corps et accorde de l'importance au regard des autres. Il se compare et aimerait être comme les autres (dans la norme) ou ressembler à ceux qu'il admire (des stars du sport, de l'audiovisuel, d'internet…). Comme l'explique Joseph Content, pédopsychologue, au Journal des Femmes, "la quête de la normalité est si forte qu'elle va faire naître en lui un ou plusieurs complexes physiques qui peuvent altérer sa perception et son estime de soi" Il ajoute que "le complexe naît toujours du regard des autres".
"Mais non, tu n'es pas gros" : ce qu'il faut éviter de dire à un enfant complexé
Lorsque votre enfant vous dit qu'il est moche, gros, petit, roux, avec un gros nez ou les dents de travers, votre premier réflexe de parent est de le rassurer : "mais non, tu n'es pas…". Vous pensez alors bien faire en minimisant ou en niant son "défaut physique" (que vous ne voyez peut-être pas comme tel avec vos yeux d'adulte). Pourtant, cette bonne intention est contre-productive selon le spécialiste, car l'enfant ne se sent pas écouté et compris. Il est encore plus démuni. Par ailleurs, "il sait aussi que les parents ne sont pas objectifs, qu'ils le trouvent toujours beau. Cela ne l'aide donc pas à restaurer l'estime de soi", rappelle Virginie Piccardi, psychologue clinicienne pour enfants citée par le Huffington Post. De l'autre côté, ajoute-t-elle, il ne faut pas non plus en faire des tonnes ("oh là là, mon pauvre chéri, c'est vrai, tu n'as pas de chance"), car il risquerait alors de se sentir impuissant et encore plus mal à l'aise.
Chez les préadolescents et les adolescents, le complexe se révèle par des comportements très concrets : refus des photos, sweat porté même en pleine chaleur, retouches excessives des selfies ou longues comparaisons devant le miroir. Dans ces moments-là, évitez les moqueries ou les remarques du type "tu exagères". Même si cela peut paraître superficiel à vos yeux d'adulte, la souffrance ressentie est bien réelle pour lui.
Comment réagir face à un enfant qui a des complexes ?
Les deux experts s'accordent à dire que la meilleure solution est de prêter une oreille attentive et sans jugement aux propos de votre enfant afin de lui permettre de "verbaliser ses émotions". Cherchez d'abord à comprendre ce qu'il ressent réellement en lui demandant : "qu'est-ce qui te fait penser ça ?", "quelqu'un t'a dit quelque chose aujourd'hui ?" ou "depuis quand te sens-tu comme ça ?". Ces questions simples lui montrent que vous prenez son mal-être au sérieux. Elles lui permettent aussi de mettre des mots sur ce qu'il vit au lieu de garder ses émotions pour lui.
S'il vous révèle des moqueries à l'école, n'hésitez pas à vous rapprocher de l'équipe éducative pour les faire cesser (sans tenter de faire justice vous-même). S'il se compare à des canons de beauté sur les réseaux sociaux, à la télé ou dans les magazines, rappelez-lui que les images sont souvent retouchées et qu'elles ne correspondent pas à la réalité. Les stars qu'il admire passent aussi au maquillage et à la coiffure pour masquer leurs défauts avant d'apparaître à l'écran.
Vous pouvez également lui raconter vos propres complexes d'enfance ou d'adolescence. Pas pour prendre toute la place dans la discussion, mais pour lui montrer qu'il n'est pas seul. Un parent qui explique avoir lui aussi détesté ses lunettes, sa taille ou son appareil dentaire aide l'enfant à comprendre qu'un complexe peut évoluer avec le temps et perdre de son importance.
Si le complexe devient trop envahissant et l'empêche de vivre pleinement les activités de son âge, vous pouvez vous tourner vers un pédopsychologue.
Comment booster l'image corporelle de mon enfant ?
L'acceptation de soi prend du temps, de nombreuses années parfois. Pour accélérer le processus et l'aider à relativiser, invitez votre enfant à mettre en valeur ses qualités au lieu de se focaliser sur ce qu'il n'aime pas chez lui. Virginie Piccardi recommande aussi de lui demander "est-ce que toi, tu vois des choses à faire pour mieux t'aimer ?"
De son côté, Joseph Content conseille justement de s'appuyer sur la particularité physique qu'il voit comme un défaut pour en faire une force. Pour cela, vous pouvez chercher ensemble des personnalités qui ont la même caractéristique : une grande taille (ou au contraire une petite), un long nez, un surpoids… Votre enfant comprend alors qu'une particularité physique n'empêche ni d'être apprécié, ni de se sentir bien dans sa peau.
S'il vous demande une "remédiation corporelle" pour corriger au moyen d'un acte médical, ne refusez pas immédiatement, mais réfléchissez-y ensemble longuement. "Il faut d'abord l'aider à s'accommoder de son physique. Et lui rappeler qu'une opération, c'est douloureux, et qu'on n'est pas sûr que ça résolve son problème d'estime de soi", prévient Virginie Piccardi.
L'objectif n'est pas que votre enfant se trouve parfait ou qu'il aime chaque détail de son physique, mais d'apprendre progressivement à moins réduire sa valeur à son apparence. Un enfant qui se sent écouté, compris et soutenu développe une image de lui-même plus solide. Cette sécurité intérieure devient précieuse lorsque le regard des autres prend de plus en plus de place à l'adolescence, rappelle Sophie Braun, psychanalyste et psychothérapeute, à La Maison des Maternelles.