Pourquoi mon enfant dit-il toujours "non" et comment réagir ?
Votre enfant refuse de parler dans la voiture, de poser sur les photos de famille, d’aller à son cours de judo, de mettre la table, de lâcher son smartphone pendant le dîner… Votre enfant a peut-être une fâcheuse tendance à répondre "non" à tout.
À ne pas confondre avec le trouble oppositionnel avec provocation, répertorié par le DSM-5, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, dire "non" fait partie du développement normal de l'enfant et de l'adolescent. En soi, cela n'a rien d'alarmant. Ce comportement peut toutefois s'avérer éprouvant au quotidien, surtout pour les parents. Voici comment comprendre ce phénomène et découvrir des pistes concrètes pour accompagner votre enfant
Dire "non" pour prendre confiance en soi
Souvenez-vous de votre enfant lorsqu'il était tout petit : le "non" faisait partie de son vocabulaire favori. Interrogée sur France Inter, Sylvie Chokron, neuropsychologue et chercheuse au CNRS, rappelle que ce petit mot constitue un moyen efficace de "contrôler la situation". Il permet au jeune enfant de **prendre confiance en lui et d'imiter les adultes, eux-mêmes adeptes de la négation. Pris au dépourvu, l'enfant répond souvent par la négative, notamment en cas de contrariété ou de fatigue.
Cet automatisme ne disparaît pas avec l'âge, mais il évolue. En grandissant, les enfants sont davantage capables de mettre des mots sur leurs refus : ils expriment plus clairement leurs résistances et leur besoin d'autonomie. Une étude canadienne effectuée auprès d’enfants âgés entre 9 et 13 ans, et publiée sur MDPI, un éditeur de revues scientifiques en libre accès, “suggère que l’expression de résistance et de contestation chez les enfants (...) ne doit pas être considérée comme une forme de déviance”. Au contraire, les chercheurs en psychologie et en relations familiales y voient plutôt une occasion de “développer leurs compétences sociales et leur confiance en soi”.
Refuser pour se protéger
Le “non” est aussi fréquent chez les enfants plus grands et les adolescents anxieux, souligne Jeffrey Bernstein, psychologue clinicien spécialisé en thérapie familiale. Dans Psychology Today, il explique que dire "non" leur permet de mieux réguler leurs émotions. Au lieu de réfléchir à comment dire "oui", certains préfèrent renoncer d'emblée, même s'ils ont secrètement envie d'accepter. "Malheureusement, le refuge le plus sûr est souvent de ne rien faire", résume le spécialiste.
De son côté, la docteure Céline Lamy, pédopsychiatre, établit un lien sur son compte Instagram entre l'"explosion pubertaire" et ce "besoin de se différencier" des parents. À l'adolescence, dire "non" plusieurs fois par jour à différents adultes devient une façon de prendre de la distance et de tester les limites. Cette opposition sert aussi de protection. En s'affirmant, l'adolescent cherche à préserver son espace personnel et à limiter ce qu'il perçoit comme une intrusion parentale.
Selon le site de l’Assurance maladie, lorsque le refus est quasi constant dans la majorité des interactions à l’école et à la maison, dure plus de six mois et s’accompagne d’agressivité et de colère, on peut soupçonner un trouble oppositionnel avec provocation.
Contester, un besoin vital à respecter
Forcer votre enfant à dire "oui" est une mauvaise idée. Comme l'explique Sylvie Chokron, il est important de distinguer le vrai "non" du "non" automatique. Un vrai refus doit être respecté : ne cherchez pas à ce que votre enfant dise "oui" à tout. En revanche, un "non" automatique doit faire l'objet d'une analyse : expliquez à votre enfant qu'il ne peut pas toujours décider spontanément lorsqu'il est en pilotage automatique.
Jeffrey Bernstein recommande de ne pas forcer. Si votre enfant est anxieux à l'idée de dire "oui", apaisez ses angoisses avec des phrases comme "Je comprends, je n'aime pas non plus me sentir obligé de faire les choses". Évitez de lui mettre la pression, mais encouragez-le à devenir plus flexible et ouvert à de nouvelles expériences.
Céline Lamy met en garde contre les phrases moralisatrices du type "Moi, de mon temps, je…". L'opposition est un besoin vital, tant chez l'enfant que chez l'adolescent. Pour cette raison, il est inutile de "forcer la parole" si votre enfant n'a pas envie de s'exprimer. Avec un adolescent, vous avez toutefois le droit d'obtenir des réponses. Si le ton est monté, attendez qu'il ait retrouvé son calme pour en reparler ensemble, sereinement.
N'en faites pas une affaire personnelle
Les parents sont souvent les "premières cibles" des refus systématiques, rappelle Céline Lamy. Pour autant, il convient de ne pas se formaliser. Selon la pédopsychiatre, cette opposition n'est pas dirigée contre vous en tant que personne, mais contre le monde que vous incarnez. Ne pas en faire une affaire personnelle permet de prendre du recul et d'éviter de répondre avec agressivité, au risque d'installer une escalade des tensions à la maison.
Céline Lamy souligne la solidité du lien parent-enfant. Encore traversé par la peur de l'abandon, l'adolescent teste l'amour de son père ou de sa mère. En s'opposant constamment, il vérifie qu'il est aimé, quoi qu'il arrive. Dans ce contexte, la pédopsychiatre invite les parents à privilégier la communication non violente (CNV). Elle est aussi très utile avec les plus jeunes.
Concrètement, si votre enfant refuse de ranger sa chambre, évitez les injonctions telles que "Range ta chambre maintenant, c'est un ordre !". Ce type de discours risque de le braquer et d'alimenter une lutte de pouvoir, chronophage et épuisante pour tous. Préférez une formule comme : "Tu as envie de jouer, c’est normal. Mais il est déjà 17h30. Si tu ranges ta chambre plus tard, tu risques d’être trop fatigué et cela te prendra plus de temps". Vous pouvez lui proposer de s'occuper du rangement maintenant, afin qu'il puisse ensuite jouer tranquillement avant le dîner.
Nos trois conseils
Éviter les menaces
Conseil Aidodarons 1/3
Les phrases comme "Si tu refuses, tu seras privé de console" s'avèrent souvent contre-productives. Elles risquent d'installer un rapport de force et de générer des conflits.
Organiser des moments à deux
Conseil Aidodarons 2/3
Lorsque l'opposition de votre enfant pèse sur votre parentalité, il peut être bénéfique de planifier des moments à deux en choisissant des activités qu'il apprécie.
Se faire aider
Conseil Aidodarons 3/3
Faire face quotidiennement à l'opposition de son enfant peut conduire à un réel épuisement parental. N'attendez pas d'être à bout : n'hésitez pas à solliciter l'aide d'un psychologue pour enfants ou adolescents.