Réseaux sociaux : les interdire ou apprendre à mieux les utiliser ?

Votre ado regarde des vidéos sur YouTube, enchaîne les contenus sur TikTok, scrolle à n'en plus finir. En l'observant, vous hésitez : faut-il lui interdire l'accès aux réseaux sociaux ou le laisser faire ? Entre les deux, une troisième voie se dessine, celle d'un accompagnement parental vers un usage raisonné de ces plateformes.

Les effets contre-productifs d'une interdiction des réseaux sociaux

Une interdiction pure et simple de l'usage des réseaux sociaux devrait résoudre le problème et empêcher votre enfant de subir ses effets négatifs connus : perte d'estime de soi, isolement, sédentarité, troubles de la concentration et du sommeil, cyberharcèlement, contenus inappropriés, désinformation… Emboîtant le pas à d'autres États, la France a même voté une loi d'interdiction aux moins de 15 ans début 2026. Certains s'y plieront, mais d'autres n'hésiteront pas à contourner votre interdiction pour poursuivre leurs activités numériques en cachette. Les risques seraient alors démultipliés.

Par ailleurs, cela reviendrait à couper l'enfant d'un incontournable média de communication avec ses pairs et d'information (actualité, culture…), rappelle Anne Cordier dans l'ouvrage collectif Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ? dirigé par Serge Tisseron, éminent pédopsychiatre. La spécialiste de l'info-com et des usages des écrans par les jeunes recommande plutôt un accompagnement pour un usage raisonné et raisonnable.

Comment accompagner mon enfant dans ses usages numériques ?

Si vous faites le choix de permettre à votre enfant ou adolescent de naviguer sur les réseaux sociaux, cela ne veut pas dire le laisser sans défense et sans limite devant son écran. Il a, au contraire, bien besoin d'un accompagnement bienveillant.

Adapter l'usage des réseaux sociaux à l'âge de l'enfant

Interdite avant 13 ans, l'inscription est ensuite possible sur les réseaux sociaux avec accord parental, explique Internet sans crainte (programme national d'éducation numérique). Les ados doivent attendre leur quinzième anniversaire pour s'inscrire seuls sur Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok, X, YouTube… Néanmoins, certaines plateformes rendent leurs contenus accessibles, même sans compte, comme YouTube et TikTok. Rien n'empêche alors les enfants et ados, même les plus jeunes, de visionner leurs nombreux contenus depuis n'importe quel équipement numérique. Pour garder la main sur leurs usages de ces plateformes, vous pouvez suivre les recommandations des balises 3-6-9-12+ déterminées par Serge Tisseron :

  • 👉 pas d'internet avant 9 ans
  • 👉 pas d'internet non accompagné par un adulte responsable avant 12 ans
  • 👉 pas d'internet sans règles d'utilisation clairement établies au-delà.

Si votre enfant insiste, Internet sans crainte recommande dans sa vidéo de lui expliquer que la loi fixe la majorité numérique à 15 ans. Et qu'avant cet âge, on considère que les enfants n'ont pas la maturité ni le recul nécessaires pour naviguer en toute sécurité sur les plateformes. Selon Olivier Bonnot, pédopsychiatre et professeur à l'Université Paris-Saclay, il faudrait même s'inspirer du permis de conduire pour donner accès aux réseaux. Une formation que vous pouvez progressivement dispenser à la maison.

Établir des règles d'utilisation des réseaux sociaux à la maison

En scrollant sur les plateformes numériques pour passer le temps, se détendre, s'apaiser après un moment difficile ou se sentir exister en partageant des contenus, les enfants ont vite fait de perdre la notion du temps. Pour les empêcher de se laisser happer par leur écran pendant des heures et de s'exposer de plus en plus à des contenus inappropriés, définissez ensemble des temps d'utilisation. Selon vos exigences, il peut être interdit les jours d'école ou réduit à un temps très court (30 minutes par exemple entre les devoirs et le dîner) et accordé plus longuement le week-end et durant les vacances.

Dans tous les cas, Sabine Duflo, psychologue clinicienne et thérapeute familiale spécialiste de la surexposition des enfants aux écrans, recommande de suivre sa "règle des 4 pas" :

  • 👉 pas d'écran dans la chambre de l'enfant/adolescent
  • 👉 pas d'écran le matin
  • 👉 pas d'écran pendant les repas
  • 👉 pas d'écran avant le coucher.

Lorsque l'enfant a le droit de consulter ses réseaux favoris, incitez-le à rester dans la pièce avec vous pour garder un œil attentif sur les contenus qu'il regarde. Évitez toutefois de vous percher sur son épaule, car il pourrait le vivre comme une intrusion dans sa vie privée, à laquelle on tient beaucoup à l'adolescence, et comme un manque de confiance.

Expliquer comment fonctionnent les plateformes numériques

Contrairement aux idées reçues, les "enfants du numérique", ceux qui semblent être nés avec un smartphone dans la main, ne maîtrisent pas les plateformes digitales, rappelle Anne Cordier, citée par le CLEMI. Ils ont donc besoin de votre aide pour apprendre à utiliser les réseaux sociaux et comprendre leur fonctionnement. Votre accompagnement fait toute la différence entre un jeune qui croit savoir et celui qui sait utiliser les réseaux avec du recul sur ce qu'il voit.

Avec votre enfant, sélectionnez ensemble celui ou ceux qui lui correspondent le mieux, conseille la vidéo d'Internet sans crainte. Expliquez aussi que ce qu'il publie ne lui appartient plus vraiment. Une simple copie d'écran et le contenu peut être rediffusé par quelqu'un d'autre. Ajoutez que les règles de vie en communauté et de respect d'autrui s'appliquent sur les réseaux comme dans la vraie vie. Rappelez également les 3 principes d’Internet de Serge Tisseron :
1) Tout ce que l’on y met peut tomber dans le domaine public ;
2) Tout ce que l’on y met y restera éternellement ;
3) Il ne faut pas croire tout ce que l’on y trouve.
"

Enfin, les algorithmes de TikTok et YouTube sont conçus pour capter et maintenir l'attention en proposant des contenus similaires. Leur sélection devient hyperpersonnalisée, presque magique ("c'est exactement ce que j'ai envie de voir") et déclenche l'envoi de dopamine dans le cerveau. Le risque : se laisser enfermer dans un seul type de contenus (des vidéos amusantes d'animaux, des interviews de sportifs ou, moins drôles, des vidéos à caractère violent, raciste ou homophobe, par exemple). N'hésitez donc pas à rester à ses côtés au début et commentez ensemble les contenus et leur enchaînement en lui demandant ce qu'il en a pensé afin d'exercer son esprit critique.

S'intéresser à ses centres d'intérêt en ligne

Si vous vous intéressez sincèrement aux centres d'intérêt numériques de votre enfant, il sera plus enclin à vous en parler. Cela peut être des recettes de cuisine en direct, des sessions de pêche à la ligne, des rituels beauté ou des courses automobiles. Profitez-en pour resserrer vos liens et, pourquoi pas, proposer des activités en lien direct comme un atelier de pâtisserie ou une séance bien-être en institut avec votre ado.

Être l'adulte référent en cas de problème en ligne

Même les adultes peuvent tomber dans les pièges tissés sur la toile par des personnes mal intentionnées, mais les enfants et les ados sont des proies encore plus faciles. Par manque de confiance ou par honte, il risque de ne pas se confier et de garder le malaise pour lui. En cas de gêne occasionnée par un contenu inapproprié (scène violente ou à caractère sexuel, par exemple) ou de cyberharcèlement (qu'il soit victime, témoin ou auteur), "assurez-vous que votre enfant sait qu’il peut venir vous voir si quelque chose tourne mal ou le perturbe en ligne. Dites-lui que votre priorité consistera à l’aider à corriger ce qui a dérapé", conseille la Société canadienne de pédiatrie.

Paramétrer les applications et utiliser les outils de contrôle parental

Toutes les applications en ligne sont paramétrables. Vous pouvez donc explorer ensemble ces paramètres de confidentialité pour protéger ses données personnelles, limiter l'accès à son profil, les notifications et le partage de contenus. Avec un outil de contrôle parental (ou de "bien-être numérique"), vous pouvez aussi limiter l'accès aux applications sur des plages horaires définies ou programmer un temps d'utilisation journalier.

3 conseils complémentaires pour accompagner l'enfant sur les réseaux sociaux

Tester les plateformes avec lui avant d’autoriser

Conseil Aidodarons 1/3

Avant de dire oui, prenez 20 à 30 minutes pour explorer l’application ensemble. Ainsi, vous voyez concrètement les contenus qui défilent.

Nommer clairement ce qui vous inquiète

Conseil Aidodarons 2/3

Plutôt que de dire "ça m’inquiète", précisez s'il s'agit de la perte de temps, des contenus choquants, de la pression sociale… Votre enfant comprendra mieux vos limites et les acceptera plus facilement.

Préparer à l’avance sa réaction en cas de problème

Conseil Aidodarons 3/3

Imaginez avec lui ce qu’il ferait s’il voit un contenu choquant ou s’il reçoit un message qui le met mal à l’aise (une proposition indécente ou une demande d'argent, par exemple). Le jour où ça arrive, il saura comment réagir et vous en parler.

 

Après dix ans en tant qu'assistante administrative puis professeur documentaliste de l'Éducation Nationale, et des formations aux métiers du web, je rédige des articles sur des sujets très variés. Aujourd'hui maman, je suis les tendances actuelles sur la parentalité et le développement de l'enfant pour fournir des informations fiables mais neutres à mes lecteurs.